Opération de communication du Gouvernement : Le fiasco de Paris

On aurait pu penser que le Président Alpha Condé, qui n'ignore rien de son importance, a pris conscience de la faiblesse ou des insuffisances de son service de communication. Malgré les multiples canaux officiels et réseaux officieux utilisés à cette fin, la tâche reste ardue et cruciale pour les communicants du Président de la République. Ce dernier, pour marquer son espace, assurer une large diffusion de ses message et soigner l'image présidentielle du professeur Alpha Condé, s'était doté d'un conseiller en communication, d'un bureau de presse à deux têtes, pour le côté officiel.


Il a aussi mis en place de nombreux réseaux de prestataires parallèles en la matière comme Ibrahima Capi Camara débauché à l'UFR de Sidya Touré, animateur du site kibarou.com et du magazine Jours de Guinée ainsi que d'autres. Le journal Nimba s' emploie également à cette cause. Ces différents canaux épars, pour autant ne font pas encore le poids face à la vague de critiques formulées contre le régime ici et là et relayées par la presse nationale et internationale.

 

Autrement, cet effort peine pour le moment à produire les effets, du moins ceux qu'espérait le chef de l'Etat. Bref, l'image du régime ne passe pas, tant à l'intérieur de la Guinée qu'hors des frontières du pays. Même si certains déplorent le manque d'efficacité de ce réseau, à cause surtout de son caractère disparate, la responsabilité des filières de communication n'est pas exclusive dans ce traitement ''cruel'' infligé au président de la République dans de nombreux medias locaux et étrangers.

 

Il est vrai que le rôle premier du conseiller en communication se situe en amont et il devait à ce titre prévenir le chef de l'état que le manque de résultats en matière de fourniture d'électricité, de la desserte en eau, la montée de l'insécurité, le chômage généralisé des jeunes, l'effondrement du pouvoir d'achat des Guinéens ne garantissent pas une bonne image au régime du professeur Condé. Le manque de visibilité dans l'action gouvernementale et l'absence de perspectives noircissent davantage le tableau. D'autre part, l'opposant historique" qui avait été soutenu, défendu par la presse locale à des moments difficiles de sa carrière politique, n'a jamais envisagé d'accorder une audience même informelle à ''ses amis'' journalistes. Devenu Président, le "Professeur Alpha Condé" semble avoir tourné la page sinon la parenthèse amicale avec la presse guinéenne à laquelle il présentait pourtant des vœux de nouvel an.

 

Autres temps, autres mœurs.

 

Tout porte à croire que les journalistes guinéens ont aussi fait le deuil de leur relation avec Alpha Condé qui visiblement porte beaucoup plus de considération et de respect aux journalistes étrangers. A l'instar du correspondant de RFI à Ouagadougou, le Burkinabè, Alpha Barry, les journalistes étrangers ont l'accès plus facile au palais que les guinéens. Aussi, les déclarations intempestives de certains membres du gouvernement sur des sujets et thèmes qui ne sont pas de leur ressort et qui rappellent des méthodes d'une période révolue provoquent un malaise politique dans l'opinion. C'est le cas du ministre de l'Administration du Territoire et de la Décentralisation, Alhassane Condé. Sachant bien que les textes proclament l'indépendance de la CENI  dans l'organisation des élections, ce ministre s'est montré  imprudent et inutilement menaçant en parlant de la tenue des législatives avec ou sans l'opposition.

 

Les conséquences négatives de cette récente sortie médiatique sur l'image du régime sont toujours lourdes. Et c'est malheureusement, ce même ministre qu'a désigné le Président Alpha Condé pour se rendre en France et défendre l'image du régime auprès des autorités et de la presse. On l'aura remarqué, reçu à des niveaux officiels tragiquement bas pour un ministre, Alhassane Condé, avec ses multiples apparitions sur les chaines de télévision en France, s'est démené comme un diable pour changer la perception que beaucoup de partenaires étrangers se font aujourd'hui du nouveau régime guinéen, surtout par rapport aux élections législatives.

 

Peine perdue, pourrait-on dire. Après des déclarations pour le moins maladroites du Président de la République, le Président Alpha Condé, lui-même, affirmant publiquement lors d'un meeting à l'héliport de Belle-vue, que disposant du pouvoir de nomination des gouverneurs, préfets et sous préfets, il n'était pas question que son Parti perde les élections législatives. Cette déclaration a provoqué une crise de confiance dans les relations entre le Pouvoir et l'Opposition, et instauré un climat de suspicion entre le nouveau régime et les partenaires au développement.

 

L'union européenne qui, pour souhaiter la bienvenue au nouveau régime démocratique, envisageait de faciliter la signature du 10e FED allouant un montant de 250 MILLIONS d'euros à la Guinée a immédiatement révisé sa position en adoptant une attititude plus prudente, conditionnant désormais la signature du programme indicatif national à la bonne tenue des législatives. Surtout que la CENI, s'étant illustrée dans des contradictions et prises de position partisanes, donnait l'impression d'être assujettie au Pouvoir. Designer dans un tel contexte, le ministre Alhassane Condé, quelques jours seulement après ses propos semant le doute sur la volonté de transparence du gouvernement dans l'organisation des législatives, était tout simplement inapproprié et même contre indiqué.

 

Et, dans le fond, le discours tenu par le ministre Condé et le conseiller Rachid N'Diaye, là où ils ont été reçus, ne rassurent point. Si la CENI est effectivement indépendante, ce n'est pas du ressort d'un ministre de l'intérieur encore moins d'un conseiller du chef de l'état de soutenir la justesse de la date du 8 juillet 2012 fixée par cette institution, comme celle de la tenue des élections législatives. Ni Alhassane Condé, ni Rachid N'Diaye (de la mouvance présidentielle) ne sont habilités ni assez crédibles pour promettre la transparence dans l'organisation des législatives. C'est vrai que les élections devaient se tenir les six mois après l'installation du Président élu en novembre 2010, mais le Président Alpha Condé ne peut s'en prendre qu'à lui-même en ne saisissant pas, comme c'est le cas partout dans le monde, la dynamique de sa victoire avec des électeurs déjà mobilisés face à ceux des adversaires politiques totalement démobilisés et sous le choc de la défaite.

 

Près d'un an et demi après l'investiture du Président,  , c'est à Paris, e c'est pathétique, que le conseiller N'Diaye évoque, même en aparté ''le besoin de stabiliser la situation après l'élection présidentielle, de convaincre que l'élection n'avait pas été volée, puis de lutter contre la tentative de déplacement du débat politique sur le terrain communautaire par l'opposition'', pour justifier ce long écart entre l'investiture de son candidat et la tenue des législatives.

 

De toute façon, le temps s'est écoulé et avec la crise de confiance entre l'Opposition et le Pouvoir, la marge de manœuvre du Président de la République n'est plus celle qu'elle était au lendemain de son investiture, à l'époque où il était au moins en rapport de forces, en mesure de dicter une date à la CENI sans que ses adversaires politiques ne trouvent à rechigner. Aujourd'hui, ces deniers ont pu sortir la tête hors de l'eau et rien ne pourrait être imposé, tout doit être négocié pour trouver le consensus républicain.

 

Alhassane Condé et Rachid N'Diaye ignorent ce principe quand ils s'échinent, à Paris, à justifier la date de la CENI au moment où, à Conakry, l'Opposition dénonce une décision unilatérale en déplorant que la date du scrutin ait été fixée avant même la fin de l'audit du fichier électoral. Attachée au principe, l'Union européenne prévient ''que sans élections démocratiques, elle ne débloquerait pas d'aide au pays''. Comme pour exprimer des doutes sur la fiabilité du dialogue politique dont se targue le ministre Alhassane Condé. D'autre part, le ministre Condé a paru ridicule quand il a parlé de démilitarisation du pays.

 

A t-il oublié que des diplomates français et des pays de l'Union Européenne sont également à Conakry et qu'ils sont, avec les populations, témoins sinon victimes de l'indiscipline des militaires dans la circulation routière de tous les jours, des barrages militaires nocturnes érigés tous les jours dans les carrefours de la capitale de 23 heures à 6 heures du matin. Que le cortège du Président Alpha Condé est super militarisé du genre de ceux de ses prédécesseurs: le Général Lansana Conté, le Capitaine Dadis Camara et le Général Sékouba Konaté. Que depuis que le Président Condé y est, le palais présidentiel, n'est plus accessible par le portail officiel, transformé en camp militaire, en plein cœur de la ville, avec le déploiement des armes lourdes de guerre ainsi que des barricades de tous genres, arsena si  laid au visage de ce temple du pouvoir. Ministre de l'intérieur, Alhassane Condé devait être avisé pour le savoir.

 

Certes, le gouvernement et d'une manière générale les Guinéens ont intérêt et souhaitent achever le processus de transition par l'organisation effective des législatives, mais seule la CENI fixe les règles du jeu.

 

C'est à elle et non à autrui (Pouvoir et Opposition) de convaincre les uns et les autres sur le bien fondé de la date qu'elle a fixée, de la transparence des élections, de faire en sorte que les partenaires participent au financement du scrutin, que les Guinéens soient assurés que les résultats qu'elle publiera seront conformes aux votes qu'ils exprimeront dans les urnes etc. Tout l'enjeu est là. Mais cela nécessite que la CENI , elle-même, soit crédible,  et totalement indépendante de tous les acteurs politiques.

 

En choisissant donc, pour une telle opération rendue délicate par l'impasse politique actuelle, le ministre de l'administration du territoire, Alhassane Condé, au moment où ce dernier est également décrié dans l'opinion, ses collaborateurs ont pris le gros risque d'exposer le Président de la République,  à la radicalisation de la situation, en le présentant comme véritablement l'auteur qui se cache derrière les malencontreux propos tenus par son ministre. Les conseillers duchef de l'Etat, notamment ceux chargés des affaires politiques, et de la communication, auraient du prévenir le Président sur l'inefficacité et les risques de cette opération de charme conduite par le ministre Alhassane Condé à l'étranger, notamment dans les medias. Mais en Guinée, les cadres manquent généralement de conviction et d'inspiration, ils ne reculent jamais face à des intérêts personnels aussi minimes soient-ils et quels qu'en soient les conséquences politiques.

            

 

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