Nrgui.com : Sow Hamidou, qu’est-ce que le CNEEG ?
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- Publié le mardi 3 avril 2012 00:40
- Écrit par Asmaou Barry
Sow Hamidou : Le CNEEG est une association créée pour défendre le droit des élèves et des étudiants. Vous savez que notre pays traverse actuellement d’énormes difficultés, le système éducatif guinéen est bafoué. Nous avons remarqué que le niveau de vie des élèves et des étudiants se détériore de jour en jour. Les étudiants guinéens ne peuvent pas comparer leurs conditions de vie à celles des étudiants de la sous-région comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Burkina Faso. Ils sont plus favorisés que nous en tout. Aujourd’hui, l’éducation guinéenne est abandonnée. Il y a une insuffisance de professeurs. S’y ajoute le manque d’infrastructures scolaires et universitaires et de connexion Internet fiable. Vous constaterez qu’il n’y a même pas de latrines suffisantes dans ces établissements. L’Etat n’investit pas beaucoup dans le système éducatif national, tant au niveau du supérieur que du secondaire. Sous le premier régime, la Guinée formait les meilleurs agronomes, les meilleurs mathématiciens, les meilleurs médecins et physiciens de la sous-région. Mais avec le deuxième régime, il y a eu un sabotage.
Donc, aujourd’hui, nous nous sommes dit qu’il faut défendre nos droits. D’où la naissance du CNEEG. Nous avons des représentations dans les universités de Kindia, de Kankan, de Labé à l’Université Général Lansana Conté-Sonfonia à Conakry,
nrgui : Quels sont vos objectifs ?
Nous avons comme objectifs principaux : défendre les droits des élèves et des étudiants liés à l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail mais aussi nous faisons la promotion de l’excellence, en milieu scolaire et universitaire. La sensibilisation des parents d’élèves pour la scolarisation des jeunes filles est également un de nos objectifs.
nrgui : Pouvez-vous nous parler de vos relations avec les encadreurs ?
Nous avons beaucoup de difficultés, car le système est tellement désordonné qu’on n’a même pas une notion là-dessus. Quand nous avons mis en place l’association, nous sommes allés vers les encadreurs des établissements. Nous leur avons expliqué notre projet de création d’une ONG de défense des droits des élèves et étudiants de notre pays. Certains d’entre eux nous ont déconseillé. Pour eux, c’est un projet qui vise à inciter les élèves et les étudiants à se rebeller. Nous leur avons expliqué nos objectifs liés à la défense de nos droits, du renforcement des liens d’amitié et de fraternité existant entre nous. Finalement, certains ont compris. Nous avons surtout informé les élèves et étudiants de Conakry. Il y a eu une première réunion à laquelle beaucoup d’entre eux ont répondu à notre invitation. Ce qui nous a permis de former un bureau provisoire du CNEEG. Après quelques activités menées jusqu’au 17 décembre 2011, nous avons tenu notre Assemblé générale constitutive qui m’a élu président.
Le rectorat de l’université Général Lansana Conté-Sonfonia ne voulait pas qu’il y ait un mouvement qui rassemble les étudiants. Il se dit que quand il y a une ONG de ce genre, il va y avoir des troubles, comme les manifestations d’étudiants. Nous leur avons dit que nous essayons de nous unir, car l’adage dit que c’est l’union qui fait la force.
nrgui : Quels sont vos projets ?
Nous envisageons de partir en tournée. Nous voulons rencontrer les grandes personnalités qui œuvrent pour l’éducation. Nous n’avons pas encore défini l’emploi de temps, néanmoins nous avons des consultants intellectuels que nous associons aux prises de décisions pour qu’ils nous guident. Parce que nous n’avons pas encore l’expérience.
nrgui : Vous avez parlé de la scolarisation de la jeune fille, à propos est-ce que vous avez tissé des relations avec des partenaires ?
Nous n’avons pas encore des partenaires. Nous en cherchons, parce que nous ne pouvons évoluer à vase clos. Mais nous n’avons pas encore de partenariats avec des ONG ou des mouvements qui défendent cette couche féminine. Nous avons des partenariats par exemple avec l’Observatoire pour la démocratie et la bonne gouvernance et une autre structure chargée d’encadrer les associations qu’on appelle « Relais ».
Les encadreurs sont préoccupés par les clans qui se forment au sein des universités et des établissements du secondaire. Quel sera l’apport de votre association dans la lutte contre ce phénomène ?
Nous cherchons à promouvoir l’excellence en milieu scolaire et universitaire. Notre siège se trouve dans la commune de Ratoma à Bambéto, zone réputée agitée lors des mouvements sociaux en Guinée. Cela nous rend la tâche un peu difficile. Or, on constate que la violence préoccupe les jeunes plus que l’instruction, le savoir. Dans l’ensemble, les élèves et les étudiants ne se préoccupent pas d’organiser des conférences-débats ou des activités scientifiques dans les universités ou lycées de la capitale. Ils se préoccupent plutôt les after-, schools, les shows de la rue ou autres manifestations de recréation. Et Nous, nous disons qu’after-schools, c’est après l’école. L’étudiant ou l’élève doit se récréer et participer aux mouvements culturels, mais il faut d’abord privilégier la formation. Nous avons vécu une expérience qui nous a édifiés. Tout récemment, nous avons organisé une conférence sur l’unité africaine dans notre université et nous avons effectué un sondage. Il n’y a même pas eu 5% des étudiants de l’université qui y ont participé. Par contre, si vous parlez de show ou de kermesse, ils vont répondre massivement, c’est pourquoi notre association se bat pour que ce genre de divertissements soient secondaires. Il faut que l’on privilégie les conférences-débats dans les établissements pour promouvoir l’excellence dans le milieu scolaire et universitaire.
nrgui : Les jeunes profitent aussi des divertissements pour fumer de la drogue ?
Oui. Tout récemment, nous avons entendu le ministre de l’enseignement se rebeller contre les boîtes de nuit. Mais il faut lier l’acte à la parole, il ne faut pas seulement dire qu’il faut fermer ces boîtes, il ne faut pas faire ce-ci ou cela. Il faut aller sur le terrain, voir les responsables des boîtes de nuit pour leur dire : écoutez, vous ne devez pas laisser les élèves qui ne vont pas en classe venir ici faire n’importe quoi. Il faut essayer de mettre fin à cela pour promouvoir l’excellence, il faut surtout faire appel aux responsables des écoles et des universités parce que ce sont eux qui cautionnent cela. Quand un élève ou un étudiant est à l’université, il faut essayer de l’encadrer. Nous constatons qu’il y a des établissements privés qui sont là pour la quête de l’effectif, ils ne se soucient pas de l’amélioration du système éducatif. Donc, il faut aller voir ces fondateurs pour les amener à mieux encadrer les élèves et les étudiants pour que ces derniers arrêtent de faire n’importe quoi après les cours.
nrgui : Il y a aussi des prostituées qui tentent les élèves et les étudiants, quel conseil donnez-vous à ces jeunes ?
Ils doivent d’abord faire une prise de conscience, savoir que la prostitution est une chose qui ne mène à rien. Il faut s’instruire pour gagner sa vie. Bien que nous vivions dans un pays où le niveau de vie est très bas, cela est un facteur qui joue beaucoup sur l’aggravation du niveau et de la qualité de vie de l’ensemble de la population et surtout sur l’esprit des jeunes. Pensez aux maladies qui coûtent cher et souvent la vie ! Mais lorsqu’un un étudiant qui a droit à 100 000 francs guinéens comme pécule ne reçoit pas à la fin de chaque mois cette somme, et s’il n’a pas des parents ou quelqu’un pour le soutenir, comment va-t-il faire pour subvenir à ses besoins ? Cependant ce n’est pas une excuse pour se livrer à la prostitution. C’est indigne, il faut peut-être trouver autres chose, d’autres moyens de subsistance ou de survie.
nrgui : On parle aussi de lutte contre la violence en milieu scolaire, quelle est la position de votre association par rapport à ce fléau ?
Notre objectif est de combattre la perversion sociale dans les milieux scolaires. Le port des couteaux, des lames, fumer de la drogue ou la cigarette dans les milieux scolaires, nous ne voulons pas cela. Mais nous avons un problème, il y a une telle pléthore d’étudiants dans les salles de classe qu’on ne peut même pas les répertorier. Les élèves et les étudiants sont entassés comme dans des boîtes de sardines. Il faut construire des infrastructures pour mettre fin à cela. Sinon les responsables ne pourront pas les contrôler, on ne saura pas qui fait quoi. Quand on voit des élèves ou des étudiants faire n’importe quoi, c’est parce que les responsables ne prennent pas leurs responsabilités. Je me dis que dans les écoles ou les universités, il y a des surveillants généraux. Mais si l’effectif est pléthorique, un seul ne pas surveiller tout ce monde. Si nous prenons le lycée de Kipé où il y a plus de mille élèves, ce n’est pas facile de contrôler.
nrgui : Les jeunes sont aussi parfois utilisés par les politiciens, quelle est la carte d’identité de votre association ?
Notre association est apolitique. La jeunesse guinéenne a été longtemps manipulée par les hommes politiques. Le CNEEG dit qu’il faut mettre fin à cela. Nous ne voulons plus une jeunesse médiocre, une jeunesse qui sort dans la rue pour faire des choses irresponsables. Nous voulons une jeunesse saine et nous disons non à la manipulation, nous voulons que notre pays avance et pour cela il faut qu’il y ait l’amélioration du système éducatif. Car, on dit : «tant vaut l’école, tant vaut la nation ». Il faut améliorer les conditions de vie des élèves et étudiants. Quand nous prenons le Sénégal, ils n’ont pas de ressources minières comme nous, mais ils ont misé sur les ressources humaines, 40% du budget de l’Etat sont est alloués à l’éducation. Alors qu’en Guinée, on se contente de 18%, donc il faut augmenter le budget. On dit souvent que la Guinée est un scandale géologique ou agricole, mais tant que la Guinée ne deviendra pas un scandale intellectue,l pour moi la Guinée ne pourra pas aboutir au développement.
nrgui : Un dernier message pour la jeunesse…
Nous appelons l’ensemble des élèves et étudiants à se joindre au Conseil National des Elèves et Etudiants pour mieux défendre nos droits et accomplir nos devoirs.
Interview réalisée par
Asmaou Barry
