Pourquoi l’Etat islamique est armé pour durer

Après la prise de Mossoul en juin et la percée fulgurante des troupes djihadistes, l’EI s'est imposé comme une pièce essentielle du puzzle moyen-oriental pour plusieurs années. Face à lui, sans aide des États-Unis et malgré leur résistance, les Kurdes de Syrie subissent un tout autre sort que leurs frères basés en Irak.

Aux portes de Kobané, à la frontière turco-syrienne, les troupes de l’État islamique engrangent les victoires depuis l’hiver 2013-2014. Comment expliquer leur progression constante au cours des derniers huit mois ? L’État islamique est un mouvement de fond, construit patiemment depuis 2006, et qui a d’abord profité du chaos irakien puis de la guerre en Syrie pour étendre son influence, politique, militaire et idéologique. Nous avons déjà raconté ici comment il s’est formé. Aujourd’hui, trois facteurs expliquent principalement son essor et sa persistance malgré les bombardements de la coalition.

 

 

Son armement américain ? L’EI l’a gagné à la veille de l’été, les armes à la main

« Je me souviens d’avoir lu un expert américain qui affirmait benoîtement : "Si on regarde de loin, on croirait que c’est l’État islamique qui est soutenu par les Américains parce qu’ils ont plus d’armes américaines que les Kurdes" », raconte Romain Caillet, chercheur et consultant sur les questions islamistes. Ce n’est bien sûr pas le cas, et il faut prendre deux facteurs en compte pour expliquer ce qui se passe aujourd’hui : ces armes, l’EI les a acquises en prenant les dépôts de l’armée américaine qui avaient été approvisionnés pour équiper l’armée irakienne. Le deuxième élément, dont on ne parle pas assez, c’est que les Kurdes qui ont été aidés militairement, ce sont les Kurdes de l'Irak, pro-occidentaux, les Peshmergas. »

Le parti kurde syrien PYD, qui contrôle en partie le nord de la Syrie (lire ici notre reportage à Afrin, au Kurdistan syrien), est, lui, toujours très proche de son cousin turc, le PKK d’Abdullah Öcalan, toujours placé sur la liste des organisations terroristes. Il continue de se battre sans soutien de la coalition internationale. Face à l'État islamique et sans l’appui de l’Armée syrienne libre, elle-même en perte de vitesse depuis deux ans et occupée sur d’autres fronts, le PYD ne fait pas le poids. En une question, un article sur le site du quotidien britannique The Guardian résume parfaitement le paradoxe de la situation des Kurdes : « Pourquoi les États-Unis aident-ils les Kurdes en Irak mais laissent l’État islamique les massacrer en Syrie » ?

Dans ce contexte, une résistance de trois semaines, comme c’est le cas à Kobané, sous le feu de l'artillerie de l'EI, est héroïque. En juin, la ville de Mossoul était tombée en un jour. Ce qui fait dire aujourd’hui au chercheur Romain Caillet que le PYD vit sa propre bataille de « Qosseir », en référence à cette étape clé qui avait remis en jeu l’armée syrienne en 2013 avec l’aide du Hezbollah, et constitué un véritable tournant dans la guerre civile syrienne (les détails de cet « épisode » ici). En face, à l’inverse du Front Al-Nosra, l’État islamique bénéficie d’une dynamique de victoire qui pousse de plus en plus de combattants syriens et irakiens à le rejoindre.

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(Suite à Médiapart)

Pierre Puchot

 

 

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