Les violences anti-américaines redoublent dans les pays musulmans
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- Publié le vendredi 14 septembre 2012 18:44
- Écrit par Simon Castel
Après la découverte sur Youtube de l'extrait d’un film ouvertement anti-musulmam réalisé par un américain, Innocence of muslims, et deux jours après l’assassinat de Chris Stevens, ambassadeur américain en Libye, et de trois de ses collaborateurs, à Benghazi, la colère du monde musulman ne s’essouffle pas. Les principales capitales arabes étaient, jeudi 13 septembre, encore le théâtre de nombreuses manifestations anti-américaines.
Au lendemain de l’attaque contre le consulat américain à Benghazi, en Libye (voir la série de photos publiée par le New York Times), le Yémen s’embrase à son tour. En plus des quatre morts, cinq blessés américains et des dix membres de la police libyenne tués ou blessés lors de cette attaque du mardi 11 septembre, les manifestations qui secouent le monde musulman ont fait un autre mort à Sanaa jeudi 13. La police tentait, pour la seconde fois de chasser les milliers de manifestants massés autour de l’ambassade américaine, par des tirs à balles réelles. Les échauffourées se sont également soldées par cinq blessés par balle. Plus tôt dans la matinée, la foule était parvenue à pénétrer dans l’ambassade où plusieurs véhicules diplomatiques ont été incendiés, comme on le voit dans cette vidéo :
Dans un communiqué publié par l'agence officielle yéménite Saba, le président Abd Rabbo Mansour Hadi s'est dit « extrêmement navré » par cette attaque et a présenté ses « excuses au président américain Barack Obama ainsi qu'au peuple américain ». Le président du Yémen a ajouté qu’une commission d’enquête serait ouverte pour retrouver les responsables de l’attaque.
Au Caire, les violences se poursuivent depuis trois jours, toujours autour de la représentation américaine, protégée tant bien que mal par la police égyptienne (voir vidéo plus bas). 70 personnes ont été blessées dans les affrontements avec les forces de l’ordre. Le calme ne semble pas près de revenir d’autant plus que des rumeurs mettent en cause des chrétiens d’Égypte (coptes) dans la réalisation du film décrié, alimentant la crainte d’un regain de tensions inter-communautaires. Ahmad Adballah, patron de la chaîne religieuse Al Oumma et leader salafiste égyptien, appelle à brûler l’Évangile et menace d’uriner sur le livre saint des chrétiens si le prophète Mahomet était encore une fois insulté (ici, avec la barbe blanche dans cette vidéo, en arabe).
En Tunisie, la police a dispersé, jeudi 13, 300 manifestants salafistes qui protestaient devant l’ambassade américaine :
Dans les pays musulmans d’Asie, on craint que la tempête ne succède au calme de ses derniers jours. Ici, comme ailleurs, on redoute des manifestations vendredi, à la sortie de la grande prière. Le Pakistan, l’Inde, les Philippines, la Malaisie et le Bangladesh ont renforcé la sécurité autour des représentations diplomatiques américaines. Au Nigeria, également, toutes les ambassades et missions étrangères ont été placées sous très haute protection.
À Benghazi, en Libye, après les manifestations anti-américaines qui ont secoué la ville le 11 septembre, des centaines de personnes se sont rassemblées le lendemain pour exprimer leur soutien aux États-Unis et condamner l'attaque du consulat américain et le meurtre de Chris Steven. Le site américain The Atlantic Wire publie une série de photos.
De son côté, le président américain Barack Obama a téléphoné jeudi 12 septembre aux dirigeants d’Égypte et de Libye pour discuter d’une coopération sécuritaire. La Maison Blanche a aussi demandé à la Libye d'arrêter et de juger les auteurs des meurtres de mercredi. Les États-Unis sont convaincus que l’assassinat de leur ambassadeur était planifié par des groupes islamistes qui ont profité de l'effervescence de la manifestation du 11 septembre, jour du onzième anniversaire des attentats du World Trade Center. Quelques heures après l’appel de la Maison Blanche à la Libye, on apprend que les autorités locales ont arrêté des suspects, sans toutefois préciser leur nombre.
Simon Castel
Médiapart
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