Le plus gros camp de migrants de Paris évacué
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- Publié le vendredi 4 novembre 2016 13:46
- Écrit par Le Monde
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A quelques jours de l'ouverture du premier camp humanitaire de la capitale, quelque 3 800 exilés ont été conduits dans des centres d'hébergement
Colonnes de bus, files de migrants prêts à partir. Dès 6 heures, vendredi 4 novembre, l'évacuation du plus grand campement que Paris ait connu a commencé. L'opération s'est déroulée dans le calme. Plus de 600 membres des forces de l'ordre étaient mobilisés, selon la Préfecture de police.
Les 800 Afghans du quai de Jemmapes ont été les premiers emmenés dans 16 bus, avant qu'une seconde opération, plus importante, ne s'enclenche avenue de Flandre, où dormaient encore notamment des Soudanais et des Erythréens. Là, selon les estimations de la Préfecture, il y aurait quelque 3 000 personnes à héberger. Selon le préfet de région, Jean-François Carenco, " c'est une grosse opération " qui vise à orienter ces migrants vers 74 centres d'hébergement. L'Etat a réussi à mobiliser 4 000 places, " surtout en Ile-de-France ", dont " un millier en gymnases ".
Le Paris des migrants a sa géographie depuis qu'au printemps 2015 les premiers campements sauvages ont fait leur apparition dans les rues de la capitale. Le nord de la ville est vite devenu le rendez-vous des derniers arrivés. Alors que les Afghans débarquent avec en poche l'adresse du square Villemin, point de ralliement des générations de demandeurs d'asile qui les ont précédés, les Africains, eux, ont rapidement privilégié une installation sous la ligne 2 du métro, non loin des quartiers de Barbès et de la Goutte-d'Or. La proximité des bureaux de France Terre d'Asile, de la gare du Nord et de ses trains pour Calais, mais aussi des distributions régulières de nourriture ont créé un " quartier des migrants ". D'autant que, très rapidement, les riverains ont pallié avec méthode l'absence de prise en charge par l'Etat.
Eternel recommencement
De fil en aiguille, les communautés afghane et africaine ont fini par cohabiter là, créant des campements communs, rasés au rythme régulier des mises à l'abri ou des opérations de police. Depuis juillet, les forces de l'ordre jettent régulièrement les maigres biens des migrants et interpellent ceux qui n'ont pas réussi à déposer leur demande d'asile, leur délivrant des obligations de quitter le territoire (OQTF). En parallèle à ces interventions qui se veulent dissuasives, la préfecture de région, elle, organise des opérations de mise à l'abri. De juin 2015 à aujourd'hui, elle aura donc proposé quelque 23 000 places d'hébergement en une trentaine d'opérations.
C'est pour en finir avec cet éternel recommencement à cause du flux quotidien d'une cinquantaine d'arrivées dans la capitale que la maire de Paris, Anne Hidalgo, a souhaité ouvrir un camp humanitaire. Installé boulevard Ney, dans le 18e arrondissement, ce centre de transit a pour vocation de faire éviter aux migrants les nuits à la rue. Sous dix jours, le gouvernement devra les emmener vers des centres d'accueil et d'orientation en province, où ils pourront déposer leur demande d'asile.
Ce camp humanitaire offrira 400 places de couchage à des hommes seuls à son ouverture, 600 ensuite. Les familles, elles, seront orientées vers un centre spécialement aménagé à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), dès janvier 2017, et en attendant vers une structure tampon qui leur offrira une meilleure prise en charge que les hôtels vers lesquels elles étaient jusqu'alors acheminées.
Maryline Baumard Infographie : Francesca Fattori et Sylvie Gittus-Pourrias
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