A bâtons rompus avec Chérif Abdallah, patron du GOHA
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- Publié le jeudi 16 octobre 2014 11:02
- Écrit par Mamadou Alpha Baldé
Votre quotidien en ligne a rencontré M. Chérif Abdallah, président du Groupe Organisé des Hommes d’Affaires (GOHA). Il a été question dans cet entretien du virus Ebola qui affecte le secteur du commerce en Guinée, des problèmes qui entourent les élections à la Chambre de commerce et d’artisanat, mais aussi du refus des autorités chinoises de donner des visas aux femmes d’affaires guinéennes voulant se rendre en Chine. Lisez
Guineematin : Monsieur Cherif Abdallah, bonsoir !
Chérif Abdallah : Bonsoir monsieur Baldé!
Guineematin : Vous pilotez une structure de défense des opérateurs économiques et depuis plusieurs mois, la Guinée connaît une propagation du virus Ebola. Un
phénomène qui impacte négativement l’économie du pays. Comment
ressentez-vous cette situation ?*
Chérif Abdallah : Ebola est un problème qui est entrain de faire non seulement des victimes, des orphelins dans notre pays, mais aussi de tuer sérieusement l’économie
de notre pays. Beaucoup de gens ne parlent que du budget national pour
dire que l’économie est au ralenti. Ces personnes ne comprennent pas que
les opérateurs économiques de tout bord sont entrain de perdre plusieurs
millions. Personne donc ne pense à ces opérateurs économiques, parce que les
activités du secteur privé, le secteur informel, etc., sont freinées à l’heure
actuelle, et c’est extrêmement difficile. Donc, par rapport à ça, nous
espérons bien qu’avec l’aide que la Guinée va obtenir, les opérateurs
économiques vont avoir beaucoup de facilités dans ce sens. Aujourd’hui, à
cause d’Ebola, les opérateurs économiques sont entrain de perdre énormément
d’argent. Personne ne prête attention à ce qui se passe parce que depuis
l’annonce de la maladie dans le pays, dans le secteur de l’hôtellerie, , tout le monde
sait que ça ne fonctionne pas. A ce niveau il y a un problème sérieux.
Hormis les hôtels, le commerce à l’intérieur de tous les marchés du pays
est nettement au ralenti. Les producteurs de pomme de terre à Timbi Madina
par exemple qui exportaient leurs produits vers le Sénégal, depuis que cette
frontière est fermée, ont perdu presque la totalité de ce qu’ils
avaient. Vers la Forêt, la plupart de leur production aussi était exportée
vers les pays voisins. Voilà une autre
problème difficile pour les commerçants de notre pays.
A Conakry, c’est la même situation car il y en a qui venaient de la Sierra Leone, du Liberia et
de la Guinée Bissau, et même du Cap vert, parce que beaucoup d’opérateurs venaient des pays voisins acheter des marchandises au marché de Madina. A l’heure actuelle, ce n’est pas le cas ; personne ne vient. Donc, les opérateurs économiques continuent
à payer les frais comme d’habitude, c’est-à-dire les frais de location des
magasins, des impôts et toutes les taxes qui s’en suivent. Personne ne leur fait crédit ( ?)
à ce niveau et ils sont entrain de perdre énormément d’argent. Cela
fait plusieurs mois déjà et on ne sait pas quand est-ce que cela va finir.
A ce niveau, nous espérons que les autorités de notre pays et la
Communauté internationale vont porter une attention toute particulière à cette situation des aux commerçants, à tous les niveaux. Et cela, c’est tout le monde, y compris
moi qui suis entrain de parler. Nos activités sont nettement au ralenti,
rien ne marche.
Guineematin : Mais qu’est-ce que votre structure, le GOHA fait concrètement pour
changer la donne ?
Chérif Abdallah : Nous avons engagé des programmes sérieux pour inverser la tendance. Nous
avons lancé des campagnes de sensibilisation dans tous les marchés de la
République, à commencer par le grand marché de Madina. A l’heure actuelle,
nous sommes entrain de faire la sensibilisation porte à porte, en
distribuant des kits dans la plupart des centres commerciaux, dans les mosquées
et églises de Madina. Nous allons faire la même chose pour les autres
marchés de l’intérieur du pays. Et pour cela, nous demandons l’appui de
l’Etat pour avoir les kits sanitaires et nous voulons aussi l’appui des
bonnes volontés, qu’elles soient de la communauté nationale ou
internationale, parce qu’en touchant les marchés, vous avez touché
l’ensemble des opérateurs économiques du pays mais aussi l’ensemble des
populations du pays, y compris les étrangers vivant parmi nous, parce que tout
le monde vit à partir des marchés de Conakry et de l’intérieur. Donc, tout
le monde est concerné.
Guineematin : Actuellement vous êtes à l’intérieur du pays, est-ce qu’on peut en connaître les
raisons ? ?
Cherif Abdallah : Effectivement, je suis à l’intérieur du pays pour cette campagne de
sensibilisation, porte à porte, mais nous voulons vraiment l’appui des
professionnels de la santé dans ce sens. Nous ne sommes pas des
professionnels mais nous savons qu’il faut être propre, laver permanemment
les mains et avoir un environnement propre. C’est le seul conseil qu’on
peut donner aux commerçants en plus des kits qu’on va leur distribuer.
Guineematin : Le GOHA n’existe pas seulement qu’en Guinée. On vous retrouve aussi dans les autres
pays également touchés par le virus Ebola. Est-ce qu’il y a des actions
envisagées par votre structure dans ces pays, notamment en Sierra Leone et
au Libéria ?
Cherif Abdallah : Au-delà de la Guinée, nous souhaitons aussi que le gouvernement nous appuie pour la sensibilisation en Sierra Leone et au Libéria. Il ne faut pas
oublier que les 80% des gens qui exercent le commerce dans ces deux pays
sont des ressortissants guinéens. Mais, au delà de cette considération,
c’est d’abord une action humanitaire. Parce que tant qu’il restera un seul
cas dans ces deux pays, la Guinée ne sera toujours pas à l’abri. Donc, nous
devons nous donner la main afin que la maladie soit éradiquée dans nos
Etats.
Guinematin : Revenons à la Chambre du commerce, le GOHA dénonce des
manquements dans la tenue des élections des représentants. Est-ce qu’on
peut en savoir un peu plus les raisons ?*
Cherif Abdallah : Parlant de la Chambre du commerce, c’est un problème extrêmement
difficile. Ce qui s’est passé pendant les élections a été carrément abouti à des sélections. Ce n’étaient pas des élections. Il y a eu le cas de Faranah, de
Matoto, de Ratoma. Ce qui est extrêmement difficile pour les commerçants,
parce qu’il n’y a pas eu de transparence. Et si on continue dans ce sens, on
force la situation pour mettre quelqu’un qui n’est pas élu par les
commerçants de quelque bord que ce soit, la Chambre du commerce ne serait pas
représentative. Si tel est le cas, ça sera une coquille vide. C’est
pourquoi, au GOHA, nous avons dits que puisque nous avons invité
l’ensemble des commerçants du pays à se faire recenser pour participer à
cette élection, il faut que les élections soient transparentes. Pensez que
nous n’avons été informés qu’il y a une élection pour cette Chambre
que 6 jours avant. Donc, c’est une magouille extraordinaire qui a été
organisée. Nous n’allons pas accepter cette sélection, et nous
demandons à tous les commerçants du pays, à tout le secteur privé de refuser
catégoriquement. Nous ne sommes pas d’accord avec cette façon de faire.
Guineematin : Mais il ne s’agit pas seulement de dire que vous n’êtes pas d’accord, il
faut aussi faire des propositions de solutions en tant que grande
organisation, au moins pour éviter le blocus ?*
Chérif Abdallah : Bien sûr, c’est pourquoi nous proposons la reprise intégrale du scrutin ou bien qu’on aille en consensus. Que tout le monde se mette d’accord pour
mettre en place un bureau exécutif national derrière lequel tout le monde se mettra. Nous n’allons pas nous opposer à cela. Mais s’il n’y a pas de
consensus, il n’y a pas d’élections propres, nous dirons non et on va
s’imposer. Nous demandons à tous les commerçants du pays de rester mobilisés
et débout pour dire niet. Parce qu’il faut absolument qu’on ait un
environnement des affaires bien assaini. Que des hommes valables,
représentatifs et crédibles soient installés. On ne doit pas s’amuser
avec cela. Nous ne demandons pas des hommes qui roulent avec des millions
de dollars, mais des hommes crédibles, parce qu’on peut dire que tel est
riche, tel autre n’est pas riche, ce n’est pas cela qui intéresse les
opérateurs économiques, mais que tu sois crédible. Dans le cas contraire,
si on procède au forcing, nous allons refuser et demander aux opérateurs
économiques de refuser et de s’imposer.
Guineematin : Autre actualité qui semble vous préoccuper, est bien la présence massive des Chinois dans nos différents marchés mais aussi le ‘’refus’’ de leur
ambassade de délivrer les visas aux femmes d’affaires guinéennes.
Expliquez-nous cette situation ?
Cherif Abdallah : Par rapport au problème des Chinois en Guinée et de leur ambassade qui refuse de donner les visas systématiquement aux femmes d’affaires
guinéennes, il ne faut pas oublier qu’ils sont entrain de tuer en ce moment
l’économie de millions de personnes en Guinée, parce que les gens ont pris
l’habitude d’aller payer les marchandises dans ce pays. Au moment où je
vous parle, l’ambassade de la Chine refuse que les commerçants
obtiennent des visas pour aller acheter des marchandises. C’est ce que nous
déplorons et nous demandons qu’on mette fin à ces pratiques.
Autre choses, quand les gens achètent en gros en Chine et reviennent en
Guinée, les mêmes Chinois aussi viennent ici pour vendre en gros, demi-gros
et en détail. C’est ce que nous appelons la concurrence déloyale. Nous
demandons aux autorités de notre pays de nous appuyer pour mettre fin à ça
parce que je sais, une chose est claire, le gouvernement a intérêt à mettre
fin à cette pratique. Les commerçants à tous les niveaux, ont voulu faire
des manifestations en allant vers l’ambassade de la Chine. Ils sont venus
vers nous à plusieurs reprises, nous les avons canalisés et on leur a
demandé de rester tranquilles pour le moment et que nous allons faire une
déclaration dans ce sens pour attirer l’attention de l’opinion nationale et
internationale, l’ambassade de la Chine et notre gouvernement. Si les gens
ne sont pas écoutés par après, ils tiendront leur manifestation. Je sais
que les 99% des manifestants seront des femmes, parce qu’elles y tiennent
fermement. Vous entendez souvent des gens dire que les Chinois sont
entrain d’investir en Guinée, d’accord, mais s’ils n’empêchent pas les
opérateurs guinéens d’évoluer librement, vous pensez que les immeubles
qu’ils sont entrain de faire, les Guinéens aussi ne peuvent pas le faire ?
Nous ne sommes pas contre leurs investissements, mais il ne faut pas qu’il y
ait une concurrence déloyale dans le pays. Il y a eu des revendications
contre ce genre de pratique au Sénégal et dans plusieurs autres pays
africains. La façon dont ils sont entrain de faire, ils coupent carrément
l’intérêt de ces femmes qui voyagent. Et, puisque l’Etat n’a pas un
endroit où mettre tous ceux qui évoluent dans le secteur informel, il ne
faut pas accepter que quelqu’un d’autre vienne prendre la place des Guinéens.
Notre devoir est d’alerter les autorités sur ce domaine.
Guineemation : Votre mot de la fin ?
Mon mot de la fin est de demander à tous les opérateurs économiques de se
donner la main pour la sensibilisation sur cette maladie Ebola. Je lance
aussi un appel aux commerçants victimes de pillages, pour qu’ils appuient
cette campagne de sensibilisation. Je remercie ceux qui sont déjà dans les
marchés pour cette sensibilisation et je demande aux autres de leur
emboîter le pas. Je remercie surtout l’ambassade des Etats Unis qui, malgré
la présence d’Ebola, continue à soutenir les opérateurs économiques de notre
pays, en leur octroyant des visas, contrairement aux autres qui ferment leur
porte aux Guinéens.
Guineematin : Merci
Cherif Abdallah : A moi de vous remerciez
Mamadou Alpha Baldé, pour guineematin.com
Avec www.nouvellerepubliquedeguinee.net
