M. Valls doit former une nouvelle équipe

 

 

François Hollande et Manuel Valls, le 20 août.

Le communiqué de l'Elysée est tombé, lundi 25 août, à 9 h 35 : « Le président de la République a reçu ce matin le premier ministre. Manuel Valls a présenté au président de la République la démission de son gouvernement. Le chef de l'Etat lui a demandé de constituer une équipe en cohérence avec les orientations qu'il a lui-même définies pour notre pays. Sa composition sera annoncée dans la journée de mardi. »

Nul ne s'attendait à un tel dénouement, du moins aussi rapidement. Dimanche en fin d'après-midi, le premier ministre avait certes fait savoir, par l'intermédiaire de son proche entourage, qu'une « ligne jaune [avait] été franchie » par Arnaud Montebourg après les propos tenus par celui-ci l'après-midi même lors de la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire) contre la politique économique du gouvernement.

Lire aussi notre reportage : A la Fête de la rose, Montebourg et Hamon mettent la pression sur Hollande

« Un ministre de l'économie ne peut pas s'exprimer ainsi, que ce soit sur la ligne économique du gouvernement auquel il appartient ou à l'égard d'un partenaire européen de la France », ajoutait Matignon, en référence aux propos tenus par M. Montebourg à l'encontre de l'Allemagne, accusée d'être responsable des politiques d'austérité en Europe.

Mais rien ne laissait penser que l'issue de la crise interviendrait si vite et si fort. « Le premier ministre est déterminé à agir dans les prochains jours, mais une chose est sûre : il y a des cadres dans lesquels on peut débattre et d'autres où la cohérence gouvernementale doit primer », se contentait d'indiquer Matignon dimanche soir.

« EN ADÉQUATION AVEC LA LIGNE ÉCONOMIQUE DE L'EXÉCUTIF »

Tout s'est donc précipité. Le premier ministre et le président de la République se sont rencontrés une première fois dimanche soir avant de se revoir lundi matin. Selon l'Elysée, « c'est François Hollande qui a demandé à Manuel Valls de lui remettre la démission de son gouvernement ». Cette décision a été acceptée sans hésiter par le premier ministre, a indiqué Matignon au Monde lundi matin. « C'est la formule consacrée. L'idée est de reconstituer une équipe qui soit en adéquation avec la ligne économique de l'exécutif », a précisé le cabinet de M. Valls.

A l'Elysée, l'on insiste sur le fait que cette décision confirme ce qui a été rappelé à la fois par Manuel Valls et par François Hollande au cours de l'été et encore la semaine dernière : « La ligne de l'action de l'exécutif est connue. C'est la même depuis les vœux du 31 décembre 2013, rappelée lors de la conférence de presse du 14 janvier et encore dans l'interview accordée au Monde par le président jeudi 21 août. C'est le pacte de responsabilité. Cette ligne a fait l'objet de plusieurs votes, notamment sur les textes budgétaires. C'est la ligne que nous défendons à Bruxelles. La composition du nouveau gouvernement se fera à la lumière de cette ligne économique », explique l'Elysée au Monde.

« PLACER CHACUN FACE À SES RESPONSABILITÉS »

Avant d'annoncer mardi la composition du nouveau gouvernement Valls, l'ensemble de l'équipe sortante doit être reçue par le premier ministre lundi après-midi – Arnaud Montebourg et Benoît Hamon compris. Objectif de ces rendez-vous : « Placer chacun face à ses responsabilités », indique la rue de Varenne. Une façon de demander à chaque ministre de se soumettre ou de se démettre. En tout cas de ne laisser planer aucune ambiguïté sur sa propre adhésion à la ligne fixée par les deux têtes de l'exécutif.

Lire l'intégralité de l'entretien accordé au « Monde » par le ministre de l'économie :  Arnaud Montebourg : « Les choix politiques ne sont pas figés »

Cela vaut tout particulièrement pour M. Hamon, le ministre de l'éducation nationale, qui était dimanche à Frangy-en-Bresse avec M. Montebourg pour critiquer lui aussi les choix budgétaires du duo Hollande-Valls. Mais cela vaut aussi pour deux autres ministres : Christiane Taubira, la garde des sceaux, et Aurélie Filippetti, la ministre de la culture, qui n'ont jamais caché en privé leur malaise à l'égard de la politique conduite depuis deux ans.

Une chose est sûre : les jours d'Arnaud Montebourg au gouvernement sont comptés. Une heure avant le communiqué de l'Elysée, lundi matin, celui qui était encore ministre de l'économie laissait entendre, au micro d'Europe 1, que rien n'était décidé quant à son avenir comme ministre. Même s'il laissait parfois entendre à ses collaborateurs, depuis quelques semaines, qu'il était de moins en moins à l'aise avec les choix économiques du gouvernement, il n'envisageait pas de quitter celui-ci à très court terme. « Je ne me situe pas dans cette hypothèse », répondait-il encore au Monde, samedi 23 août, dans un entretien.

LE PACTE N'AURA TENU QUE CINQ MOIS

Sa stratégie était en effet la suivante : peser de l'intérieur pour infléchir la ligne du gouvernement, convaincu qu'il serait plus efficace dedans que dehors. Bravache comme à son habitude, il n'hésitait à dire à ses interlocuteurs, ces derniers jours, qu'il se vivait comme un « combattant de l'intérieur », rappelant à qui voulait l'entendre que, lors des réunions de ministres de ces dernières semaines, il n'avait de cesse d'alerter ses collègues de « l'impasse » dans laquelle la France était en train de s'enfoncer.

Entre Manuel Valls et Arnaud Montebourg, le pacte n'aura donc tenu que cinq mois. Le temps est loin où les deux hommes faisaient alliance contre Jean-Marc Ayrault, dont l'un et l'autre souhaitaient le départ de Matignon. Les voilà de nouveau adversaires, comme du temps de la primaire de 2011.

DÉSORMAIS, TOUT EST POSSIBLE

Cette démission inattendue et précipitée résout-elle pour autant la crise politique ouverte ce week-end ? Rien n'est moins sûr. Elle pose en effet deux problèmes. Le premier est qu'elle constitue une forme d'aveu, de la part de l'exécutif : le cap est bel et bien destiné à rester le même, plus aucune ambiguïté ne demeure, et ceux qui, comme M. Montebourg, espéraient encore une « alternative » sont désormais fixés.

Le second problème est l'avenir, à terme, de la majorité. Depuis 2012, François Hollande fait contre mauvaise fortune bon cœur et, même s'il fut parfois passablement agacé par M. Montebourg, il considéra toujours que celui-ci était plus « utile » dans son équipe qu'à l'extérieur. En prenant le risque de la rupture, le chef de l'Etat fait un saut dans l'inconnu.

Jamais en effet la majorité parlementaire n'a été aussi fragile. Les écologistes ne sont plus au gouvernement. Les radicaux de gauche menacent d'en sortir. Depuis le printemps s'est constitué, au sein du groupe socialiste à l'Assemblée, un petit groupe de « frondeurs » qui n'a de cesse de tempêter contre la politique économique du gouvernement.

Dans un tel contexte, la sortie probable de M. Montebourg est risquée pour MM. Hollande et Valls. Jusqu'alors, lesdits frondeurs n'étaient qu'une nébuleuse sans véritable chef, ce qui constituait une faiblesse intrinsèque. Désormais, tout est possible. Certes, M. Montebourg, s'il se confirme qu'il n'est plus ministre demain, ne siégera pas à l'Assemblée nationale. Mais à défaut d'une tribune dans l'Hémicycle, nul doute qu'il occuperait avec gourmandise le terrain médiatique, et qu'il chercherait à prendre la tête d'une gauche désorientée, déçue et accablée par la politique menée.

Les premières réactions de l'aile gauche du PS, lundi matin, allaient d'ailleurs dans ce sens. « La démission du gouvernement est une conséquence logique des désaccords exprimés en son sein ces derniers jours, n'a pas tardé à réagir Pouria Amirshahi, député « frondeur » représentant les Français de l'étranger. Malheureusement, le président de la République confirme la poursuite d'une politique pourtant minoritaire et contestable dans ses principes comme dans ses résultats. Il existe pourtant à l'Assemblée nationale comme dans le pays une majorité pour porter une autre politique tournée vers le progrès social, la transition écologique et la lutte contre les inégalités. »

A court terme, un problème est donc résolu : celui de l'autorité du couple exécutif. En décidant d'agir vite, M. Hollande montre qu'il n'est pas celui que l'on se plaît souvent à peindre : un président indécis qui ne sait pas trancher et qui a pour seul souci de préserver les équilibres internes au sein de son gouvernement, au risque de la cacophonie et de l'illisibilité. M. Valls, de son côté, prouve qu'il est conforme à l'image qu'il s'est bâtie : celle d'un homme à poigne qui sait faire montre d'autorité voire d'autoritarisme.

Cette démission intervient alors que les deux hommes voient leur cote de popularité baisser dangereusement en cette rentrée : moins un point pour François Hollande (17 % d'opinions favorables dans le baromètre IFOP-JDD), et moins neuf points en août pour Manuel Valls (36 % de satisfaits).

L'autorité du couple exécutif est donc préservée. Mais à quel prix politique ? C'est toute la question qui se pose aujourd'hui. La décision de MM. Hollande et Valls coupe dans un premier temps l'herbe sous le pied de l'opposition qui n'avait pas manqué ce week-end d'ironiser : « Qui dirige le pays ? Le duo Hollande-Valls ou le duo Montebourg-Hamon ? », a par exemple demandé Bruno Le Maire, candidat à la présidence de l'UMP, dimanche.

A gauche, en revanche, le paysage est plus flou que jamais. A la fin de la semaine se tient l'université d'été du Parti socialiste à La Rochelle. Chacun s'attendait déjà à ce qu'elle soit houleuse. L'aile gauche du parti et les frondeurs avaient prévu d'y faire une démonstration de force. Arnaud Montebourg et Benoît Hamon devaient de nouveau s'y retrouver pour faire entendre leur voix.

Manuel Valls, de son côté, était chargé de conclure, dimanche 31 août, ce rendez-vous de rentrée de la famille socialiste. Le programme sera-t-il perturbé par la démission du gouvernement ? Lundi en fin de matinée, tout semblait bouleversé. Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, contacté par Le Monde, se refuse à tout commentaire. Tout juste concède-t-il d'indiquer qu'il a été « consulté » et qu'il doit déjeuner avec Manuel Valls ce lundi midi.

 

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