Dossier des passeports biométriques
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- Publié le lundi 16 juillet 2012 13:09
- Écrit par Mouctar Diallo
Le Conseil des ministres du jeudi 12 juillet 2012 présidé par le chef de l'état, a examiné le dossier des passeports biométriques, qui souffre depuis des contradictions administratives et d'intérêts. En abordant le sujet lors de ce conseil des ministres ce dossier enfoui dans les tiroirs par des hauts cadres mus par des calculs personnels, le président de la République semble vouloir le relancer dans les conditions de transparence totale. En un mot, le Président semble résolu à mettre un terme aux quiproquos qui empêchent la Guinée de se doter des documents d'identification et de voyage sécurisés et qui seraient reconnus dans les quatre coins du monde. C'est le 1er avril 2010 en effet que les passeports numériques ont été lancés dans les États membres de l'organisation de l'aviation civile internationale.
Les 190 États membres de l'Organisation de l'aviation civile internationale (Oaci), y compris africains, ont obligation, depuis le 31 mars 2010, de ne délivrer que des passeports numérisés. C'est-à-dire des documents contenant une puce électronique sur laquelle sont enregistrées les données d'état civil de la première page, ainsi que la photo d'identité du titulaire. Et ce nouveau titre de voyage devrait progressivement faire place au passeport biométrique en 2015. Mais, pour éviter un double usage avec cette transition coûteuse pour les populations, de nombreux pays africains dont ceux de la CEDEAO et de la CEMAC ont décidé de passer directement au passeport biométrique, c'est-à-dire le passeport numérique qui contient, en plus de l'état civil et de la photo, les empreintes digitales numérisées et éventuellement celle de l'iris de son détenteur. Adoptée en 2005, notamment sous la pression des États-Unis, engagés dans une croisade antiterrorisme depuis le 11 septembre 2001, la recommandation de l'Oaci vise à lutter contre les usurpateurs d'identité et à améliorer la sécurité aux frontières terrestres et aéroportuaires. En attendant le retrait définitif de la circulation des passeports traditionnels à l'horizon 2014, l 'arrivée de la nouvelle génération de titres de voyage, jugée infalsifiable par l'OACI, les accords sous-régionaux en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale imposaient le passeport biométrique dès la fin 2010, histoire de se mettre à jour pour éviter à leurs populations des désagréments dans les aéroports terrestres, aériens et maritimes internationaux qui sont déjà dans les normes de l'OACI. Il faut reconnaitre cependant que la Guinée, l'un des pays initiateurs de l'accord de la CEDEAO, accuse un grand retard en la matière au moment où beaucoup de pays sont déjà en règle par rapport aux nouvelles dispositions internationales. A partir de là, on comprend le sens de la réactivation impulsée par le Président Alpha Condé. Le chef de l'Etat guinéen se dit soucieux du respect des accords internationaux qu'il considère comme un principe fondamental pour son régime et exige à ce titre que les critères définis par l'OACI soient observés à la règle. D'où l'obligation du choix d'une société professionnellement reconnue.
L'on se souvient que le contrat de fabrication des passeports biométriques guinéens avait été confié dès après la convention de la CEDEAO, en 2010, à la société internationale Oberthur Technologies, un des leaders du secteur, qui détenait déjà en Afrique notamment en Guinée, les contrats pour les passeports traditionnels. Depuis, ces documents d'identification biométriques ont été confectionnés et attendent d'être livrés aux autorités compétentes guinéennes. Si la Guinée tarde encore, c'est principalement à cause de l'irruption brutale sur la scène de fausses sociétés introduites par d'opportunistes démarcheurs avec la complicité de hauts cadres corrompus de l'état. Il s'agit de MULTI MEDIA GLORY SDN, impliquée dans des trafics en Asie ou d'AFRICARD du libanais Sleiman Obeid, pris en flagrant délit d'imposture. Espérons que cette sortie présidentielle constitue le début de l'épilogue d'une confusion qui a causé beaucoup de torts à la Guinée. Sous peu, les passeports actuels ne seront acceptés dans aucun aéroport du monde.
Mouctar Diallo
source : L'Obs de Guinée
