La Corée du Nord a peur d’Ebola

 

Des passagers débarquent d'un avion à l'aéroport de Pyongyang le 21 octobre.

Même la Corée du nord, le pays le plus isolé de la planète, ferme ses frontières par crainte du virus Ebola. Trois agences de tourisme travaillant avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC) ont été informées, jeudi 23 octobre, que Pyongyang interdisait jusqu’à nouvel ordre l’entrée des groupes de touristes étrangers sur son territoire. Cette mesure a pris effet dès vendredi. Tous les touristes, quelles que soient leur nationalité ou leur origine, sont concernés.

En revanche, les autres visiteurs de la RPDC ne sont apparemment pas touchés par cette mesure. Aucun vol d’Air Koryo, la compagnie aérienne nord-coréenne, n’a été annulé. Des agences de voyages à la frontière sino-nord-coréenne, contactés par l’AFP, n’ont pas reçu de notification de suspension des voyages. Des mesures de contrôle strictes avaient été prises depuis fin septembre. Des certificats médicaux étaient demandés aux visiteurs qui s’étaient rendus en Guinée, Sierra Leone et Liberia. Tout en affirmant qu’aucun cas d’Ebola n’avait été diagnostiqué, les autorités mettent en garde à la télévision contre le virus et ses symptômes.

Le précédent du SRAS en 2003

La fermeture de la frontière aux touristes n’est pas sans précédent : les voyages touristiques avaient été suspendus pendant trois mois lors de la pandémie mondiale du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003. Dans un pays secret comme la RPDC, une telle mesure invite aux spéculations, tel qu’un coup d’Etat. Mais il semble que la raison soit effectivement d’ordre sanitaire, estime une source du secteur du tourisme, interrogé par NK News, site d’informations sur la RPDC.

Pyongyang entretient des liens étroits avec l’Afrique. Ils datent des années 1960 lorsque la RPDC adhéra au Mouvement des pays non-alignés. Armée de l’idéologie juche, qui met en avant l’indépendance et l’autosuffisance et enregistrant à l’époque des succès économiques, elle semblait un modèle à suivre pour des pays africains. Pyongyang apportait en outre une assistance économique et militaire à des mouvements révolutionnaires (en Angola, au Mozambique, en Ouganda, en Somalie, au Soudan, en Tanzanie).

Dans un hôtel de Pyongyang, le 23 octobre.

Avec la fin de la guerre froide, l’influence de la RPDC en Afrique s’était affaiblie mais depuis 2013, les visites de missions nord-coréennes se sont multipliées et l’importance des liens avec ce continent est régulièrement soulignée par Rodong Sinmun (organe du Parti du travail). Du centre artistique Mansudae à Pyongyang sortent en outre des œuvres monumentales à destination de pays africains (telles que les statues géantes de Joseph Kasavubu, premier président de République démocratique du Congo, et de Robert Mugabe au Zimbabwe) qui sont à l’origine de solides revenus que complètent des ventes d’armes.

La RPDC reçoit aussi des étudiants africains. Bien qu’encore embryonnaire (quelque 6 000 touristes par an), l’industrie touristique est l’un des espoirs de Pyongyang pour relancer son économie. Depuis deux ans, plusieurs projets de complexes touristiques ont été mis en œuvre dont une station de ski de niveau international, inaugurée en janvier 2014, qui devrait connaître sa première saison à partir de la fin novembre.

 

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