Encore affaire des 243 milliards..
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- Publié le lundi 16 janvier 2012 23:14
- Écrit par Al Hassane
Un nouvel épisode du feuilleton des dessous financiers et juridiques de la contournante de Coyah ne fut pas un "happy-end" : des cadres du Ministères des Travaux publics sont condamnés de 2 à 10 ans de prison.
Ce lundi 16 janvier 2012, Ibrahima Camara, Président du tribunal de première instance de Kaloum, a rendu public le verdict du jugement du dossier Ministère d’Etat chargé des Travaux publics et des Transports contre 7 de ses cadres. Accusés de tentative de détournement de 243 milliards de francs guinéens du projet de la construction d’une route nationale contournant la ville de Coyah, Ibrahima Kalil Oularé, Saidou Barry, Oumar Bailo et Abdourahmane Camara sont condamnés à 2 ans de prison ferme et 1 million de francs guinéens. Sur l’action civile, en application de l’article 457 du code de procédure pénale, ces condamnés doivent payer un franc symbolique à l’Etat guinéen au titre de dommages-intérêts. Selon le Président du tribunal qui a livré le verdict, a dit que les accusés sont coupables des faits qui leur sont reprochés, « en application des dispositions combinées des articles 3 ; 49 ; 178 ; 179 et 180 du code pénal » ; et le tribunal les condamne à « 2 ans de prison ferme et à 1 million de francs chacun », a-t-il dit en soulignant que les faits sont « consistants » mais qu’ils « bénéficient des circonstances atténuantes» parce qu’ils sont à leur « premier fait délictuel » et que leur casier judiciaire « n’est pas chargé».
Quant à Elhadj Oumar Barry, Seya Camara et Seydouba Conté qui ont tous pris la poudre d’escampette, le tribunal les a condamnés à 10 ans de prison par défaut et décerne un mandat d’arrêt contre eux.
Me Danfaka Saliou, avocat de la défense, estime que le droit n’a pas été dit car « nous avons démontré que l’infraction n’existait pas, l’objet incriminé n’existe pas, les 243 milliards n’existent pas. La qualité des prévenus n’était pas comptable. Ce sont juste des ingénieurs des travaux publics. Le délit n’était pas constitué, le dossier était vide. Il n’y a pas de signature du maître d’ouvrage qui est le ministère des TP. Ce ministère n’a jamais déposé un projet». Il poursuit en disant que le projet n’existait pas et mieux, il n’y a pas eu l’approbation du Ministère de l’Economie.
« Ce n’était même pas un projet mais un avant projet », a-t-il conclu, frustré.
Du côté de la partie civile, c’est la réjouissance.
« Cette décision, dit Me Mory Doumbouya, n’est pas une surprise. Elle résulte des termes mêmes de la poursuite. Les faits étaient constants. Au lieu de reconnaître ces faits et demander courageusement des excuses au peuple de Guinée, les prévenus ont utilisé la négation systématique. Nous estimons que le droit a été dit quant à la répression des faits».
Il n’est tout de même pas d’accord pour le franc symbolique que doivent payer les prévenus:
« Le tribunal ne nous a accordé qu’un franc symbolique et je crois que ce n’est pas exclu que nous fassions appel de cet aspect du problème».
De l’autre côté, les épouses des condamnés, assises sur un banc, pensent à la manière dont elles vont vivre une vie solitaire dénuée de toute affection conjugale pendant les deux prochaines années.
« Vivre 2 ans sans son époux qui se trouve incarcéré.. ».
Elles annoncent la nouvelle à leurs proches restés à la maison. Leurs yeux rougissent, puis ce sont les larmes qui coulent. Une d’entre elles, en état grossesse, caresse son ventre et pleure. Une autre qui observait la scène remue la tête et prédit :
« Elle va accoucher un enfant dont le papa est en prison. C’est pitoyable. C’est pénible».
Pendant ce temps, une femme assise près de ces consœurs meurtries, tente de les consoler :
« Calmez-vous. Rien ne leur arrivera. Il y a quelqu’un qui a été condamné à 10 ans mais il n’a même pas fait 24 heures en prison. Ça va passer».
El Hassane
