Pourtant Guillaume Curtis est au cœur de L’Empire des mines : rappel
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- Publié le lundi 9 juin 2014 00:57
- Écrit par LLC
En accédant au pouvoir le 21 décembre 2010, le président Alpha Condé avait promis une "ère nouvelle". Deux ans plus tard, force est de constater que la gestion des ressources minières est plus que jamais le fait du prince. Depuis son palais de Sekhoutoureya à Conakry, Alpha Condé pilote en direct la manne minière via des réseaux soigneusement échafaudés. Mining Insiders Guinéedécrypte ces différentes galaxies et analyse l'influence respective de leur quarantaine de membres, ainsi que leur imbrication à la façon des poupées russes.
Tout en haut de la pyramide, le premier cercle d'influence dans les mines est structuré autour de la présidence elle-même et du clan familial des Condé (lire le chapitre "Le clan familial"), dont la figure de proue est Mohamed Alpha Condé, le fils dauphin, chargé de mission auprès de son père. Ce système permet le contrôle de toutes les autres galaxies d'influence, à commencer par la myriade de conseillers à la présidence intervenant également dans les mines (lire le chapitre "Les conseillers-clés"), dont le plus en pointe à la mi-2012 était Alkhaly Yamoussa Bangoura. A cela s'ajoute une constellation de soutiens extérieurs très intrusifs dans les affaires minières (lire le chapitre "Les soutiens extérieurs"), les plus emblématiques étant les ONG du milliardaire philanthrope américainGeorge Soros et de l'ancien premier ministre britannique Tony Blair. Dans la sphère publique, le ministère des mines et la nouvelleSociété guinéenne du patrimoine minier (Soguipami), étatique (lire "Le public"), constituent des courroies de transmission stratégiques des décisions de la présidence. Mais l'influence du président Condé s'étend également dans le secteur privé via les capitaines d'industrie locaux ou les responsables guinéens de grands groupes miniers étrangers (lire le chapitre "Les opérateurs privés"). Enfin, les avocats et les missi dominici (lire le chapitre "Les intermédiaires") complètent cet étroit maillage d'un secteur qui est l'un des principaux pourvoyeurs de fonds du pays.
Le clan familial
La famille d'Alpha Condé a un pied dans les mines, côté privé comme public, à commencer par le neveu du président, Guillaume Curtis, qui est secrétaire général du ministère des mines. Le frère par adoption du chef de l'Etat, Namory Condé, est le "monsieur BHP Billiton" de la Guinée, tandis que la première dame Djènè Kaba Condé est le principal soutien dans le pays de la China Power Investment Corp., qui pilote un projet dans la bauxite. Le frère de cette dernière, Mamadi Kaba Guiter, est devenu quant à lui en 2011 acteur à part entière du secteur en s'emparant de la concession de diamants d'Aredor. Au sommet de la pyramide se trouve "MAC", Mohamed Alpha Condé, le fils dauphin du président, nommé chargé de mission à la présidence en 2011, qui, avec son protégé Aboubacar Sampil, a la main sur tout ce qui relève des mines.
Guillaume Curtis
Le neveu secrétaire général des mines
Dès après son élection à la présidence, Alpha Condé a nommé l'un de ses neveux, Guillaume Curtis, secrétaire général du ministère des mines et de la géologie. Ce dernier est le fils deCharlotte Curtis, amie d'enfance de N'Sira Condé, la grande sœur d'Alpha Condé (dont la résidence dans le quartier de Coléah est un rendez-vous de lobbying pour les entreprises comme pour les aspirants fonctionnaires). La promotion de Guillaume Curtis a été vue comme un moyen pour Alpha Condé de garder un œil sur le ministre des mines Mohamed Lamine Fofana
Mohamed Lamine Fofana. Le jour de la nomination de ce dernier, Guillaume Curtis a pris ses fonctions de secrétaire général, preuve qu’il a été choisi par le chef de l'Etat, et non par le ministre. Alpha Condé, qui le considère comme l'un de ses hommes de confiance, l’appelle d'ailleurs régulièrement au téléphone pour le consulter sur toutes les questions relatives à la gestion des industries extractives. Guillaume Curtis suit tous les dossiers stratégiques : le financement des infrastructures du projet de fer de Simandou, la question du transfert de la concession de bauxite de Dian Dian à UC RusAl, etc. Son bras droit estMohamed Sedna Nansoko, directeur général des études et de la prospective.
Ancien de la Compagnie des bauxites de Kindia - Descendant des anciens évangélistes basés à Boffa, Guillaume Curtis est un fin connaisseur des mines. Il a démarré sa carrière dans le secteur en 1987 en tant qu'inspecteur chargé de l'audit des projets miniers. En 1991, il est devenu directeur financier de la Compagnie des bauxites de Kindia (CBK). A partir de 1999, il a occupé différents postes au sein du ministère des mines, dont celui de directeur du "projet intégré du Konkouré", un barrage hydroélectrique destiné à alimenter une fonderie d'aluminium et l’ensemble de la Guinée maritime. Il a assumé la responsabilité de ce poste également au sein du cabinet particulier de la présidence de la république de 2001 à 2003. Cette année-là, il aussi rejoint le comité des experts de la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG).
Le grand frère de Guillaume Curtis est l'influent banquier Manga Fodé Touré (lire le chapitre "Les opérateurs privés").
Aboubacar Sampil
Le bras droit du fils Condé
Ancien directeur général de PMU Guinée, filiale du Pari mutuel urbain (PMU) français, Aboubacar Sampil doit son entrée au sein du clan Condé à la très forte amitié qui le lie à l'unique fils du chef de l'Etat, Mohamed Alpha Condé (lire le chapitre "Le clan familial").
Auparavant, Sampil était un grand ami de Malick Condé, cadet et unique frère d'Alpha Condé, décédé à la veille de son investiture à la magistrature suprême, fin 2010.
De fait, Aboubacar Sampil, qui est aussi le fondateur du journal Le Nimba, ne dispose pas de poste officiel à la présidence de la république, mais il participe à plusieurs discussions stratégiques, y compris sur le secteur minier, pour le compte de la présidence. C'est un peu l'œil et l'oreille d'Alpha Condé dans les réunions auxquelles il ne peut se rendre. Au sein de la présidence, Aboubacar Sampil partage le bureau de Mohamed Alpha Condé, qui s'occupe de tous les dossiers.
Aboubacar Sampil traite notamment du très sensible dossier UC RusAl en Guinée. Le complexe de bauxite/alumine de Friguia a été privatisé au profit du groupe russe en 2006, mais l'opération fut rapidement contestée par les gouvernements qui suivirent. Sampil entretient des liens amicaux avec Pavel Vassiliev, le représentant en Guinée d'Oleg Deripaska, le patron d'UC RusAl, à ne pas confondre avec Gennadi Vlasov, le représentant permanent d'UC RusAl dans le pays. Cette proximité permet à Alpha Mohamed Condé, qui partage le bureau de Sampil, et donc à la présidence d'avoir la main su ce dossier, également trusté par le ministre d'Etat de l'énergie et de l'environnement Papa Koly Kouroma, et par le premier ministre Mohamed Saïdou Fofana. A l'été 2012, le chef du gouvernement avait en effet effectué une visite dans la ville de Fria, où se trouve le site minier de Friguia. Ce qui n'a pas été sans causer des frictions.
Namory Condé
Le monsieur BHP Billiton en Guinée
Le réseau familial du président Condé exerce son influence au sein de l'une des plus importantes compagnies minières actives en Guinée, BHP Billiton. Son frère par adoption, Namory Condé, est directeur régional en charge du développement d'affaires de BHP en Guinée. Le numéro un mondial des mines a longtemps été mobilisé sur le projet de raffinerie d'alumine de Boffa Santou Houdda (BSH) en Basse Guinée. Le 30 juin 2012, BHP a toutefois décidé de se désengager de ce projet en même temps que de celui du minerai de Nimba. Mais la tâche est loin d'être simple pour BHP, qui s'appuie donc plus que jamais sur Namory Condé. Pour le programme BSH, BHP a mis en évidence un nouveau gisement de bauxite et devrait ainsi normalement être indemnisé par l'Etat pour son retrait en vertu du code minier mis en place fin 2011. Mais ce n'était toujours pas le cas en septembre 2012. Pour ce qui est du projet Nimba, BHP Billiton aurait décidé de s'appuyer sur l'expertise de la banque internationale Nomura pour l'accompagner dans son désengagement.
Namory Condé a travaillé dans le passé au ministère des ressources naturelles en qualité de conseiller technique. Il est ensuite passé au privé, d'abord au sein de la société Ashanti Goldfields de Guinée (SAG), puis à la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG), sous gestion Alcoa, où il a été successivement directeur de la mine puis directeur général par intérim. Il conserve un important réseau d’amis dans l’administration guinéenne.
Le soutien d'Alpha Condé à Siguiri - La famille de Namory Condé à Siguiri est l'une des toutes premières dans le pays à avoir accepté Alpha Condé comme leader politique de la région. Homme de confiance du chef de l'Etat, Namory Condé l'est également de l'ancien ministre des ressources naturelles et de l'environnement,Fassiné Fofana, aujourd'hui reconverti dans le conseil et toujours très présent dans le secteur (lire le chapitre "Les intermédiaires").
Mohamed Alpha Condé
Le dauphin qui monte
Mohamed Alpha Condé ("MAC"), fils unique du président (né de son premier mariage en Côte d'Ivoire avec Alima Koné, la sœur de la chanteuse Aicha Koné), suit un grand nombre de dossiers miniers et influe sur les décisions clés. Son projet fétiche est d'établir des relations de coopération entre Conakry et Brasilia. En Guinée, le géant minier brésilien Vale est déjà partie prenante des projets d'exploitation de fer de Simandou Nord et Zogota. Début septembre 2012, "MAC" a conduit au Brésil une délégation gouvernementale comprenant entre autres le ministre des minesMohamed Laminé Fofana, le ministre d'Etat chargé des travaux publics et des transports Ousmane Bah, ainsi que le responsable de l'Administration et contrôle des grands projets (ACGP),Mamadi Condé. André Esteves, PDG de BTG Pactual, principal établissement bancaire brésilien, qui souhaite conseiller la Guinée sur le projet de fer de Simandou, et son associé Roger Agnelli, ancien président de Vale, étaient présents lors de séances de travail avec "MAC". Dans les mines, MAC s'intéresse aussi à la gestion de laCompagnie des bauxites de Guinée (CBG), actuellement dirigée par Kémoko Touré. Autrefois, l'Etat guinéen possédait 49% de la CBG contre 51% pour son partenaire Halco Mining. En décembre 2011, Mohamed Alpha Condé et son protégé Aboubacar Sampilont pris part à des négociations visant à la vente de 23 % du capital de la société nationale. Cette initiative a provoqué la colère des actionnaires d’Alcoa et de Rio Tinto Alcan, qui contrôlent Halco.
MAC, qui a grandi à l’étranger et connaît mal son pays natal - il a évolué entre la France, le Brésil, la Côte d’Ivoire et le Royaume Uni -, sert d'interprète et de confident à son père. Ce dernier l'a nommé chargé de mission de la présidence de la république le 4 janvier 2011, alors qu’il assumait jusque là les fonctions d’agent d’exploitation au sein du groupe français Vinci. Les bureaux de MAC sont situés au 4e étage de l'immeuble Mamou à la Cité général Lansana Conté, construite par la société du groupementSéricom Guinée de l'homme d'affaires Guido Santullo, proche du chef de l'Etat. Mohamed Alpha Condé établit en particulier les frais de mission du président, ce qui n'est pas sans créer des tensions avec ses proches, à l'instar d'Ousmane Kaba, son conseiller chargé des stratégies, et de François Lonsény Fall, son secrétaire général avec rang de ministre.
Djènè Kaba Condé
L'ambassadrice de China Power Investment Corp.
La première dame, Djènè Kaba Condé, nourrit également un vif intérêt pour les questions minières depuis la tenue d’un symposium sur les mines en Guinée à Conakry, en mai 2011, auquel elle avait assisté. Elle appuie en particulier le projet de raffinerie d'alumine de la China Power Investment Corp. Ce groupe est titulaire depuis 2008 d'un permis d'exploration de bauxite dans la région de Boffa. En 2011, la China Power Investment Corp. a soumis aux autorités une étude de faisabilité pour son projet, mais celle-ci a été retoquée par les conseillers techniques de la présidence, ce qui a ralenti le programme. Une étude de faisabilité améliorée devait être présentée d'ici fin 2012.
La puissance des Kaba de Kankan - Djènè Kaba Condé, issue de la puissante famille des Kaba, originaire de la région de Kankan, comme Alpha Condé, a suivi une formation en sociologie. Etudiante de la Fasona (faculté des sciences humaines) de Conakry, elle a ensuite déménagé en France en 1984, où elle a obtenu une licence en sociologie à l’Université Jussieu, Paris VII, puis une maîtrise "Information - Communication".
Dans la capitale française, elle a travaillé pour l'Agence de la francophonie (l'ex-Agence de la coopération culturelle et technique, ACCT), puis, de 2001 à 2010, en tant que conseillère auprès de l'Agence nationale française pour l'emploi (ANPE). Elle vivait aux Etats-Unis avant de se marier discrètement à Alpha Condé en mai 2010, en banlieue parisienne, à la veille du premier tour du scrutin présidentiel.
SUR LA TOILE
Site web de la fondation Condé Djènè Kaba
Mamadi Kaba Guiter
Le discret beau-frère dans les diamants
Alpha Condé reste discret quant aux activités de son beau-frère, le frère de la première dame, Mamadi Kaba Guiter, de son vrai nomAnsoumane Kaba. Celui-ci a pris position dans les mines en 2011, en récupérant la concession de diamants d'Aredor. Suite à cette transaction, le directeur général de la société Batax Bouna International Mining Corp., Elhadj Bouna Kéïta, qui revendique des droits sur l'exploitation, a porté plainte contre Mamadi Kaba Guiter, en lui reprochant d'avoir acquis sa zone concessionnelle"sans la moindre formalité administrative".
Mamadi Kaba Guiter est également actionnaire de la Badam(Banque africaine de dévéloppement agricole et minier), en faillite à l'automne 2012. Il s'agit d'un établissement de droit guinéen, installé à Kaloum, à Conakry. Kaba est également PDG de la société de travaux publics Guinéenne de terrassement routier(Guiter).
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