CHEIKH YERIM, CHEIKH BETHIO ET LES MAUVAISES LANGUES
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- Publié le dimanche 30 septembre 2012 13:21
- Écrit par Baidy DIA
Il y a quelques mois, le journaliste Cheikh Yérim Seck écrivait une lettre au Président Macky Sall suite aux évènements tragiques de Madinatoul Salam. Dans sa lettre, il demandait au Président de châtier tous ces "gourous" à l'instar de Cheikh Béthio qui "pervertissent" la jeunesse. Avec l'affaire Aïssata Tall-Cheikh Yérim, on découvre subitement un Cheikh Yérim aux antipodes des valeurs qu'il semble vouloir défendre. Ironie du sort !
L’internet a la caractéristique particulière qu’on y trouve tout ce qu’il y a de bon comme de mauvais. Il appartient dès lors au lecteur de faire le tri si tant il est qu’il est capable de discernement. Malheureusement, aujourd’hui, les esprits semblent tellement engourdis qu’ils ne sont plus capables de discernement, et c’est là que la presse prend le relai et réfléchit à notre place. En outre, la majorité des sénégalais sont tellement friands de ragots, de mensonges, de calomnies et autres mauvaises langues qu’ils ont fini par donner naissance à une horde de journalistes à sensation. Comme le troupeau traine toujours une meute de fauves à ses trousses. C’est la loi de la nature.
Après les évènements de Madinatou Salam, Cheikh Yérim, dans son article, ‘Lettre au Président Macky Sall’, a écrit ce qui suit :
Le meurtre de deux talibés de Cheikh Béthio Thioune, dans lequel il sembleque sa responsabilité soit établie, est indigne d’un grand pays comme le nôtre. Monsieur le président, il convient de sévir, sans faiblesse, contre ces individus qui se font passer pour des guides religieux et qui détériorent la santé mentale de notre jeunesse, la prennent en otage, la manipulent jusqu’à la pousser à tuer au nom d’on ne sait quel idéal. Le cas de Cheikh Béthio Thioune est symptomatique des graves dérives auxquelles nous mènent ces sectes toutes semblables à la sienne, dirigées par des gourous qui pervertissent la jeunesse et font chanter l’Etat.
Même s’il reconnait n’être pas sûr de ce qu’il dit (il a dit ‘semble’), cela ne l’a pas empêché de charger vertement Cheikh Béthio Thioune et d’autres marabouts qu’il qualifie de « gourous qui pervertissent la jeunesse » et dont il a préféré taire les noms. Ça, un journaliste comme Mame Less Camara ne l’aurait jamais dit.
Que Cheikh Béthio Thioune soit impliqué ou qu’Aissata Tall soit consentante ou non, Dieu seul sait. Tout ce que nous savons c’est que les talibés du premier ont tué (ils ne l’ont pas nié) et que le second a forniqué (il ne l’a pas nié). Ne devrions-nous pas nous arrêter là tout au plus ?
Ceci n’est qu’un exemple pour dire que nous devons apprendre à tenir nos langues ; qu’on peut avoir sa vérité, mais il faut choisir les termes pour le dire ; que malheureusement pour cette génération, la politesse légale est ce qu’il y a de plus ignoré et bafoué. Et pourtant chacun d’entre nous sait qu’il lui arrive parfois de faire des choses qui, si elles étaient connues, nous auraient valu le déshonneur et l’opprobre. Mais parce que nous nous gardons de dévoiler les défauts des autres, Dieu nous voile nos propres défauts. C’est ce que je comprends de ces vers de Serigne Touba dans Nahju :
"Ne cherche pas à déceler, dans les défauts des gens, ce qu’ils ont mis sous voile, de peur que DIEU ne déchire les voiles de tes propres défauts."
Encore malheureusement, le propre du sénégalais c’est de se baser sur un exemple pour peindre tout le reste en noir : « Lu ni teell ñu ni damm na ». Les sénégalais peuvent être capables de choses très nobles comme cet élan de générosité en faveur des sinistrés entre autres. Mais ils sont aussi capables de la pire langue. Cette langue tranchante et hypocrite qui, comme la bave monstrueuse et acide d’une bête froide et monstrueuse, vous défigure à tel point que vous n’avez plus envie de vivre.
Mais n’oublions pas que même dans sa chute une personne peut en entrainer beaucoup d’autres à cause de leurs mauvaises paroles. Pire, avec la globalisation, une langue peut faire le tour du monde et déverser sa bile sur tout ce que lui présentent les médias. Comme c’est ruineux ! Comme c’est catastrophique !
"Si tu désires vivre et que ta foi soit sauve, tes droits respectés et ton honneur préservé, alors n’évoque pas de ta langue les défauts d’autrui, car il figure en toi des vices et les autres ont des langues" (Serigne Touba, Nahju).
Baidy DIA
PS: J'ai produit un article similaire qui n'a pas été publié par SENEWEB et DAKARACTU.

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