PPTE, SFI, le pillage continue..
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- Publié le jeudi 1 novembre 2012 11:39
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
Le Bureau de presse vient de se fendre d’un communiqué qui se répand sur les bienfaits que la SFI après le club de Paris, le FMI/Banque qui ont élu la Guinée à l’Initiative des PPTE va déverser sur la Guinée. Avant on a vu un jeune boutonneux, Expert de la SFI, féliciter les trois cavaliers de l’Apocalypse, Yans la Glisse, son compère du Budget, Mohamed Diaré très disert et la non moins « tribune », Mme Ramatoulaye Bah de l’Industrie, pour leurs performances qui ont donc abouti au miracle du PPTE. La Guinée fait partie des 23 pays qui ont fait des « réformes majeures » :
- Guichet unique qui facilite la création d’entreprises (privées bien sûr, de préférences étrangères, ce n’est pas un mal en soi, mais)
- Obtention d’un permis de construire à un coût raisonnable (au bénéfice de Guinéens ou d’entreprisses étrangères encore ?)
- Le raccordement du réseau électrique : à quoi, quand ?
Frédéric Meunier, c’est le nom de ce presqu’adolescent qui toise Yans, Ramatoulaye et Diaré comme de petits camarades qui se connaissent depuis la maternelle, donc l’expert de « Doing Business » alias SFI, jouant le rôle d’Expert auprès des Institutions de Brettons Wood a donc espéré voir ces "réformes se réaliseront sur le terrain, déjà les entreprises (guinéennes, étrangères sont « contents" (sic).
Ramatoulaye de revenir en se lâchant un peu plus :
Après avoir félicité ses petits copains, elle compte sur le soutien de la SFI pour « nous amener à entreprendre ces trois réformes »..
Ce n’étaient donc que des engagements pris, ces performances qui nous ont aidés à être classés parmi les 23 pays qui ont entrepris des réformes pour faciliter la créations d’entreprises, dont la seule l’unique, est le guichet unique, mais le "raccordement du réseau électrique", il faut demander aux démons de l"’Axe du mal" et aux aficionados du foot..
Portant elle soutient tranquillement son paradoxe :
« C’est à travers ces critères que nous avons gagné 26 points par rapport à d’autres pays en matière de « réformes SOUHAITEES » :
- 1) Transfert de propriété (de qui à qui ? de l’Etat, du Guinéen à une « hideuse bête venue de la mer » (voir l’inoubliable roman, « Doguicimi » de Paul Hazoumé)
- 2) L’accès au crédit (pour le secteur informel ou pour les prédateurs guinéens créant de pseudo sociétés dont seuls seront bénéficiaires les plus bavards d’ « une certaine communauté », à l’image des nominations et des licenciements ciblés dans l’actuelle fonction publique, voir cas de cette dame de Maléah à Labé ?
- 3) Le commerce transfrontalier, ne croyez pas qu’il s’agit de celui entre les deux poumons Mali-Guinée, non, il s’agit de l’ouverture béante de nos mers depuis nos ports livrés aux griffes des Bolloré, Getma, etc. , Bolloré qui s’apprêterait à jeter l’éponge pour détournement de milliards par des cadres véreux..
- 4) Le paiement des impôts
En effet on ne peut rein faire si le lambda ne sue pas sang et eau pour nourrir « la bête immonde », aidée des 200 voleurs d’Ali Baba (AOT)
Bien cela suffit.
D’où vient la SFI, à quoi elle sert, et qui elle sert ? C’est long, mais nous avons tout le temps de lire ce qui suit et pour ne pas nous contenter des satisfécits des communiqués et autres caresses de la langue de boa. Mais il faut l’avoir fini avant les élections !
Bonne lecture.
Lumière sur ... la Société Financière Internationale
Le CADTM, au côté d'autres mouvements sociaux, réclame depuis des années l'abolition du FMI et de la Banque Mondiale (BM) et leur remplacement par des institutions aux objectifs radicalement opposés, axées sur la garantie des droits humains fondamentaux.
La vision du développement de la BM repose inlassablement depuis 60 ans sur la dérégulation de l'économie, l’ouverture des marchés, les privatisations massives..., que les Institutions financières internationales (IFI) imposent aux pays en développement via les Plans d'ajustement structurel. D’une manière générale, ces mesures visent à créer un climat favorable à l’investissement pour les entreprises multinationales. La BM défend sa politique en prétendant que ces mesures aident les pays pauvres à attirer l’investissement étranger et à générer des revenus qui retomberont progressivement sur les pauvres. Ainsi, le discours officiel des IFI, c'est que la croissance et le libre-échange réduiront, à terme, la pauvreté. Plusieurs décennies d’expérience ont montré qu’un tel modèle de développement est totalement inadapté et générateur de davantage de pauvreté. De plus, les IFI n’ont en réalité pas pour objectif le développement économique des pays pauvres, elles se préoccupent de très loin du sort des populations du tiers-monde. Leur véritable objectif est de servir les intérêts géostratégiques des
États-Unis, de ses multinationales et de ses alliés, et vise la recherche du profit maximum et l'établissement du capitalisme à l'échelle planétaire, basé sur un modèle productiviste, destructeur de l'environnement, le tout impliquant la dégradation continuelle des conditions de vie des populations...
On est là bien loin de leur objectif prétendu de lutte contre la pauvreté.
Si la BM tombait, elle entraînerait dans sa chute les 5 institutions qui composent le Groupe Banque Mondiale : la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement), l'AID (Association internationale pour le développement), le CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements), l’AMGI (Agence multilatérale de garantie des investissements) et la SFI (Société financière internationale). Composantes de la Banque Mondiale, ces 5 institutions ont comme politiques de façade « la lutte contre la pauvreté » mais leurs activités tendent ensemble vers ce même but : servir la politique extérieure des EEUU et des autres puissances capitalistes, et les intérêts des multinationales.
La SFI : Qu'est ce que c'est ?
La Société financière internationale est la branche de crédit au secteur privé du Groupe BM. Elle assure la promotion du secteur privé en finançant la réalisation de projets d'entreprises privées dans des pays en développement (PED), en participant au capital social de leurs projets et en leur fournissant des conseils et une assistance technique.
Basée à Washington, la SFI a été créée en 1956 en réponse aux critiques exprimées par des gouvernements de PED au fait qu'il n'existait pas pour eux de facilités équivalentes à celles attribuées aux pays européens via le Plan Marshall1, et pour tenir en échec le Fonds spécial pour le développement économique (Special United Nations Fund for Economic Développement, SUNFED), organisation contrôlée par l'ONU et destinée à fournir des prêts à des taux d’intérêt inférieurs à ceux de la Banque mondiale. Pour les États-Unis et les autres grandes puissances, il était impensable de passer par les Nations unies pour accorder des aides économiques! Le système onusien « un pays, unevoix » les rend minoritaires, mieux vaut par conséquent passer par la Banque mondiale, où le poids de chaque pays est proportionnel à sa contribution financière, ce qui leur permet d'avoir un contrôle totale sur la prise de décision.
La SFI coordonne ses activités avec celles des autres institutions du GBM, mais elle est juridiquement et financièrement autonome et possède ses statuts, son capital, sa direction et son personnel propres.
La SFI regroupe aujourd’hui 178 pays membres, et tout comme au sein du FMI et de la BM, la SFI (participe à ?)
1 L'aide du Plan Marshall est principalement attribuée sous forme de don tandis que les prêts de la BM sont accordés au taux d'intérêt du marché répartition des droits de vote y est scandaleusement antidémocratique puisqu’elle dépend du nombre d'actions détenues par chacun d'eux. La SFI est largement dominée par les USA, qui y détiennent 23,65% de pouvoir de vote et décident, sous la présidence hier du néoconservateur Paul Wolfowitz, et aujourd’hui du tout aussi controversé Zoellick, de l’orientation des projets comme de l’attribution des millions de dollars effectuée au profit de multinationales peu scrupuleuses.
De la rhétorique à la réalité : réduction de la pauvreté ... ou profit ?
En théorie, la SFI a pour mission de « promouvoir des investissements privés durables dans les pays en développement qui réduiront la pauvreté et amélioreront les conditions de vie de la population » selon sa propre formule.
Pas plus que la BM la SFI n'agit dans le but de réduire la pauvreté. Elle soutient des projets d'entreprises privées auxquelles elle offre du crédit pour réaliser leurs investissements de diverse nature, notamment des projets liés à l'extraction stratégique de pétrole, de gaz et de métaux précieux - l’or, entre autres-, dans les PED : usines de papiers, oléoducs, gazoducs, mines, installations chimiques et industrielles, réacteurs nucléaires, etc.
La SFI attribue chaque année des prêts de centaines de millions de dollars à des multinationales polluantes comme Newmont Mining ou Barrick Gold (dont Georges W.Bush Père est parmi les plus gros actionnaires), liées aux néoconservateurs américains et au clan Bush.
Depuis 60 ans, le mécanisme est toujours le même : la SFI soutient des géants américains, canadiens, australiens, etc., en ignorant les impacts environnementaux, en négligeant les conditions de travail de travailleurs souvent surexploités. Tout cela représente un bon placement et surtout un bon retour sur investissement! La SFI est l'institution de la BM qui « croît » le plus vite, réalisant chaque année des bénéfices en soutenant des projets qui s'attaquent dans bien des cas aux droits des peuples et aux conditions de vie des populations, à la souveraineté, à la démocratie.
Depuis 60 ans, le mécanisme est par ailleurs parfaitement bien organisé entre les institutions du GBM, dont les activités sont complémentaires et que l'on retrouve dans certains cas à tous les niveaux : imposition et financement de la privatisation (BM via BIRD et AID); investissement dans l'entreprise privatisée (SFI); garantie accordée à cette entreprise pour la couvrir contre les risques (AMGI); jugement en cas de litiges (CIRDI).
C'est ce qui s'est passé en Bolivie, à El Alto, autour de la distribution d'eau par l'entreprise Aguas del Illimani-Suez, entre 1997 et 2005.
Au nom du « Développement »: Financement de la violation des droits de l’homme, financement de l’exclusion des peuples autochtones, de la militarisation, de la perte de subsistance...
La SFI à travers ses crédits au secteur privé, et les IFI dans leur ensemble, soutiennent des projets qui provoquent des dégâts sociaux et environnementaux considérables, qui portent atteinte aux droits et aux conditions de vie des populations en provoquant appauvrissement, déplacements de populations, dépossession des terres, etc. La nature s'en retrouve polluée par les déchets chimiques, les déversements de pétrole, d’eaux résiduelles, le brûlage de gaz... Les compagnies sacrifient bien souvent les mesures de sécurité pour baisser leurs coûts, et mettent ainsi en danger les gens et l’environnement. On trouve des cas particulièrement flagrants dans le domaine de l’industrie extractive, dont les activités sont souvent associées à l’instabilité économique et politique, à la corruption, aux régimes dictatoriaux et aux violations des droits de l’homme. En voici quelques exemples.
Mine d'or à Ahafo, Ghana
2 Voir « Banque Mondiale : le Coup d'Etat permanent », Éric Toussaint, p.286-287 ou sur site du CADTM, http://www.cadtm.org/article.php3?id_article=1156
En janvier 2006, la SFI approuve un prêt de125 millions de dollars au bénéfice de la firme Newmont Mining, second plus grand producteur d'or au monde, pour commencer l'extraction de la mine d'or à Ahafo, au Ghana. Ce que la SFI se garde bien de préciser, c'est que Newmont Mining est impliquée dans de nombreux scandales financiers et écologiques à travers le monde (en Indonésie, pour des rejets de déchets toxiques, au Pérou, en Roumanie, etc.). Qu’importent les scandales : la SFI poursuit sa collaboration avec la multinationale américaine.
Elle ne mentionne pas non plus que ce projet, dés le début très controversé, a de lourdes conséquences sociales et environnementales. Dans sa première phase, le projet a provoqué le déplacement d'environ
9500 personnes. On s'attend à ce que la poursuite des activités dans les années à venir occasionne le déplacement de prés de 20.000 personnes! A cela s'ajoute la pollution des rivières et du service de distribution d'eau local du fait de l'utilisation de cyanure (utilisé pour l'extraction de l'or), la destruction de zones de forêts protégées.
Dans un document d'évaluation de la BM sur le secteur minier au Ghana, la BM remet elle même en question l'impact de l'investissement dans le secteur minier. L'étude dit que les coûts de ces activités sur les populations locales dépassent souvent les bénéfices qu'elles peuvent en retirer et souligne que les activités minières ont tendance à augmenter les disparités de revenus et à augmenter les prix, devenant un poids de plus pour les pauvres et les personnes sans emploi dans les régions minières3.
Yanacocha, Perú – Mobilisation massive contre l'expansion de la mine
La mine d'or de Yanacocha, à Cajamarca, au Pérou, la plus grande d'Amérique Latine et la 2ème plus grande au monde, est exploitée par la firme américaine Newmont Mining et la péruvienne Buenaventura. Depuis 1993, la SFI leur a fourni des prêts pour plus de 150 millions de dollars et possède 5% des actions de la mine. La SFI a investi dés 1993, à un moment où les entreprises hésitaient à s'impliquer du fait de la situation politique et économique; elle a ainsi rassuré les investisseurs. Plus tard en 1999, la SFI a aidé à financer le développement de la mine alors que lcrise de la dette touchait le Pérou et rendait difficile l'accès aux prêts.
D’après la SFI, sa participation garantit le respect des normes sociales et environnementales les plus exigeantes, ce qui d'après elle ferait de Yanacocha un exemple des meilleures pratiques minières. Or, l’activité minière a contaminé les réserves d’eau et provoqué la disparition des poissons, le bétail tombe malade, l’air a été pollué, et les plantes médicinales ont disparu.
En juin 2000, un camion de la mine de Yanacocha a déversé 151 kilos de mercure sur quarante kilomètres d'autoroute qui traverse les villages Choropampa, Magdalena et San Juan. Plus de 1000 personnes ont été contaminées et les conséquences du déversement sont encore visibles aujourd’hui : plusieurs enfants sont nés avec des malformations, souffrent d’hémorragies nasales chroniques, d’infections respiratoires, de perte de la vue et de l’ouïe. Les conflits entre la mine et les communautés locales sont récurrents. La mine d'or a déjà rasé cinq montagnes et souhaitait s'attaquer à une 6ème, le mont Quilish, d’où provient l’eau potable. En 2004, il y a eu des protestations massives de la population locale pour demander à la SFI et à Newmont d’arrêter l’expansion vers le mont Quilish. Après 2 semaines de protestations et de blocages des routes, les populations ont obtenu du Ministre de l'Energie qu'il annule le permis d'expansion de Newmont au Mont Quilish. En août 2006, la population reprend les actions de blocages pendant 24h contre l'expansion de la mine dans la communauté de Combayo : la protestation fera un mort.
Une fois de plus, si l'exploitation minière profite grassement à la multinationale, les communautés locales ne bénéficient pas de l'exploitation de l'or qui se trouve sur leurs terres. La compagnie défend que ses activités sont créatrices d'emplois. D'après la population locale, l'impact serait très limité et la plupart des employés de la mine proviendrait de l'extérieur du pays, ce qui a profondément transformé les caractéristiques de la région. La ville de Cajamarca, autrefois agricole, a perdu son caractère rural. Des bars de prostitution se sont ouverts, la prostitution, le crime, l'alcoolisme et la violence conjugale augmentent. Le prix de l'immobilier explose, de même que les frais d'accès à l'école et le prix des 3 Operations Evaluation Department, “Evaluation of the World Bank Group’s Activities in the Extractive Industries:
Background Paper, Ghana Case Study,” October 15, 2003.
4 http://www.nodirtygold.org/cajamarca_peru.cfm; IFC Annual Report produits de base. Cajamarca est devenu le deuxième district le plus pauvre du Pérou depuis la mise en fonctionnement de la mine en 1993.
Kumtor, Kyrgyztan
Cette mine, exploitée par la compagnie canadienne Cameco, est couverte et financée par un système complexe de prêts et de garanties : parmi les investisseurs publics on retrouve la BIRD, l'AMGI, et la
SFI, qui a investit jusqu'à 40 millions de dollars dans cette mine.
En mai 1998, un camion de l’entreprise a déversé accidentellement du cyanure de sodium dans la rivière Barskoun, ce qui a fait monter la concentration de cyanure dans l’eau à 50000 fois le niveau acceptable. Les déversements ont empoisonné plus de 3000 personnes et plusieurs décès ont été signalés. S'ajoutent la perte d’accès à l’eau potable, les effets sur les récoltes et la maladie des animaux. Des milliers de personnes ont dû être évacuées de la zone de déversement5. En 2002, un travailleur kyrgyz a été écrasé sous la chute de 200 métrés d'un bloc de pierre qui lui est tombé dessus.
Enfin, il a été révélé en 2005 que l'argent versé par Cameco au gouvernement kyrgyz en compensation des dégâts environnementaux causés à la population locale a été détourné par des membres haut placés du gouvernement. En 2004, la SFI avait pris soin de vendre, à profit, ses parts, tentant ainsi de fuir ses responsabilités dans les conséquences sociales et environnementales.
Mine d'or et d'argent Marlin, Guatemala : Symbole de l'opposition à l'exploitation minière dans le pays
Entrée en activité en 2005, la mine Marlin est exploitée par la compagnie canadienne Glamis Gold qui a bénéficié d'un prêt de 45 millions de dollars de la SFI. En janvier 2005, le gouvernement guatemaltèque envoie l'armée et la police pour mettre fin par la force à une manifestation de 40 jours contre le projet, qui bloquait l'arrivée de l'équipement de Glamis Mining. L'attaque des forces de l'ordre contre la population indigène locale a fait par un mort et plusieurs blessés6. En juin 2005, les communautés autochtones de Sipacapa touchées par la mine ont tenu un référendum populaire et ont rejeté le développement minier par une écrasante majorité. Des groupes locaux de défense des droits des peuples indigènes ont soutenu que la mine violait la Convention 169 de l'OIT qui protège les droits des peuples indigènes et tribaux et particulièrement leurs droits à être consultés sur les questions relatives aux ressources.
A la suite d’une plainte déposée par la population locale, le conseiller-médiateur de la BM a fait une enquête sur le projet. En septembre 2005, il publiait un rapport accablant démontrant le manque de prise en compte environnementale et sociale de la part de SFI à l'égard de ce projet7. Le conseiller médiateur a réitéré un certain nombre de recommandations issues de l'Examen des Industries Extractives8 (EIE) qui s'applique de façon évidente au cas Marlin, notamment la nécessité d'un large appui de la communauté et l'absence de politique claire en matière de droits de la personne.
Le prêt de 45 millions de dollars de la SFI à Glamis Gold a été le premier investissement minier d'importance suite à la rédaction du rapport d'évaluation du GBM sur les industries extractives (EIE), et la SFI a ignoré une grande partie des recommandations du conseiller-médiateur.
De nouveaux critères de performance
Les critiques croissantes à l'égard de la SFI, de la part de la société civile, des populations affectées par les projets et également les critiques contenues dans des rapports officiels, ont amené la SFI à http://www.halifaxinitiative.org/index.php/carteminiere/aen45a505d204f80#_ftn6 Swann, Christopher. World Bank Attacked Over Gold Mine. Financial Times, 21 août 2005.
Bureau du conseiller-médiateur de la Société financière internationale et de l’Agence multilatérale de garantie des investissements. Assessment of a complaint submitted to CAO in relation to the Marlin Mining Project in Guatemala, September 2005. Du fait des critiques croissantes d'ONG et de communautés locales sur les méfaits de l’industrie extractive, la Banque mondiale a réuni des critiques et propositions de " bonnes pratiques ", dans un rapport intitulée "Révision des industries d'extraction de la Banque mondiale". Cependant, la BM et la SFI ignorent la plupart des recommandations du rapport. Réviser à partir de septembre 2004 ses politiques environnementales et sociales, ses standards de pollution et sa politique de divulgation de l'information, les standards existant étant régulièrement violés jusqu'à lors. Ces critères fixent les exigences à respecter pour recevoir et conserver le soutien de la SFI et définissent les rôles et responsabilités des clients de la SFI dans la gestion de leurs projets. Au lieu d'une avancée ces nouveaux critères représentent dans bien des aspects une régression9 : ils ne seraient pas aussi rigoureux que les politiques antérieures, particulièrement concernant les questions du changement climatique, de droits de la personne, de déplacements de population et de la protection des populations autochtones; ces critères reposent sur un système plus souple, étendent le rôle du client et reposent ainsi fortement sur sa bonne volonté.
Les cas « Domino »
Toujours au nom du développement des pays du sud, la SFI accorde des prêts à des entreprises privées aux activités largement lucratives mais le lien avec sa mission de « réduction de la pauvreté » est rarement visible dans ce genre d'opérations de crédit. Elle finance par exemple des hôtels, non pas des gîtes ruraux mais de grands projets hôteliers de luxe en Égypte, au Costa Rica, aux Maldives, etc.; des chaînes de restauration, des écoles privées hors de prix au Pakistan, en Ouganda..., des usines de mise en bouteilles de Coca Cola, etc.
Domino's Pizza
En 1998, la SFI a investit 780,000 dollars dans Domino's Pizza en Afrique du Sud, une chaîne américaine de livraison de pizza présente dans plus de 50 pays, afin de passer le nombre de magasins en Afrique du Sud de 2 à 20. Plutôt que de soutenir la délivrance de soins de santé, on délivre des pizzas! La SFI se défend en prétextant qu'investir dans Domino's Pizza aide à rendre plus forte la population noire sud africaine!
Complexe hôtelier El Gouna, Égypte
La SFI a accordé un prêt de 37,000 dollars à l'Hotel El Gouna, en Égypte, hôtel de luxe pour les riches du monde entier. Elle détient par ailleurs 4 millions de parts dans la compagnie égyptienne
Orascom qui a ouvert le premier hôtel à El Gouna. Pendant que les deux tiers de la population mondiale vit avec moins de 2 dollars par jour et que la SFI prétend « promouvoir des investissements qui réduiront la pauvreté et amélioreront les conditions de vie de la population », il y a de quoi se demander les conditions de vie de qui est ce qu'elle prétend améliorer en finançant de tels projets !
Hôtel des Milles Collines, Kygali, Rwanda
L'hôtel tristement célèbre des Milles Collines est parmi les hôtels les plus prestigieux de Kigali. La SFI va investir 2,5 millions de dollars pour remettre à neuf les 112 chambres de l'hôtel et ainsi augmenter le nombre de chambres de luxes à Kigali, ce qui relancera soi-disant les investissement extérieurs, permettra d'attirer davantage de touristes, et sera créateur d'emploi. Cet hôtel a été racheté en 2005 par un milliardaire d’origine rwandaise, Miko Rwayitare. Il est le patron de Télécel-Zaïre, première compagnie de téléphonie mobile à faire fortune dans ce pays, où les habitants sont devenus des familiers du téléphone mobile bien avant les européens, du fait de l’état catastrophique des lignes téléphoniques.
Les compagnies téléphoniques : le cas de Celtel
En 2003, Celtel, fournisseur africain de téléphonie mobile, reçoit le prix du meilleur client de la SFI car, nous dit le rapport 2004 de la SFI, l'entreprise « a monté une affaire prospère tout en ayant un impact extraordinaire sur le développement des pays dans lesquels elle opère, conformément à la mission de la SFI. (...) ». La SFI peut en effet être satisfaite : Celtel a réalisé une hausse de 42% de son chiffre d'affaire en 2003, 446 millions de dollars. La collaboration entre la SFI et Celtel a commencé en 1994, « Ces investissements ont permis de moderniser les réseaux et d'augmenter le taux de pénétration des téléphones mobiles. ». Certes. (Lire à ce propos le rapport de Halifax Initiative « Un pas en avant, un pas en arrière », mai 2006). On rappellera cependant que le remboursement de la dette et l'imposition de politiques d'ajustement structurel empêchent les gouvernements à destiner les ressources nécessaires à la santé, l'éducation ou à l'installation de lignes électriques pour répondre au besoin des populations. Les gouvernements ne pouvant pas remplir leur rôle dans ce domaine, la téléphonie mobile est devenue un secteur trèslucratif en Afrique. La SFI a annoncé le 13 juin sa plus grande opération de financement en Afrique sub-saharienne : 320 millions de dollars à cinq filiales de Celtel International pour les aider à développer et mettre à niveau leurs réseaux mobiles en rapide expansion en RDC, à Madagascar, au Malawi, en Sierra Leone et en Ouganda. D'après la SFI, cet investissement permettra à des pays possédant des services téléphoniques très limités de bénéficier d'un accès au portable de meilleure qualité, ce qui créera de nouvelles opportunités pour les entreprises et les consommateurs dans tous les secteurs de l'économie.
« Les investissements dans les infrastructures telles que les télécommunications sont cruciales pour le développement économique de l'Afrique, et notre collaboration à long terme avec l'IFC montre que le secteur privé peut jouer un rôle important dans la réponse à ce besoin » affirme Mo Ibrahim, Président de Celtel. On voit cependant mal en quoi Celtel et les téléphones portables permettront aux populations d'échapper à la pauvreté et d'améliorer leur condition. Il y a une boulimie de téléphones portables en Afrique, alors même que les plus pauvres ont à peine les moyens d'acheter leur nourriture quotidienne; les compagnies de téléphonies créent la dépendance, tant au Nord qu'au Sud, et profitent largement de ce créneau en Afrique. De plus, contrairement à l'idéologie dominante qui veut nous faire croire que la mise en concurrence d'entreprises privées entraîne une baisse des tarifs, quelque soit le secteur d'activité, c'est l'effet inverse qui s'observe.
Rompre radicalement avec le système capitaliste dont la BM est un des piliers
Ces exemples prouvent que les projets financés par la SFI, plutôt que de contribuer à la réduction de la pauvreté, à la création de sociétés équitables et soucieuses de l’environnement, servent très clairement les intérêts des multinationales, ne prennent pas en compte le respect des droits de l'homme, intensifient les conflits sociaux et provoquent des désastres environnementaux. Cela prouve que la Banque mondiale et ses agences œuvrent presque systématiquement à l'encontre des intérêts des groupes pauvres et marginalisés. La première phrase de cet exposé s'impose donc comme conclusion. Étant donné le manque de démocratie de la BM et par ailleurs du FMI, leur absence de légitimité, leur incapacité à remettre en question le concept de développement qu'ils défendent et dont les conséquences sociales et environnementales graves sont largement reconnues, leur responsabilité directe dans la situation de sous-développement et le fait qu'elles favorisent le droit des investisseurs au détriment du droit des peuples, l’urgence est à l’abolition de la BM et du FMI, et à leur remplacement par des institutions démocratiques et transparentes, axées sur la garantie des droits humains fondamentaux.
Il faut par ailleurs exiger des IFI la reconnaissance de leur dette historique, sociale, politique et écologique à l'égard des pays du Sud. Cela doit faire l'objet de réparation et de restitution.
