Les élèves policiers en colère contre les autorités guinéennes

Russie

Des élèves officiers de la police guinéenne envoyés en Russie depuis 2009 pour poursuivre des stages de formation lancent un appel de détresse à l'adresse des autorités guinéennes.

En effet, ces compatriotes se plaignent de leurs conditions précaires de vie et d'études dans ce pays tempéré de l'Europe de l'Est, a-t-on appris d'une source anonyme.

 

Selon nos sources, depuis 2009, le ministère de la sécurité conformémément aux accords de coopération en vigeur  avec les autorités russes, a envoyé 59 agents de la police guinéenne pour suivre des études de formation en Russie, notamment en sciences juridiques, économiques, expertise, criminalistique, et Administration.

 

Les griefs des policiers guinéens

 

Ces élèves policiers, répartis dans les différentes Académies de police de Volgograd, de Moscou, et de Saint-Pétersbourg, se retrouvent avec de milliers d'autres élèves du reste du monde. Mais le hic est que nos compatriotes se plaignent de la non- assistance de leur pays d'origine, précisément leur département de tutelle. Sur les milliers d'étudiants de ces Académies, il semble que seuls les Guinéens y vivent avec toutes les difficultés au monde, dit-on.

 

Au nombre des problèmes auxquels ces expatriés sont confrontés, notre source cite le manque de primes mensuelles, l'insuffisance de la ration alimentaire dans un pays froid comme la Russie, le manque de couverture sanitaire et de supports didactiques (Ordinateurs) dans les académies où les études se déroulent par voix électronique.

 

« Tous les étudiants perçoivent 500 dollars US de leurs pays à titre de prime mensuelle, exceptés les Guinéens », révèle un compatriote qui accuse son ministère de tutelle de trainer les pas, en refusant de ne fournir « aucun geste » en leur faveur.

 

Au cours des vacances 2011, notre source indique, par exemple, que non seulement le Ministre de la sécurité n'a pas voulu les recevoir, mais aussi les rencontres initiées par le Ministre délégué chargé de la réforme des services de sécurité sont restées sans suite favorable.

 

Mieux, nous apprenons aussi que certains policiers infortunés sont partis au mois de septembre 2011 de la Guinée sans frais de transport pour rejoindre leurs différentes académies et sans le drapeau national pourtant exigé par les académies pour la représentation de la Guinée.

 

« Il a fallu que l'Ambassadeur de la Guinée en Russie s'endette pour 1.500 dollars US et se prive du drapeau national de son ambassade pour donner satisfaction aux représentants de la police guinéenne dans les académies de la Russie », indique notre source.

 

Autres problèmes évoqués, il semble que ce même ambassadeur a obtenu des autorités russes la promesse de payer directement les allocations alimentaires par élève et par mois l'équivalent de 500 dollars US, si toutefois leur proposition était confirmée par la Guinée.

 

« Cette lettre adressée au Ministère de la Sécurité par les autorités russes est restée sans suite jusqu'à ce jour. Mieux, deux de nos collègues à la troisième année d'études se trouvent actuellement bloqués à Conakry par manque de billet retour », ajoute notre source.

 

La réplique des autorités

 

Après ces révélations, nous avons tenté de recouper l'information. La première autorité que nous avons eue, c'est bien le Ministre d'Etat de la sécurité et de la protection civile. Au premier coup de fil, le garde du corps du Général de division Mamadouba Toto Camara décroche dans la soirée du vendredi.

 

« Le ministre d'Etat s'entretient avec le Président de la République , c'est son garde du corps qui est à l'appareil. Rappelez dans trente minutes ».

 

Trente minutes après, nous appelâmes notre correspondant à deux reprises, mais pas de répondant. Le lendemain samedi, nous récidivâmes encore. Cette fois-ci, c'est le ministre d'Etat en personne qui a répondu.

 

« Je vous dis, pour tout ce qui est finance, adressez-vous au ministère de l'économie et des finances. Je vous en prie ».

 

Peu après cet appel, nous joignîmes le ministre de l'économie et des finances, Kerfalla Yansané quatre à cinq reprises, zn vain. Une heure de temps après, le ministre Yansané nous a rappelés.

 

« Je n'ai aucune information là-dessus. Je sais que le paiement de tous les élèves boursiers guinéens est déjà engagé ».

 

Nous revenons encore à la charge pour demander au ministre Yansané si toutefois le cas des policiers en Russie est pris en compte dans sa procédure.

 

 « Le gouvernement m'a donné des instructions de payer les bourses et arriérés. Je sais que la procédure est en cours, mais je ne peux pas vous dire que tel ou tel pays est concerné. Il y a beaucoup de fictifs dans ces effectifs, mais le gouvernement a demandé de procéder au paiement des arriérés avant d'effectuer le contrôle. Donc, toutes les bourses sont mises en état de paiement, mais contactez le ministre des Affaires étrangères pour les détails », dit-il pour conclure.

 

Au terme de cet entretien, nous avons également joint le ministre d'Etat des affaires étrangères et des Guinéens de l'étranger, Dr Edouard Niankoye Lamah, pour recueillir son avis.

 

« Oui, je suis au courant de (la situation de , ndlr) ces élèves policiers Guinéens mais j'ignore leur nombre ».

 

Ces élèves policiers en Russie sont-ils concernés par ce paiement ?

 

« S'ils sont boursiers de l'Etat, forcément ils seront payés. Mais c'est 50 dollars par mois et par élève et non 500 dollars par mois et par personne comme vous dites. S'ils bénéficient d'un régime spécial, je l'ignore. Mais il faut contacter le ministre de la sécurité qui vous en dira plus ».

 

Nous avons également tenté de joindre le ministre délégué de la sécurité chargé de la réforme, Mouramany Cissé, pour être complet. Mais son téléphone ne passait pas, en dépit de notre insistance. Aux dernières nouvelles, il semble qu'il serait en voyage en Angola.

 

Par ailleurs, une source proche du milieu russe nous a confirmé ceci :

 

« Je suis au courant de (la situation de, ndlr) ces policiers guinéens. J'ai une connaissance parmi eux. Moi, j'ai étudié en Russie, mais il faut dire que la vie y est insupportable. Tu ne peux pas te débrouiller. En plus, le froid est terrible et les étudiants étrangers souffrent ».  Je ne sais pas pour leur cas particulier, mais je sais que tout boursier perçoit 50 dollars par moi. Même lors de mon dernier séjour, c'était 50 dollars par mois ».

 

En tout cas, du côté des policiers guinéens, beaucoup de questions restent en l'air. Ces officiers méritent-ils d'être remis au compte du ministère de l'enseignement supérieur dont ils ne relèvent pas ? Pourquoi le Ministère de la sécurité initie-t-il des projets dont il ne dispose pas les moyens ? La formation du personnel ne figure-t-elle pas parmi les activités prioritaires du département de la sécurité ?

 

Autres nouvelles, nous apprenons enfin que nos compatriotes n'ont toujours pas reçu leur billet d'avion à quelque 3 mois de la fermeture des campus en Russie.

 

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