Il perd connaissance puis est déclaré mort des suites d’un étranglement à son arrivée à l’hôpital. Pour une simple histoire de cigarettes vendues à la sauvette à Staten Island, au sud de Manhattan. Son arrestation, filmée par des passants, a été largement diffusée sur les réseaux sociaux, au point qu’on a bientôt parlé de « l’affaire Eric Garner » : une affaire de plus venant nourrir un débat déjà vif sur les brutalités policières aux États-Unis et, plus largement, sur les discriminations dont les Afro-Américains continuent de souffrir.
Dans ce clip, Erica Garner explique encore que c’est la raison pour laquelle le combat pour les droits civiques doit continuer. « Il faut le faire car personne ne le fera à notre place », ajoute-t-elle. Et de conclure : « Moi je soutiens quiconque nous écoute, quiconque est prêt à nous défendre. Et je crois qu’il faut faire confiance à un leader comme Bernie Sanders. »
Voilà donc la dernière publicité de campagne qui fait sensation aux États-Unis. Produite par l’équipe du candidat démocrate de gauche Bernie Sanders, ce clip le présente comme un homme politique prêt à réformer le pays afin que « de jeunes Afro-Américains ne se retrouvent plus injustement frappés et tués en pleine rue », afin que « lorsqu’un policier ne respecte pas la loi, il soit tenu de rendre des comptes ». Comment veut-il s’y prendre exactement, cela reste à éclaircir, mais le but premier de ce genre de publicité est de séduire l’électorat afro-américain.
C’est la règle du jeu aux États-Unis, un pays où l’on fait campagne avec des messages ciblant des catégories d’électeurs spécifiques – les femmes, les Blancs, les Noirs, les Latinos, etc. Et c’est surtout vrai dans le camp démocrate, le camp républicain étant à ce jour quasiment incapable de parler aux minorités ethniques. Hillary Clinton, elle, fait donc campagne dans la région de Chicago en compagnie de la mère de Sandra Bland, jeune Afro-Américaine morte en cellule, au Texas, à la suite d'un simple contrôle routier qui a dégénéré. Elle se prononce en faveur de l’utilisation de mini-caméras par les policiers du pays ou encore de la lutte contre le profiling racial. Cette stratégie est d’autant plus saillante que l’on entre dans une nouvelle phase de la campagne pour les élections primaires. Si celles-ci ont commencé dans des États à grande majorité de population blanche, l’Iowa et le New Hampshire, elles se poursuivent désormais dans des États ayant des populations beaucoup plus diverses, tels que le Nevada, la Caroline du Sud ou encore la Géorgie.
Mais il serait simpliste de présenter la démarche de Bernie Sanders ou d’Hillary Clinton seulement comme un calcul politique visant à séduire les Afro-Américains. En effet, les brutalités policières, les dysfonctionnements de la justice pénale et le nombre disproportionné de jeunes Afro-Américains passant par la case prison (sur 2,3 millions de détenus américains, près d'un million sont des Afro-Américains), le piètre état des écoles publiques des centres-villes de grandes métropoles (fuies par les familles blanches, qui envoient leurs enfants dans le privé) ou encore le taux de pauvreté (38 % des enfants afro-américains vivent sous le seuil de pauvreté) sont des sujets qui leur ont été imposés par la base militante. C’est le résultat de la montée en puissance d’un mouvement social dénommé Black Lives Matter.
Ce slogan, qui fut d’abord un hashtag se répandant comme une traînée de poudre sur Twitter au moment où la ville de Ferguson s’embrasait (nous allons y revenir), désigne désormais le nom générique auquel se réfèrent un grand nombre d’associations, de militants et de simples citoyens désireux de reprendre le combat pour les droits civiques. Leur but ? Vivre dans un État où les minorités ethniques ne souffrent pas de manière disproportionnée des brutalités policières, dans une société équitable et débarrassée de tout racisme. Leurs outils ? Les réseaux sociaux, mais aussi le militantisme traditionnel de terrain. Le programme est ambitieux et d’autant plus vaste que le mouvement se veut décentralisé. Des voix critiques considèrent que Black Lives Matter manque donc de structure, ce qui pourrait lui faire courir le risque d’un effilochage, à l’image d’Occupy Wall Street. Inutile cependant de chercher à prédire le futur de ce mouvement. S’il est jeune, ses militants ont déjà réussi à s’imposer aux États-Unis : les médias en parlent et les politiques les écoutent, des candidats à la présidentielle jusqu’à l’occupant actuel de la Maison Blanche.
