L’ambiance à Bonfi
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- Publié le dimanche 18 mars 2012 01:31
- Écrit par Diawo Labboyah
Le 17 mars, au stade de Bonfi, commune de Matam, l’Opposition dite « radicale » qui regroupe le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) devait tenir un meeting pour exprimer leur désapprobation face à la gestion du processus électoral. Tôt le matin, le stade de Bonfi a été cadenassé et quadrillé par les forces de l’ordre. Tout attroupement était dispersé. Les « body gars » de Lansana Kouyaté dépêchés sur les lieux pour la sécurité du meeting ont été arrêtés manu militari par la flicaille. Le lieutenant-colonel Ansoumane Camara, directeur central adjoint des unités d’intervention a déclaré :
« Nous sommes déployés ce matin au stade de Bonfi et alentour pour empêcher tout attroupement qui pourra éventuellement troubler l’ordre public et empêcher les citoyens de circuler librement. Nous sommes là sur instruction de l’Autorité. Tout le monde a suivi le communiqué des autorités civiles hier, notamment la maire de Matam et le Haut commandant de la gendarmerie ».
Et les gens arrêtés ?
« Il n’y a pas de sécurité dans la sécurité. Nous ne sommes pas là contre les opposants, nous sommes là pour tous les citoyens. Nous assurons la sécurité du Pouvoir en place, mais aussi ceux qui se disent opposants. Ce groupe de gros bras vient trouver le stade quadrillé, ils disent qu’ils sont envoyés par Kouyaté pour la sécurité du Parti. Je leur ai dit d’aller au domicile de leur leader, le prendre pour venir ensemble. Mais comment vous pouvez oser voir un tel cordon de sécurité, vous pénétrez et vous voulez vous imposer. On leur a dit de quitter, ils ont refusé. C’est pourquoi, je leur ai dit que je vais prouver qu’ils viennent après nous. Il ne s’agit pas de les priver de leur liberté, mais je les garde jusqu’à ce que je rende compte à l’autorité ».
À 12h, le cortège des leaders du Collectif et de l’ADP débarque à Bonfi, sur l’autoroute sous les ovations des militants qui sortaient comme des fourmis. Ils ont commencé à crier :
« À bas la dictature ! À bas la dictature ! Liberté ! Liberté ! Prési ! Prési ! On en a marre de la dictature ! À bas l’ethnocentrisme ! À bas la division ! Il y a trop de mensonges maintenant ! ».
Les forces de l’ordre ont aussitôt encerclé le cortège. Ils ont obligé les leaders à dégager l’autoroute qui était complètement occupée par la foule. Au fur et à mesure que la foule agrandissait la tension montait. Et voilà les gaz lacrymogènes. Ils ont lancé du gaz sur le cortège, ce qui a créé la débandade. Les leaders et leurs militants ont chacun pris la poudre d’escampette.
Faya Milimono de préciser :
« Nous sommes venus demander à nos militants de rentrer, nous allons réfléchir et nous reviendrons. On leur avait demandé de venir pour que nous puissions nous adresser pacifiquement à eux. Mais, on nous a envoyé des militaires. Nous avons payé deux millions de francs guinéens pour ce stade, c’est la mairie de Matam qui nous a dirigés pour qu’on paye ces deux millions. La liberté va triompher en Guinée ».
Aboubacar Sylla de l’UFC d’ajouter :
« On ne comprend pas pourquoi les droits des partis légalement reconnus par la Constitution sont bafoués tout simplement par un régime qui veut asseoir une autre dictature dans notre pays. Soyez sûrs que notre programme d’activité va continuer jusqu’à ce que nos revendications soient prises en compte ».
Et Etienne Soropogui de Nfd de souligner :
« Nous allons replier jusqu’à nos différents sièges pour réfléchir à une meilleure façon pour faire reculer Alpha Condé. Nous sommes venus pour informer nos militants que le meeting n’aura pas lieu, mais le combat continue ».
Des affrontements ont éclaté entre des militants du RPG qui se trouvaient à la devanture du siège dudit Parti et ceux de l’Opposition, qui suivaient le cortège en direction de Bambéto. Les informations font état d’une dizaine de blessés et de véhicules en stationnement endommagés. Les deux camps qui ont échangé des projectiles se rejettent la provocation.
Diawo Labboyah
