Arrêt de Friguia
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- Publié le lundi 30 juillet 2012 23:48
- Écrit par BAH Mariame
La population de Fria exposée à un manque d'eau et de courant électrique
Le jeudi 26 juillet dernier, Vassiliev Pavel, représentant de la société Rusal en Afrique, a animé un point de presse à Kaloum pour expliquer la situation qui prévaut à Friguia qui a interrompu sa production depuis le 4 avril dernier, début de la grève déclenché par le collège syndical de cette unité industrielle.
D'entrée de jeu, M. Vassiliev Pavel a tenu à remercier les religieux, les sages, les femmes et la jeunesse de Fria pour leurs soutiens indéfectibles à Rusal en vue de la reprise des activités de l'usine Friguia. Selon lui, certains parmi ces couches sociales se sont même rendus à la Présidence pour demander l'implication du président de la République dans la résolution du conflit opposant Rusal et le collège syndical de Friguia.
« Rusal a la volonté de retourner à Fria, de relancer la production et d'assurer la prospérité de la ville de Fria. C'est notre objectif », a-t-il assuré avant d'expliquer la crise qui secoue actuellement l'usine Friguia : « Du point de vue économique, Friguia est très complexe. L'usine n'est rentable que lorsque le prix de son produit fini dépasse les 1.700 USD par tonne. Pourtant, le prix actuel sur le marché international est inférieur à cette valeur. Dans ce cas, la production n'est plus rentable ». Suite à ce phénomène, l'an dernier, la société Rusal, selon lui, a été obligée de subventionner Friguia à hauteur de 91 millions USD pour que l'usine puisse fonctionner, car elle ne pourrait survivre en se basant sur les bénéfices qu'elle fait à partir de la vente de son produit fini. A cela il faut ajouter l'augmentation du prix du mazout due à l'augmentation des prix des produits pétroliers. « La société entre dans la période de rentabilité lorsque le prix de vente de l'alumine est bon. Malheureusement, depuis 2008, le secteur de l'alumine traverse une crise. Dans ces conditions de crise, Friguia ne peut pas être rentable ».
Pendant que l'usine est en train de traverser des moments difficiles, le collège syndical fait un préavis de grève. Sur la table, il présente 30 points de revendication. Points que Rusal dit ne peut pas examiner, à plus forte raison négocier. Car l'usine était sous menace de fermeture parce que devenue non rentable. C'est à ce moment fatidique que le collège syndical a invité tous les ouvriers à cesser le travail. C'était le 4 avril dernier. Préoccupée par les conséquences que cette grève pourrait produire, la société Rusal a adressé des correspondances aux autorités compétences, notamment le ministère des Mines, l'Inspection générale du Travail, pour justifier qu'une telle grève n'était pas nécessaire et pire, elle pourrait mettre en péril la sécurité de l'usine et celle de la ville de Fria.
« Nous avons expliqué qu'à ce moment, a dit Vassiliev Pavel, la concurrence était de plus en plus rude et que le volume de production de l'usine était en baisse. On a expliqué qu'une fois que l'usine sort de la liste des concurrents, elle ne pourra plus y rentrer ».
Le représentant de Rusal dira ensuite que dans les plans de sa société pour la réduction des volumes de production, il était question de fermer une de ses usines en Jamaïque. Il a indiqué que de janvier jusqu'à juillet, les travaux préparatifs pour aboutir à la fermeture de cette unité étaient effectués.
« Au mois d'avril, révèle-t-il l'air éploré, Friguia interrompt brusquement sa production suite à la grève. Cet arrêt a été bénéfique pour des unités en Jamaïque qui avaient besoin de déverser leurs productions pour substituer à celles de Friguia. Après la fin de la grève qui a duré deux mois, personne n'avait besoin de sa production. Il n'y avait plus de possibilité de vendre son produit fini sur le marché. Car personne n'était prêt à en acheter. C'est l'explication essentielle pour dire que l'usine est à la limite de son arrêt »,
Le collège syndical qui a pris la décision de ne pas travailler, décision dont les conséquences sont catastrophiques pour la population de la ville de Fria, a refusé d'accepter la décision de la justice guinéenne invitant tous les travailleurs de Friguia à reprendre les activités. Ceci pour éviter à la ville de subir ce qu'elle risque de subir ces prochains jours. C'est-à-dire le manque d'eau potable et de l'électricité. Car il ne resterait qu'une provision de mazout de 5 à 6 jours pour faire tourner les centrales qui alimentent la ville en eau potable et en courant électrique. Après ce refus du collège syndical, Rusal a, selon M. Pavel, invité les autorités compétentes à prendre des dispositions afin que les activités soient reprises. « Malheureusement, nous n'avons pas été entendus », a-t-il dit avant de souligner qu'il est actuellement difficile de redémarrer l'usine :
« Vouloir aujourd'hui redémarrer l'usine, c'est parler d'un miracle. Nous voulons que le produit de Friguia soit acheté, mais il n'y a pas d'acheteur pour le moment. L'usine qui a perdu sa capacité économique est considérée de facto comme une entité fermée. Le 27 avril dernier, Rusal a acheté un tanker de mazout nécessaire pour Friguia dont le coût s'élève à 28 millions USD. Actuellement, ce mazout est utilisé pour Friguia. Mais malgré la consommation de ce mazout, l'usine n'a même pas obtenu une tonne d'alumine. Ce montant est déjà une des pertes endommagées par la société tout au long de la grève. Face donc à l'incapacité de vendre son produit fini, Friguia n'a pas de bénéfice. Et dans 5 jours, le mazout va finir et Friguia n'a pas de ressources pour se ravitailler en mazout. C'est une catastrophe pour l'usine et pour la ville. Cela signifie l'absence d'eau pour une population de 120 millions d'habitants ».
L'alternative pour sauver Friguia
Malgré toutes ces difficultés, Rusal a un plan de sortie de crise pour satisfaire la population de la ville de Fria qui ne cesse de prier pour le retour des Russes dans leur localité. C'est le projet d'investissement Diandian dans la région de Boké. C'est l'une des plus grandes réserves de bauxite dans le Kakandé.
« C'est un gisement qui doit et va apporter de l'argent à la Guinée , a indiqué Vassiliev Pavel. Nous avons une concession pour l'exploitation de ce gisement ».
Pour M. Pavel, c'est la situation sociopolitique ces dernières années et l'état critique du climat d'investissement dans notre pays qui ont empêché Rusal à procéder aux travaux d'exploitation dudit gisement. Et quand le pays s'est stabilisé grâce à l'avènement d'un président démocratiquement élu qui a amélioré le climat d'investissement, la crise économique est intervenue. il puorsuit :
« Ce serait bien de maintenir ce projet en réserve. Mais on a eu cette situation tragique de Friguia », avant d'annoncer qu'il faut 50 millions USD pour le redémarrage de cette usine.
Selon Vassiliev Pavel, Rusal veut bien redémarrer l'usine Friguia. Mais son problème, c'est qu'aucun investisseur ne peut injecter ses fonds dans un projet non rentable. C'est pourquoi Rusal veut exploiter sa concession de Diandian. Dans ce projet d'investissement, la société pourrait avoir des ressources financières de la part des investisseurs. Car c'est un projet rentable dans l'avenir. Il soutient qu'une partie de l'argent obtenu pour le projet Diandian sera détachée pour l'usine Friguia.
Il rappelle :
« Diandian est la clé qu'il faut pour obtenir des financements pour Friguia » a-t-il insisté. Mais pour exploiter ce gisement, il faut le permis d'exploitation. C'est ce qui manquerait à Rusal. « Au mois de juin, nous avons commencé le processus de validation du chronogramme pour le projet Diandian. Ce chronogramme est une validation par le Gouvernement, le Parlement, des lois et textes nécessaires pour procéder à l'exploitation de ce gisement. Ce sont les exigences du nouveau code minier », a-t-il rappelé. Il ensuite fait savoir qu'il y a un comité technique de stratégies qui doit analyser ce document avant de délivrer le permis d'exploitation. « Pour aller vers l'investisseur, il faut ce document, a-t-il fait savoir. Malheureusement, actuellement la procédure d'examen du chronogramme de Diandian retarde trop. Si on arrive à obtenir la signature du chronogramme de Diandian, on a la possibilité de sauver Friguia sur le plan économique ».
En attendant que Rusal obtienne le permis d'exploitation du gisement de Diandian afin de pouvoir sauver Friguia, la population de Fria est déjà dans l'inquiétude de ne plus avoir de l'eau potable et de voir sa ville tomber dans le noir. Il faut donc agir vite avant que ce ne soit trop tard.
Fria
Rusal fait un don de 50 sacs de riz de 50 kg à la mosquée de la ville
Le vendredi 27 juillet, le Directeur général de Friguia, VLASSOV Guennadi, à la tête d'une forte délégation, s'est rendu à Fria. Objectif, remercier toute la population de Fria pour son soutien à Rusal ces derniers temps.
Le Directeur général a profité de cette visite à Fria pendant ce mois de pénitence pour offrir aux sages de la grande mosquée de la ville 50 sacs de riz de 50 kg . Mais avant de procéder à la remise de ce geste symbolique, M. Vlassov Guennadi s'est entretenu avec l'imam de la mosquée en présence de plusieurs fidèles musulmans sur des questions concernant l'usine Friguia.
Au cours de l'entretien, Elhadj Salif Fofana, s'est dit tout d'abord heureux de cette visite avant de supplier le DG de Friguia de tout faire pour que les activités de cette usine reprennent. Car elle est plus que nécessaire, mais vitale pour la population de Fria.
« On ne peut pas être propre s'il n'y a pas de l'eau, a-t-il souligné. Et, l'alimentation de la ville est faite par l'eau produite par l'usine. Donc notre souhait c'est le redémarrage de cette usine. Il faut tout faire pour que nos enfants continuent à travailler dans l'usine et que l'usine fonctionne. Le fait que vous soyez présent ici aujourd'hui, notre souhait est que vous ne quittiez pas la ville. Au nom des femmes de Fria, des sages et de toute la jeunesse, je vous demande de revenir ».
Prenant la parole à son tour, M. Vlassov Guennadi a d'abord remercié les différentes couches sociales de Fria pour leur forte implication dans cette crise que traverse Friguia en vue de son dénouement. Il a en substance dit qu'il voudrait bien voir le visage de toutes les femmes de la ville s'illuminer.Parlant de la volonté de la société russe pour le redémarrage de Friguia, M. Vlassov dira que Rusal voudrait bien remettre l'usine en marche. Mais il lui faut de gros moyens financiers pour y parvenir. C'est pourquoi il dira à l'imam qu'une partie des solutions à ce problème est dans les mains de la population de Fria.
Quant à Hadja Makalé Traoré, femme travailleuse à l'usine, elle dira que le citoyen de Fria ne connaît que cette usine : « Sans elle, la ville n'est rien. Il faut qu'ils pensent à cela ». De son côté, David Camara, Directeur général adjoint de Friguia a dit que c'est pour lui une très bonne surprise de voir Rusal faire ce don symbolique aux religieux de Fria.
« En cette période critique pour la population de la ville de Fria, ce geste est un réconfort pour tout le monde. Ce n'est pas le volume qu'il faut regarder, mais le geste qui témoigne de leur amitié, de leur sympathie envers cette population ».
Il faut ajouter que pendant que les autorités de Friguia s'entretenaient avec les sages, une grande foule a envahi la mosquée. Ces citoyens pensaient déjà que les « Russes sont revenus » et que l'usine allait reprendre ses activités aussitôt. Certains d'entre eux demandaient des pardons interminables pour le redémarrage de l'usine. Ils étaient tous inquiets des conséquences qu'ils allaient subir suite à l'arrêt de l'usine.
Il faut rappeler que le 26 juillet les travailleurs de l'usine Friguia ont fait une pétition pour se désolidariser du collège syndical.
BAH Mariame
