Devoir de mémoire: Quand Mamadou Ben Soumahoro raconte son départ en exil et fustige l'impérialisme occidental

Actualités Nouvelle République de Guinée, 26/04/2016

C’est  ce vendredi 22 avril 2016 que va être porté en terre à Abidjan Mamadou  BEN SOUMAHORO. mort en exil le 11 Avril 2016 à Accra au Ghana. C’est  précisément de son lieu d’exil qu’il avait écrit ce texte historique  pour rappeler la méchanceté impérialiste à l'égard de nos icônes .En  grand sachant , Ben Soumahoro décrit ici comment il a échappé de  justesse à la mort avant de prendre le chemin de l’exil et le plan  commun qui a abouti au 11 avril 2011.

Ils voulaient tuer le Président LAURENT GBAGBO, après avoir massacré  le Guide de la Jamahiriya Arabe Libyenne Mouhamar Khadafi. Ils sont  coutumiers du fait. Avant Khadafi ils ont écrasé François N’garta  Tombalbaye dans son palais à Fort-lamy ( déjà devenu n’djamema ),  Sylvanus Olympio a pris une balle dans la tête parce qu’il a osé  imprimer des billets de banque pour son peuple du Togo, Salvador  Alliende a connu le même sort dans son palais de La Moneda à Santiago du  Chili, Thomas Sankara à Ouagadougou, Aboubacar Tafawa Balewa à Lagos au  Nigeria, le jeune et fringant Colonel Kotoka qu’ils trouvaient trop  arrogant au Ghana, William Tolbert à Monrovia au Liberia, et Milton  Obote qu’ils ont jeté au profit de Idi Amin Dada en Uganda. Hugo Chavez a  fait partie de ce genre de projet funeste, Barthélémy Boganda lui a  disparu corps et biens en Oubangui-Chari ( RCA) dans un curieux accident  d’avion.

Pour bien montrer que l’amour du peuple pour son chef compte peu,  Rafiq Hariri a été explosé avec son convoi blindé à Beyrouth au Liban.  Rajiv Ghandi, le fils de la grande dame de l’Inde Madame Indira Ghandi a  été à son tour pulvérisé par une bombe fleurie. Ils ont tué aussi  Samora Machel à Lourenco Marques ( Maputo) au Mozambique. Anouar El  Sadate le successeur de Gamal Abdel Nasser n’a pas eu plus de chance à  ce défilé que les ‘’ frères musulmans’’ ont transformé en champs de  tirs. Le commandant Marien N’gouabi a apparemment eu tort à leurs yeux  de choisir la voie Marxiste Léniniste et celle du socialisme  scientifique. Il ne faut pas oublier que l’avion de John Garang a  explosé au-dessus du désert de Nubie. Nous n’allons tout de même pas  remonter jusqu’à Patrice Lumumba dont l’atroce boucherie n’est pas si  loin, sans compter l’explosion de l’avion de Juvénal Habyarimana qui a  déchiqueté deux Présidents à la fois dans le ciel de Kigali. On était  sur le point d’oublier le vieil empereur HAILE SELASSIE dont l’assassin  Haile Menguistu Mariam a coulé de longs jours tranquilles au Zimbabwe.  Ruben Um Nyobé lui n’avait pas encore de palais mais le sien dans  l’imagerie populaire s’appelle KAMEROON.

Peu importe les raisons de l’assassinat de ses Chefs d’Etats et  l’orientation de leurs choix politiques. Le fait de venir de l’extérieur  comme des détenteurs de titres fonciers, pour les faire passer de vie à  trépas sans rende des comptes, comme s’ils organisaient un barbecue  dans leurs jardins, est assez choquant.

L’assassinat de Laurent Gbagbo avait été savamment et minutieusement  planifié. Et PIERRE FAKOURY l’architecte de la Basilique notre Dame de  la Paix et des Palais Nationaux de Yamoussoukro savait tout depuis des  semaines puisqu’il avait changé de camp sans même le cacher. L’Histoire  restituera l’affaire dans ses détails militaires et politiques les plus  secrets lorsque les dossiers seront déclassifiés. Pour l’instant je me  crois en droit de vous livrer ce que j’ai vécu et qui s’appelle un  témoignage assumé. J’étais à mon domicile pour un travail que m’avait confié le Président à  l’issue d’une réunion au sujet assez grave tenue le 31 03 2011. Après avoir toute la nuit accompli mon travail, je décide le lendemain  matin d’aller rendre compte à la Résidence du Président. Mais je  m’aperçois très vite que ‘’le vallon ‘’ est entièrement occupé par les  rebelles. Des barrages sont érigés et les gardes improvisés ont des  mines menaçantes. Je reviens chez moi et essaie de joindre quelqu’un à  la Résidence pour expliquer mon retard. Le directeur du Protocole d’Etat  SE. L’Ambassadeur Koné Aboubacar me promet d’envoyer un officier  chercher l’objet en question en me conseillant de ne pas prendre de  risques inutiles. Une heure plus tard l’Ambassadeur Koné me fait savoir  que l’officier n’a pas trouvé de passage pour venir à mon domicile. Fin  de ma mission et explication de mon absence remarquée dans le fameux  Bunker de la Résidence du Président Laurent Gbagbo .

Deux faits remarquables sont à retenir dans tout ce remue-ménage :  je n’ai jamais cru qu’on laisserait Alassane Dramane Ouattara faire la  guerre pour des élections, même contestées. Ensuite je n’ai jamais pensé  un instant que les rebelles battraient les Forces de Défense et de  Sécurité de la République de Côte d’Ivoire. Et tout le monde sait qu’ils  ne les ont pas battus. Pendant ce temps de vilaines rumeurs circulaient  depuis près d’une semaine sur des individus hirsutes aux mines  patibulaires qui arpentaient mon quartier en se renseignant sur  l’emplacement exact de ma maison. Des amis bienveillants m’ont alerté,  leurs enfants qui fréquentent les miens sont venus nous avertir et  certains frères sont même venus me demander de m’en aller parce que  c’est moi qu’ils cherchent.

Comment partir sans ma famille ? Tant pis, ils vont nous tuer tous.  C’est exactement l’ordre qu’ils ont reçu de Alassane Dramane Ouattara,  de son directeur de cabinet Monsieur Marcel Amon Tanoh et de leur bras  armé Cherif Ousmane : « Il faut finir avec lui et toute sa famille ».  C’est là qu’on oublie toutes les belles maximes du type : « Qui a femme  et enfants a donné hotages au destin … bla bla bla bla « Pourtant je  n’ai pas pris ces menaces au sérieux jusqu’au moment où je reçois un  appel du Major Ibrahim Coulibaly dit IB me demandant de quitter  immédiatement mon domicile sans laisser personne derrière moi.

Alassane a choisi des Mercenaires Maliens qu’on ne retrouvera pas  après le massacre de ta famille entière et personne n’aura à répondre de  ces exactions. Ni vu, ni connu, les crimes seront mis sur le dos  d’individus non identifiés, comme d’habitude ; échapper à ce plan  diabolique était tellement improbable que le bruit de ma mort avait pris  toute la cité au point de revenir à mes propres oreilles. C’est  finalement le coup de fil de Pierre Fakhoury qui m’a poussé à partir  parce que ce qu’il m’a dit m’a paru très suspect. « Pierre, des inconnus s’apprêtent à attaquer ma maison et ma famille ».  Sa réponse était étonnante: « j’ai appelé Marcel (Amon Tanoh), il m’a  dit de ne pas m’en faire, il envoie immédiatement des gens me protéger  ». Pourquoi Marcel ferait-il ça ? Non seulement il est le directeur de  cabinet de mon pire ennemi mais lui-même n’a aucun lien d’amitié avec  moi. Dans la même journée des dozos et des rebelles sonnent à ma porte.  Personne ne bouge. Ils font le tour de la maison, frappe furieusement au  portail en fer et s’en vont. Le lendemain 5 avril 2011 vers 18h, les  mêmes hommes avec derrière eux une véritable petite armée équipée  jusqu’aux dents, kalachnikovs et RPG 7, 2 pick-up surmontés de  mitrailleuses, et 2 gbakas remplis de voyous. Mes 2 gardes du corps de  la Garde Républicaine me font voir le danger à la vidéo et au judas sur  la porte et me conseillent de partir. Nous ne sommes pas suffisamment  armés et il est possible que ces gens aient des renforts planqués. Au  moment où je demande à ma famille de s’apprêter à partir, j’entends les  premières détonations sur la maison. Le choix était simple. Le soir même  de notre exode, nous forçons la porte de la chancellerie de la  République du Ghana ( Mea Culpa) et nous passons la nuit assis sur des  chaises cassées abandonnées par le personnel dans la cour. Nous sommes  le 5 Avril 2011, il est 20h. Le plan de l’élimination physique de Laurent Gbagbo venait d’être  déclenché et aucun de nous n’était au courant. L’armée médiévale d’ADO,  les mercenaires maliens, les soldats de Blaise Compaoré et ceux de  GoodLuck Jonathan, les commandos invisibles, les supporters du RDR  consolidés ne pouvaient pas réduire l’armée loyale ni même la Garde  Républicaine de Côte D’Ivoire. L’Ambassadeur de France SE. Jean-Marc  Simon lui-même l’a avoué à RFI quand les 10 et 11 avril 2011 les  hélicoptères venus de nulle part sont mis en position Géostationnaire à  Treichville pour bombarder le Palais Présidentiel au plateau et la  Résidence Officielle du Président de la République à Cocody- Blokoss.  Mon ami Pierre Fakhoury avait déjà commencé son travail de sape dès le 5  avril au soir. Bien avant cette date l’architecte nous avait déjà trahis et avait  donné sa parole à Sarkozy et autres proches de Ouattara qu’il pouvait  convaincre Gbagbo de partir et comptait sur des amis sûrs de Gbagbo pour  lui forcer la main. Ce que ne savait pas Pierre Fakhoury c’est qu’une  décision avait déjà été arrêtée le 31 Mars 2011, définitive et  irrévocable. Pierre Fakhoury croyait que j’étais le ventre mou du  système. Il décide de jouer son rôle avec dans sa manche l’exact  connaissance du plan ultime de l’armée Française de Nicolas Sarkozy et  de Dominique Ouattara. Vous allez voir que l’Architecte était dans toute  la confidence, bien plus même que l’Ambassadeur Jean Marc Simon.

5 Avril 2011/ 20h Ambassade du Ghana aux 2 plateaux. Conversation  surréaliste : celui qui voulait me protéger des dozos ne me parle plus  de ma famille mais du Chef de l’Etat : «Beno où est Gbagbo ?» « Je l’ai laissé chez lui » « Peux-tu le joindre pour lui parler ? c’est très important ». « Pourquoi tu ne le fais pas toi-même ? » «Je n’y arrive pas et j’ai pour lui un message très important. C’est  une question de vie ou de mort. Fais tout pour lui dire que Ado le  supplie à genoux de quitter le pouvoir » « Pierre ça je ne le ferai pas parce que je ne veux pas me ridiculiser et je ne crois pas que ce soit la solution du problème » « Beno, je t’en prie parle lui, Ado dit qu’il connait les noms de tous  ceux qui sont avec lui dans son bunker, qu’il y’a même la mère  Aboudramane Sangaré et toute la famille Gbagbo. Es ce qu’il veut qu’on  le tue ? Alassane dit que s’il l’y oblige il va le faire et il ne se  passera rien. Beno sauve notre ami ».

A ce moment précis de l’histoire soit 6 jours avant, Pierre Fakhoury  savait tout. Il nous a caché le plan des hélicoptères. Ses propos  étaient très précis et il se réclamait avec trop d’autorité d’Ado.  Pierre Fakhoury m’a même dit pour finir : « tant pis il va se faire tuer  ».

Je m’aperçois après cette conversation bizarre que ma détresse  personnelle ne l’intéressait pas du tout. Il a même essayé ce même soir  en vain d’amadouer ma femme pour quelle m’influence. Ce qui lui  importait par-dessus tout c’était parvenir à localiser Laurent Gbagbo et  Simone. Dépité par mon attitude et mes réponses négatives il m’a même  dit qu’il allait s’adresser à un autre de nos amis qui a ses grandes  entrées à la Résidence du Chef de l’Etat. Même Jean Karim Fall de RFI a  été mis dans le jeu avec une interview qui aurait pu me faire dire ou  était le chef de l’Etat. Bien entendu l’interview n’a jamais été  diffusée. Une question demeure, la seule : Si Pierre Fakhoury était  vraiment l’ami de Laurent Gbagbo, que faisait-il à un moment aussi  crucial chez Ado/Sarkozy ? Un dicton populaire Sicilien nous apprend que quelque soit la nature du  conflit qui t’oppose à quelqu’un n’oublie jamais que celui qui ‘’  spontanément’’ vient proposer son intermédiation, c’est lui le traitre.

MAMADOU BEN SOUMAHORO ANCIEN DEPUTE A L’ASSEMBLEE NATIONALE EN EXIL A ACCRA AU GHANA

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