La météo clémente, la pleine lune, la passivité des autorités marocaines ou l'installation de barbelés sur le mur frontière de Melilla sont les principales explications données par le ministère espagnol de l'intérieur pour justifier ce phénomène de migration massive par le détroit de Gibraltar ces derniers jours. Amnesty International et la Commission espagnole d'aide aux réfugiés (CEAR) affirment de leur côté qu'il s'agit plutôt d'un problème structurel dû à la fermeture des frontières au niveau européen.
« Face à la fermeture des frontières en Espagne comme au niveau européen, des milliers de personnes essaient de les franchir par tous les moyens », explique Amnesty au site d'informations espagnol infoLibre. Et ces migrants proviennent surtout de pays en conflit comme le Mali, la République démocratique du Congo ou la République centrafricaine, rappelle l'ONG. Quant à Estrella Galán, de la CEAR, elle assure que la majorité d'entre eux viennent de pays qui violent les droits de l'homme.
La stricte politique de contrôle des frontières empêche des milliers de personnes en danger de demander l'asile. Selon Amnesty, 50 % des Subsahariens qui choisissent de quitter leur pays et de se lancer à la mer sur une embarcation de fortune sont des réfugiés potentiels. Et la CEAR rappelle que l'agence européenne qui gère les frontières extérieures, Frontex, a reconnu que les flux migratoires sont mixtes, ce qui signifie que beaucoup de ces migrants présentent des profils susceptibles de bénéficier d'une protection internationale.
Ces migrants sont de plus en plus nombreux mais la politique de l'expulsion immédiate ne permet pas d'identifier ni de régulariser leur situation. Ils finissent donc pas recourir à d'autres moyens d'entrée qui mettent leur vie en danger. Et la mise en place de mesures plus agressives ne parvient pas à freiner l'immigration irrégulière, relève la CEAR. En ce sens, les associations condamnent les politiques de fermeture des frontières qui ne respectent pas les conventions internationales.
Entre 2007 et 2013, l'Union européenne a investi 2 milliards d'euros dans la fermeture et le renforcement des frontières, contre 700 millions pour trouver une solution aux problèmes d'asile et de réfugiés, dénonce Amnesty. « Ils mettent les frontières avant les personnes », accuse l'ONG, qui rappelle le coût élevé de la nouvelle barrière de protection installée à Melilla. « Ce sont des moyens très coûteux au détriment des droits de l'homme. »
S'il est vrai qu'une météo favorable et les méthodes de contrôle aux frontières ont des répercussions sur les flux migratoires par mer, pour Amnesty il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'un problème structurel et non ponctuel, contrairement à ce qu'affirment les autorités espagnoles : « Les politiques de contrôle de frontières se placent au-dessus de la vie des personnes ; les États regardent ailleurs sur les questions migratoires, oubliant qu'ils ont signé des conventions internationales qui les régulent. »
L'Espagne n'est pas le seul pays européen à faire face à l'arrivée de centaines d'embarcations sur ses côtes. Début août, 2 227 migrants ont été interceptés dans le canal de Sicile en Italie. Selon des chiffres officiels, plus de 70 000 personnes d'origine subsaharienne sont arrivées sur les côtes italiennes depuis le début de l'année. Amnesty assure que l'arrivée de migrants est minime et demande de « relativiser » ce chiffre face aux discours alarmistes.
Pour l'ONG, la solution passe par de nouvelles politiques migratoires qui protègent les droits humains et qui respectent les conventions internationales et européennes. De son côté, la Commission espagnole d'aide aux réfugiés demande que « soient habilitées des voies sûres d'entrée pour toutes les personnes susceptibles d'avoir besoin de protection internationale, faute de quoi ces migrants se voient contraints de trouver des routes de plus en plus dangereuses, ce qui se termine par des drames comme celui de Lampedusa », en Italie.
Mercredi 13 août, à Madrid, le ministère de l'intérieur a décidé de renforcer la sécurité de Ceuta et Melilla face à la pression migratoire en augmentant les effectifs de 475 policiers et gardes civils. Un centre d'accueil provisoire a été ouvert à Algésiras par la police nationale, et les procédures d'expulsion de ces migrants tout juste arrivés sont accélérées du côté du gouvernement de la province de Cadix.
Quant à l'attitude du Maroc, le ministère de l'intérieur affirme que les forces marocaines « continuent de collaborer pour sauver les migrants dans les eaux du détroit de Gibraltar et pour contrôler les mouvements irréguliers aux abords des frontières avec les villes autonomes de Ceuta et Melilla ».
Irene Casado Sánchez et la rédaction d'infoLibre, partenaire éditorial de Mediapart.
Version française : Laurence Rizet, de la rédaction de Mediapart
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Par Irene Casado Sánchez (infoLibre)
Source : Médiapart

Souvent originaires du Mali, de la République démocratique du Congo et de Centrafrique, de nombreux migrants essaient de gagner l'Espagne depuis deux jours. Amnesty International et la Commission espagnole d'aide aux réfugiés dénoncent la politique européenne de fermeture des frontières et le non-respect des conventions internationales.