Vidéo Des soldats françis accusés de vion en Centrafrique (Le Monde)
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- Publié le vendredi 1 mai 2015 13:32
- Écrit par Cyril Bensimon avec Soren Seelow
Centrafrique : 16 soldats français accusés de viols
Une enquête préliminaire a été ouverte à Paris sur des abus sexuels qui auraient été commis sur des mineurs par des militaires, en 2013 et 2014
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L'affaire est embarrassante pour l'armée française et le comportement de ses soldats en opérations extérieures. Des militaires déployés en République centrafricaine (RCA) dans le cadre de l'opération " Sangaris " sont soupçonnés d'avoir abusé sexuellement d'enfants lors de leur mission à Bangui, selon les informations révélées, mercredi 29 avril, par le quotidien britannique The Guardian. Les faits incriminés se seraient déroulés entre décembre 2013 et mai-juin 2014, lors des premiers mois de l'opération " Sangaris ", et, d'après les informations obtenues par Le Monde, douze garçons, âgés entre 9 et 15 ans, dont des orphelins, auraient été victimes de viols commis par plus d'une dizaine de soldats français. Sans chercher à démentir ces graves accusations dont il s'était gardé de faire écho, le ministère de la défense a annoncé qu'il a " pris et prendra toutes les mesures nécessaires pour permettre la manifestation de la vérité. Si les faits étaient avérés, il veillera à ce que les sanctions les plus fermes soient prononcées à l'égard des responsables de ce qui serait une atteinte intolérable aux valeurs du soldat ". Selon une source judiciaire, le ministère a reçu cette information le 29 juillet sous la forme d'un document de travail de l'ONU, qu'il a aussitôt transmis à la justice française. Le parquet a ouvert trois jours plus tard une enquête préliminaire pour " viols sur mineurs de 15 ans " sur la base de l'article 40, après " dénonciation " du ministère de la défense. La Section de recherches (SR) de Paris et la SR de la gendarmerie prévôtale, une formation dont la mission est d'enquêter auprès des forces armées stationnées hors du territoire français, ont été saisis de l'enquête. " Les descriptions des enfants sont très précises, mais il reste quelques éléments à éclaircir. Une fois les premières demandes de précisions adressées à l'ONU satisfaites, une information judiciaire pourrait être ouverte ", explique une source judiciaire. Une enquête de commandement a par ailleurs été diligentée en interne. L'enquête sur place, indique l'entourage du ministre Jean-Yves Le Drian, n'aurait pas permis jusque-là de remonter aux auteurs présumés de ces viols perpétrés sur des enfants réfugiés dans l'immense camp de M'Poko, où s'entassaient alors en bordure de l'aéroport de Bangui des dizaines de milliers de déplacés fuyant les violences dans le plus extrême dénuement, et dans le quartier mitoyen de Combattant. Selon une source proche du dossier, les accusations recueillies par des agents du Bureau intégré des Nations unies en RCA (BINUCA) et de l'Unicef se fondent sur six entretiens menés entre mai et juin 2014 avec une dizaine de victimes présumées et des témoins et impliquent seize militaires français, pour l'essentiel postés à la barrière filtrant l'entrée de l'aéroport. Certains témoignages seraient très détaillés et permettraient d'identifier des agresseurs, avance une autre source. Selon une source judiciaire, les accusations visant les militaires français concernent des " fellations ", mais d'autres faits d'agressions sexuelles, concernant cette fois des militaires étrangers, ont également été rapportés et -consignés par écrit. Remous au sein des Nations unies Cette affaire vient ternir l'image de l'armée française, dont le déploiement en urgence le 5 décembre 2013 de plus d'un millier de soldats visait à empêcher " un génocide " en Centrafrique selon François Hollande, mais elle suscite également des remous au sein des Nations unies et interroge sur la transparence de " la maison de verre ". Anders -Kompass, le directeur des opérations de terrain du Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU qui a alerté les autorités françaises de ces accusations d'agressions sexuelles, a été suspendu de ses fonctions le 17 avril et se trouve sur le coup d'une enquête interne qui pourrait aboutir à son licenciement après trente ans de service pour les Nations unies. Selon The Guardian, M. Kompass, à en croire des sources proches du dossier, a transmis ce document confidentiel après avoir constaté l'inertie de son employeur sur le sujet, mais pour le porte-parole adjoint de l'Organisation, Farhan Haq, qui se refuse à nommer le fonctionnaire international suédois mis en cause, l'intéressé a violé les procédures onusiennes en faisant fuiter un rapport qui n'avait pas été expurgé des noms des victimes, des témoins et des enquêteurs. Sans remettre en cause les informations -contenues dans ce document d'une dizaine de pages intitulé " Abus sexuels sur des enfants par les forces armées internationales ", " la substance est réelle ", dit-il. Un cadre très au fait de cette affaire au sein de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), s'insurge contre le " manque fondamental d'éthique " du" lanceur d'alerte ". " Kompass - basé à Genève - a transmis à l'ambassadeur de France en Suisse un rapport qui n'était pas encore finalisé. Nous n'avions aucune volonté d'enterrer cette enquête. Elle devait être rendue publique dans les prochains jours, mais là, toutes les personnes qui ont été interrogées ou celles qui ont travaillé sur ce rapport ont été mises en danger. Un témoin qui voulait rester anonyme a fui au Cameroun après avoir été interrogé par les gendarmes français. Il avait peur et nous a appelés pour nous insulter ", fulmine cette source onusienne sous couvert d'anonymat. " Ce sont des arguments totalement déplacés. La justice française, si elle est prête à faire toute la lumière, a besoin de connaître l'identité des victimes et des témoins, d'avoir en sa possession le maximum d'informations ", rétorque Paula Donovan. Selon la codirectrice de l'organisation américaine Aids Free World, qui a transmis le rapport au Guardian, l'impartialité des investigations ne sera garantie que par une commission d'enquête indépendante. " Cette affaire est honteuse, dégoûtante, mais elle est assez commune. Des casques bleus, des fonctionnaires de l'ONU sont régulièrement accusés d'abus sexuels, mais la tendance aux Nations unies est de couvrir les siens. Il est très rare que des personnels des Nations unies soient soumis à la justice et j'attends de voir les résultats de l'enquête française ", dit-elle. S'il est vrai que les Nations unies et la France ne se montrent que très rarement d'une extrême célérité lorsqu'il s'agit de juger leurs soldats en opérations extérieures, la promptitude avec laquelle Anders Kompass a court-circuité sa hiérarchie et communiqué les informations en sa possession interpelle. Alors que l'enquête sur le terrain a été bouclée fin juin 2014, le rapport a été transmis dans la première quinzaine de juillet aux autorités françaises, indique une source onusienne. Un laps de temps très court pour attester d'une volonté d'enterrer cette sinistre affaire. " S'ils voulaient que les choses aillent vite, pourquoi avoir transmis ce rapport puis avoir attendu neuf mois avant que cela sorte ? Ça tient difficilement ", estime cette source, qui précise qu'une version expurgée a par ailleurs été donnée à Paris le 29 juillet. Attendu la semaine prochaine en Centrafrique pour l'ouverture du Forum de Bangui, censé ouvrir la voie à la réconciliation dans ce pays qui vient de subir la plus grave crise de son histoire tourmentée, Jean-Yves Le Drian entendait mettre à profit cette visite pour susciter une accélération du calendrier électoral et permettre ainsi le retrait rapide des soldats français. Un autre dossier vient de se greffer au voyage. Cyril Bensimon avec Soren Seelow © Le Monde
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