MAHMOUD THIAM EX MINISTRE DES MINES DIT TOUT
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- Publié le lundi 9 juillet 2012 18:36
- Écrit par Aboubacar Akoumba Diallo
Mensonges, misère, médiocrité, népotisme et politiques minables pour nos mines. Les misères de Palladino (25 millions plus deux) ne sont que la crête de l’iceberg qui mine notre politique économique tous azimuts.
Première partie
Vous avez fait objet de harcèlement à la foi de la part d du gouvernement et des médias à la solde et surtout d'accusations que moult cabinets d'intelligence ne parviennent pas à prouver, encore et toujours, quel est votre état d'âme?
Vous savez, contrairement à ce que l’on pourrait penser, cela m’a réellement profité. Les accusations, les inventions et les soupçons sont inévitables quand on a servi comme Ministre des Mines ou des Finances en Guinée. En général les soupçons subsistent car personne ne prend la peine d’enquêter pour les lever ou confirmer. Dans mon cas, des journalistes, des auditeurs, des cabinets d’avocat et bureau d’enquête en Guinée comme à l’étranger ont passé 18 mois et dépensé beaucoup d’argent pour prouver ce qu’ils pensaient évident : que je suis corrompu ou que mes décisions et mes actes devaient être contraires au code minier ou à la Loi. Ceci a été fait avec une hargne et une détermination surprenante. De surcroît je suis citoyen américain et soumis aux lois FCPA contre la corruption. Vous pouvez imaginer que des enquêtes similaires ont été menées de ce côte-ci de l’Atlantique sans mettre en évidence le moindre comportement répréhensible. Au moins dans mon cas, les gens de bonne foi peuvent dire que les soupçons sont levés. Tous mes prédécesseurs n’ont pas eu cette chance.
Depuis votre départ de la Guinée, vous faites objet de convoitises par plusieurs fonds souverains et de Chefs d'État africains, quel est votre secret?
Pas de secret, je me suis fait un nom et une réputation pendant ma longue carrière de banquier et on m’a toujours payé pour mes conseils. Je suis tout simplement retourné à mon métier.
Comment jugez-vous la gestion du patrimoine minier, depuis votre départ de la Guinée?
Je dois dire qu’il est difficile de déceler une vision ou une stratégie claire et cohérente. Je crois que nous assistons à une répétition de ce qui a toujours été fait dans notre pays : le recommencement perpétuel des erreurs du passé. Nous semblons penser que refaire les mêmes choses de la même manière va, miraculeusement, aboutir à un résultat différent un de ces jours. Maintenant que les résultats promis ou espérés n’apparaissent pas, (c’est) la panique et les «deals du désespoir ». Du fait de notre long passé minier, nous avons la chance d’avoir des techniciens expérimentés qui ont une bonne notion de ce qui peut accélérer le développement de notre secteur minier. Il faut savoir les écouter et prendre des décisions pratiques sur la base de leurs conseils ; pas des théories d’école.
S'il vous revenait de concevoir la stratégie de mise en valeur des ressources minérales de la Guinée, quelles auraient été vos priorités?
Les mêmes que celles énoncées lorsque je suis arrivé au ministère des mines pour la première fois. Pendant qu’un plan de développement stratégique est développé par les uns, il faut identifier les projets les plus avancés et les plus à même de générer des revenus, des emplois, des infrastructures, du développement communautaire etc.; et les rendre non seulement irréversibles mais en accélérer la mise en production. Là se trouve la richesse minière. Pas dans les statistiques sur la taille et la qualité de nos réserves. Si le contraire était vrai nous ne vivrions pas dans la misère absolue aujourd’hui.
Sous votre administration, la Guinée était sous la ruée des grandes multinationales, notamment China International Fund avec laquelle vous aviez conclu en 2009 un pacte d'actionnaire. Votre successeur, Mohamed Lamine Fofana était à vos côtés durant les négociations de certains contrats. Aujourd'hui, il affiche une méconnaissance des dits dossiers. Avez-vous le sentiment d'avoir été trahi?
Trahi ? Cela supposerait que ce soit une affaire personnelle. CIF est arrivé en Guinée grâce à l’Ambassadeur de Guinée en Chine, SEM Mamadi Diaré. Le gouvernement tout, entier sous la direction du PM, a mené discussions et négociations. Une commission de 14 ministres a siégé pendant des jours à étudier leurs offres. Ce sont les conseillers du PM qui ont fait la revue légale des accords avec des cabinets étrangers de leur choix. En tant que Ministre des Mines, j’ai été désigné comme un des ministres chargés de la mise en œuvre.
Lorsque le gouvernement de transition s’est installé en 2010, tous les ministres entrants avaient juré la fin de cette relation avec CIF. Apres s’être pleinement informé, le gouvernement de transition a inauguré le Train Urbain (Conakry express) et d’autres projets CIF avec fanfare et bénéficié pleinement de la relation. Le ministre Fofana en tant que conseiller du PM dirigeait le comité technique de mise en œuvre et a défendu, à mes côtés, le dossier devant la Banque Mondiale et les autres bailleurs lors de la transition. Lorsque le gouvernement actuel a été installé, j’ai passé le flambeau à mon successeur et je sais que le gouvernement a maintenu pendant un moment d’excellents rapports avec CIF et son patron qui a rendu visite au Président à maintes reprises en 2011 et mis des aides financières importantes à disposition. Je suis plutôt surpris et peiné de voir que ceux qui étaient au cœur du dossier (avec moi) ou leurs chefs hiérarchiques de maintenant, affichent une telle méconnaissance de la façon objective dont j’ai conduit ma mission. Il faut savoir que les archives de la primature et du ministère des mines doivent regorger de courriers de toutes parts confirmant les implications de personnes au cœur du gouvernement actuel dans les négociations et les recommandations autour du dossier CIF, ceci si besoin était, peut prouver les implications des uns et des autres….
En Guinée, l'on a appris que vous avez acheté un duplexe aux États Unis. D'aucuns n'hésitent pas à supposer que vous avez amassé son prix en Guinée. Qu’en dites-vous?
Quelle inflation rapide ! C’est un duplexe maintenant ? Au début c’était un appartement de $3 millions que j’ai été accusé d’avoir acheté avec de l’argent sale. Alors, je vais, pour la dernière fois expliquer cette affaire et répondre, pour la dernière fois, à des questions sur ma vie privée.
J’ai passé la majorité de ma vie adulte et de ma carrière aux Etats Unis. Ma famille y vit, mes enfants y sont nés et n’ont jamais vécu ailleurs. C’est donc là que j’ai la majorité de mes biens immobiliers. En janvier 2006, j’ai signé un contrat pour l’achat d’un appartement dans un immeuble en construction à New York. En février 2006 j’ai versé 10% de caution et en Octobre 2006 encore 10% en accord avec les termes de mon contrat. En octobre 2006 j’avais donc versé un acompte de $1.3 million pour l’achat d’une propriété d’une valeur de $6.5 million.
La construction de l’immeuble a accusé du retard et lorsque nous avons finalement été invités à signer le contrat final pour la livraison de l’appartement en mi 2008, l’économie mondiale et le secteur bancaire étaient en chute libre et j’ai décidé qu’un investissement de cette taille n’était pas sage. J’en ai informé le « développeur » qui a immédiatement fait valoir les termes du contrat qui lui procurent les 20% de caution que j’avais déposée. J’ai fait appel devant la justice de l’État de New York et après 6 mois de délibérations, jugement fut rendu en sa faveur. J’avais ainsi perdu ma caution mais j’évitais une perte bien plus importante.
En Octobre 2009, plus d’un an plus tard, alors que j’étais ministre en Guinée, le « développeur » me fit contacter par mes avocats pour me faire la proposition suivante : « Si vous acceptez d’acheter un autre appartement de plus petite taille dans l’immeuble, j’accepte de vous restituer votre caution pour que vous l’appliquiez à l’achat ». J’ai immédiatement bondi sur la chance de sauver cet argent que j’avais perdu. J’ai donc versé un supplément de $200 mille et finalisé l’achat du nouvel appartement pour $1.5 millions que j’ai immédiatement mis en location.
La suite est rocambolesque : Il faut savoir que les transactions immobilières sont du domaine public dans l’État de New York. Il aurait donc été facile à toute personne de savoir, sur l’Internet que l’appartement que j’ai fini par acheter a couté $1.5 million et non $3 million. Ensuite, en octobre 2006, j’avais déjà versé $1.3 million. Donc, calcul simple : 2 ans avant de savoir que je serais jamais ministre en Guinée, j’avais payé $1.3 million sur $1.5 millions. La différence ayant été comblée en Octobre 2009 lorsque la chance m’en fût offerte.
Lors d’une réunion à l’ambassade des Etats Unis en Guinée, le représentant de Rio Tinto dit à l’ambassadrice que je viens d’acheter un appartement de $3 million à NY avec de l’argent que CIF m’a payé. Faut-il supposer que CIF m’a repéré en 2006 et savait déjà que je serais Ministre des Mines en Guinée et signerait un accord avec eux 3 ans plus tard ?
Pire, sans conduire la vérification la plus sommaire, l’ambassadrice envoie un message codé au State Département répétant cette accusation comme si elle avait été vérifiée et était avérée. Ne précisant pas qu’elle venait du représentant d’une société minière avec laquelle nous étions en désaccord. Le State Département a immédiatement informé les Département de la Justice et celui du Trésor qui menèrent les enquêtes nécessaires (je suis américain..) et conclurent que c’était faux. L’affaire en resta là et je n’en ai entendu encore parler que 18 mois plus tard dans Wikileaks.
Un petit malin pourrait encore dire que la différence de $200 mille dollars aurait pu provenir de CIF. Mais logiquement, si en octobre 2006 j’avais versé $1.3 millions pour un achat de $6.5 millions, Pensez-vous vraiment que j’aurai eu besoin d’attendre de venir en Guinée et de recourir à la corruption pour payer les $200 milles de différence ?
Pour ce qui est de prendre de l’argent en Guinée, mes collègues du gouvernement, mes collaborateurs au ministère et la plupart des Guinéens savent qu’en arrivant en Guinée j’ai refusé d’utiliser tout fonds de l’État. Mon logement, mon véhicule, mes voyages et parfois, le fonctionnement de mon cabinet ont été payés sur mes fonds propres. J’ai même refusé ce à quoi mon poste de PCA (président du conseil d'administration) de CBG me donnait droit : Villa CBG, ravitaillement etc… Mes frais d’avion et d’hôtel seulement m’ont coûté plus que les $200 milles, différence dont on parle.
Vous aviez engagé le cabinet Alex Stewart International pour l'audit des opérations minières de Rusal en Guinée, ainsi que pour la construction d'un laboratoire minier en Guinée. Ils sont nombreux dans le pays à croire que de tout cela, rien n'a été fait. Alors qu'il semble que CIF avait décaissé $US 3 millions à travers un contrat de prêt, pour l'audit des opérations de Rusal. Également, sur un engagement de $1,5 million la moitié avait été décaissée par le fonds minier, sans qu'on obtienne ce laboratoire. Que s'est-il passé?
L’audit de Rusal et le contrat de surveillance du secteur minier sont 2 dossiers distincts. Je m’explique :
L’audit :
Dans le cadre du contentieux qui opposait l’État Guinéen à la société RUSAL (contentieux qui date de bien avant mon arrivée en Guinée), nous avons mis en place plusieurs commissions de négociations sous l’égide du PM ou par Décrets Présidentiels. Les membres étaient toujours les ministres des mines, des audits, des finances et de la justice ainsi que le premier vice-président du comité d’audit. A maintes reprises Rusal a refusé de négocier de bonne foi, jouant la montre. Lorsque j’ai compris que Rusal avait des problèmes financiers énormes qui menaçaient la survie même de la compagnie et que le succès de leurs négociations avec le comité des banques à Londres était d’une importance capitale pour eux, nous avons décidé d’utiliser cette information pour les contraindre à négocier. Pour ce faire, il nous fallait conduire un audit indépendant et crédible. Il fallait que la signature soit incontestable par un juge et que le travail se fasse dans un délai record. Nous étions en négociation avec Alex Stewart pour le contrat de surveillance et nous leur demandâmes s’ils pouvaient le faire dans les délais.
Alex Stewart accepta de le faire, mais pour un montant que nous n’étions pas en mesure de payer. Vu les enjeux, nous avons obtenu de CIF d’avancer le montant des honoraires directement à Alex Stewart. Le rapport fut livré quelques mois plus tard et concluait que sur la base des informations limitées obtenues et sans tenir compte des pénalités et dommages environnementaux, Rusal devait au moins $850 millions à la Guinée.
Le comité des banques créditrices de la société devait décider d’accepter le plan de redressement proposé et continuer à supporter la société ou de la laisser couler. La société ayant réussi à obtenir le soutien du comité avant que notre rapport ne sorte il ne nous restait que l’option d’éliminer l’élément principal du plan de redressement : la quotation en bourse de Rusal, prévue d’abord à Londres, puis Paris et finalement à Hong Kong.
Le rapport finalement en main, nous avons informé Rusal que s’il ne négociait pas de bonne foi avec le gouvernement nous saborderions sa quotation en bourse. Rusal nous invita à négocier à Paris 2 jours avant le « listing » à Hong Kong. Réalisant la ruse, je me suis moi-même rendu à Hong Kong et ai adressé un courrier à la commission boursière, à Rusal, a tous leurs banquiers et avocats les informant que la Guinée a un contentieux avec Rusal et que le rapport Alex Stewart signifie que des informations cruciales n’ont pas été dévoilée aux investisseurs. Ceci est une violation des règles. Rusal réussit quand même à lister mais nous lui avons coûté près de $2 milliards et fait du listing un échec, maintenant ainsi la pression sur eux. Ceci me valut une campagne de dénigrement féroce dans la presse nationale et internationale ou il fut même dit que mon épouse travaillait pour Alex Stewart et que je n’étais plus Ministre des Mines etc…
Des hommes d’affaires Libanais de la place associés aux efforts de Rusal pour obtenir une solution sans avoir à payer, ont été jusqu'à dire au Président que Rusal allait me faire abattre. Le rapport Alex Stewart reste à ce jour l’élément le plus à même d’obtenir de Rusal une juste résolution. Alex Stewart a donc fait son travail et a été payé pour cela (par CIF) et le gouvernement devait simplement continuer les efforts pour forcer Rusal à payer. Ce fut le cas à l’arrivée du gouvernement actuel au pouvoir. Le Président Condé, sur ma recommandation a pris une position très dure vis-à-vis de Rusal. Puis, tout d’un coup, on a commencé à entendre dire que le Président considérait le patron de Rusal comme un ami proche et que je l’avais induit en erreur. Il fut aussi dit que CIF a payé l’audit car mon but était de confisquer Friguia et Dian Dian pour les leur donner…
Mes collaborateurs vous diront que ma position a toujours été que Rusal doit rester à Friguia mais payer ce qu’ils doivent et respecter leur engagement contractuels d’investir dans l’expansion de l’usine. La logique étant que les dommages environnementaux sont tels qu’aucun investisseur sérieux n’accepterait d’en prendre la responsabilité. Rusal doit rester et faire le nettoyage sinon le pays en hériterait.
A suivre..
Aboubacar Akoumba DialloJournaliste,
Associé chercheur sur les Mines en Guiné
