Le Champ de COK

Pour le maintien du Président auto-promu, des Guinéens ont été tués.

Et même s’il a dit en être désolé en ce qui le concerne, très, très désolé,

Il faudrait sans délai entamer une procédure afin de le faire destituer

Plutôt que feindre d’espérer, demain ou après-demain, le voir évoluer.

L’histoire se passe de nos jours et je m’en vais vous la raconter telle quelle !

Ayant débuté assez festive pour finir vite dans la tragédie, elle est bien celle

De femmes, d’hommes et d’enfants qui avaient souhaité rallier le Terrain des Jeux.

Au Capitaine, Président auto-promu, ils voulaient, là-bas, rappeler le seul vrai enjeu :

Devient Président en pays libre celui-là même qui, par la majorité des citoyens, est élu

Et non avec des galons même si à une camarilla, l’heur de plaire et de complaire il a eu.

Contre les manifestants, le Capitaine n’hésite pas un instant à faire donner l’artillerie lourde

Preuve qu’il commettrait pires crimes encore si, à ses concitoyens, répugnaient ses bourdes.

Des personnes par ses soudards drogués et avinés sont aussitôt violées, volées et massacrées.

À l’aune d’une journée, ses sbires auront fait pire que ceux des anciens chefs du pays exécrés.

 

Et, après, comment se sent-il, pensez-vous ?

Il en est, pour solde de tout compte, désolé,

Le Capitaine, Président auto-promu, voyez-vous !

Apprenti poète, j’en suis, moi, par la colère interpellé !

 

Du Capitaine, Président auto-promu, je n’avais pas une idée nette.

Je ne suis pas friand des images tant prisées sur la Toile par certains,

Et, je me détourne toujours de celles à la télé exhibant les horreurs de la Planète

Aussi bien celles occasionnées par les éléments déchaînés que par leurs complices humains.

 

Après avoir visionné quelques extraits de son fameux Show

Tranchant mécaniquement à propos de tout et de rien, à chaud

Par sa parole décousue fustigeant, humiliant, sans s’interrompre,

Se faisant par conséquent applaudir plusieurs fois à tout rompre,

Devant l’effroi de quelque Entrepreneur jugé pas du tout scrupuleux

Ou le désarroi d’un Collaborateur à vrai dire un Serviteur peureux,

Après l’avoir vu, tel le Roi Soleil, recevoir du fond de son lit

Et brandir, peut-être à l’envers, un livre que, prétendument, il lit

Un écrit à forte probabilité de relent sectaire : \"La pensée positive\",

J’ai pris la possible mesure de son action, à tout parier, négative.

 

Alors, je suis révolté !

Révolté que des ambassadeurs lui aient remis des lettres de créance

Et qu’affairistes de tous bords, pour obtenir des concessions minières

Ou pour les conserver, s’abaissent à maintenir leur piètre allégeance

Au mépris des règles les plus simples de l’art et des bonnes manières.

 

Il dit : je suis désolé ?

Je lui réponds : je suis attristé.

 

Il est désolé ?

Je suis blessé.

 

Il est désolé ?

Je suis chagriné.

 

Il est désolé ?

Je suis consterné.

 

Il est désolé ?

Je suis déchiré.

 

Il est désolé ?

Je suis écœuré.

 

Il est désolé ?

Je suis éploré

 

Il est désolé ?

Je suis éprouvé.

 

Il est désolé ?

Je suis mortifié.

 

Il est désolé et même très, très désolé ?

Plus que jamais, moi, je suis navré.

 

Et, plus effroyables sont mes trop longues nuits blanches.

Puissent-elles me procurer beaucoup de force et de lucidité seulement

Pour pouvoir témoigner en direct des multiples horreurs du moment,

Retracer, de la généalogie des familles sacrifiées, les moindres branches,

Imaginer surtout pour les petits Guinéens des histoires à lire et à relire

Des poèmes, des contes et des légendes qui leur redonneront le sourire

Qui ne raconteront pas des flots de larmes et des torrents de sang qui coulent

Mais du miel et du lait qui, partout sauf dans les caniveaux, s’écoulent

Quand ils sont déversés par des producteurs de pays riches excédés

De ne pas voir tous leurs gains bien acquis, à leur juste hauteur, rétrocédés.

Des récits pleins de miel et du lait pour les enfants en aide à leurs mères

Avec aussi des rivières qui charrient des engrais pour fertiliser les terres !

 

Il est désolé ?

Je suis, au choix

Ou tout à la fois :

Accablé, affligé, bouleversé, brisé, effondré, éploré, endeuillé,

horrifié, peiné, sidéré, stupéfié !

Soit, pour chacun des joueurs de foot d’une équipe guinéenne, un état d’âme

Dû à la barbarie de la répression militaire particulière à l’égard des dames.

 

Mais plus que jamais je suis déterminé

Avec les seules armes qui sont les miennes, les mots,

À mettre des noms exacts sur nos petits et grands maux

À guerroyer contre toutes les brutalités faites hommes.

S’ils méritent toujours et encore qu’ainsi on les nomme,

Les monstres ayant en cette \"matrie\" dénommée la Guinée

C’est-à-dire la femme par qui eux-mêmes en principe sont nés

Violenté, humilié des femmes dans un stade plein comme un œuf

En cette date désormais triplement symbolique du 28 septembre 2009.

 

Il n’en est, hélas, que désolé, tout désolé, très, très, très désolé, je le sais !

C’est l’unique mesure d’empathie à sa disposition face à l’horrible nombre de décès.

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