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Publié le lundi 5 décembre 2011 17:31
L\'un est socialiste convaincu, l\'autre libéral pur et dur. Le guinéen était opposant historique, l\'ivoirien ancien Premier ministre. Le premier est jugé proche du président déchu Laurent Gbagbo, le second accusé d\'être proche de Sidya Touré
. Condé est professeur de droit. Ouattara économiste. Mais leur destin en commun est qu\'ils dirigent leur pays respectif depuis fin 2010. A l\'investiture de l\'ainé, seulement une dizaine de Chefs d\'Etat africains. Au sacre du benjamin, tous les grands du monde ou presque y étaient. Après quelques mois de méfiance et de suspicion, le président Ouattara a débarqué à Conakry pour laver le linge sale avec son frère guinéen. Une visite qui n\'a rien d\'ordinaire. Dans le jargon diplomatique, on voudrait qu\'elle soit séjour \"de travail et d\'amitié\". Mais pour qui connait la guerre froide entretenue entre ces deux présidents, on peut parler aujourd\'hui d'un début de rapprochement et de réchauffement. A son retour à Abidjan, ADO a reconnu qu'il y a bel et bien eu des malentendus entre Conakry et Abidjan.
Pour comprendre les dessous, citons cinq cas. D\'abord, quand ADO avait été proclamé président ivoirien, le nouvel élu guinéen avait affiché une attitude douteuse. Tantôt, il se disait derrière la position de l\'UA, tantôt il martelait qu\'il était préoccupée par la situation guinéenne. Les journaux pro-ADO avaient tiré à boulets rouges sur le président Condé. Lors de l\'investiture du président Ouattara, Condé avait été logé dans le même hôtel que ses opposants, Dalein, Sidya et Kouyaté. Ce qu\'il n\'aurait pas du tout gobé, au point de bouder la partie. Il se disait que si les ivoiriens avaient ainsi décidé, ce n\'était point par hasard. Au contraire, c\'était à dessein. Mais le président guinéen a réfuté ces critiques. Récemment, l\'ancien aide de camp de Simone Gbagbo, Séka Séka, a aussi été intercepté à Abidjan, alors qu\'il serait en partance pour Conakry. Selon les journaux ivoiriens, Séka Séka venait en Guinée pour déstabiliser son pays, en connivence avec certains officiers. A part le démenti laconique du ministre Bah Ousmane, ce fut le silence-radio dans les deux Etats. De son coté, le président ivoirien avait entamé une tournée dans la sous-région pour non seulement inciter ses compatriotes à rentrer au bercail, mais aussi demander aux pays voisins de ne pas servir de base-arrière à la déstabilisation de la Cote d\'ivoire.
Or, quelques deux milles ivoiriens sont enregistrés en Guinée, y compris des officiers pro-Gbagbo, dit-on. Pour sa part, le président Condé, qui avait récemment accusé Dakar et Banjul de le déstabiliser, était sur une offensive de charme envers Monrovia et Freetown pour rectifier le tir. Face à ce climat suspicion, les deux présidents ont jugé utile d\'enterrer la hache de guerre, en dépit de leurs divergences. Cette visite intervient au lendemain du transfèrement de Gbagbo, l\'ami de longue date de Condé, à la Haye. Au-delà du réchauffement de l\'axe de coopération, il semble que le président Condé aurait demandé à son hôte ivoirien d\'user de ses relations auprès de Breton Wood, pour l\'annulation de la dette guinéenne. En réponse, ADO aurait demandé la possibilité d\'extrader tous les officiers ivoiriens pro-Gbagbo camouflés en Guinée. Qui a parlé de commission rogatoire ? Décidément, les deux présidents ont choisi de s\'entendre sur le dos…. de Gbagbo. Ah oui, les intérêts lient les Etats.
source : l\'Obs de Guinée
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