Le Chef d’Etat sénégalais Macky Sall a reçu ses homologues à Dakar le 4 juin dernier pour l’ouverture des travaux de la 49eme session ordinaire de la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao). A cette occasion, il est revenu sur le projet de création d’ une monnaie commune à l’horizon 2020. « Il est tout aussi nécessaire de résoudre l’équation que pose la pluralité de monnaies dans un espace dont la vocation est de se constituer en marché commun… L’importance que revêt le chantier devant mener à la création de l’institut monétaire et de la banque centrale de la Cedeao, dans la perspective du lancement de la monnaie unique en 2020 ».
Bien avant lui, en août 2015, lors de la célébration du 55eme anniversaire de l’’indépendance du Tchad, le Président Idriss Déby Itno avait invité les pays africains à abandonner le franc CFA.
« L’Afrique, la sous-région, les pays africains francophones aussi, ce que j’appelle la coopération monétaire avec la France, il y a des clauses qui sont dépassées. Ces clauses-là, il faudra les revoir dans l’intérêt de l’Afrique et dans l’intérêt aussi de la France. Ces clauses tirent l’économie de l’Afrique vers le bas, ces clauses ne permettront pas de se développer avec cette monnaie là » indique Idriss Déby Itno.
En cause, certaines clauses dans la coopération monétaire avec la France sue certains estiment dépassées. Ils évoquent également le fait que le FCFA soit de facto assimilé d’abord au franc français puis à l’euro, une monnaie forte qui est réputée appauvrir les pays de la zone CFA.
A cela s’ajoute le fait que ces pays sont obligés de verser 50% de leurs réserves de change au trésor français.
Au-delà de la langue française, plusieurs pays africains notamment, dans l’ouest et le centre du continent, ont hérité de la monnaie de l’ancien colon : le Franc CFA. Monnaie qu’ils ont conservé après leur indépendance depuis plus de 50 ans.
Le FCFA de l’Afrique centrale et celui de l’UEMOA n’ont en commun que la dénomination. La convertibilité de l’un envers l’autre est sujette à caution.
De l’espace Uemoa à la zone de Coopération financière en Afrique centrale, en zone Umac, union économique de l’Afrique centrale, qui regroupe en son sein 6 pays, ces « deux monnaies » ont la même origine. Elles ont été mises en place par le Général De Gaulle après les accords de Bretton Woods en 1949.
50 ans plus tard, les utilisateurs de cette monnaie ont décidé de discuter de sa survie.
Pour le Dr Séraphin Yao Prao cette initiative des Chefs d’Etat africains est à saluer car ce qui manquait à la création d’une monnaie unique en Afrique était la volonté politique. « Mais je ne pense pas qu’en 2020 on aura cette monnaie » relativise-t-il. Il explique que concernant ce projet, les zones qui utilisent le CFA, même s’il n’y a pas de convertibilité d’une zone à l’autre, sont sur la bonne voie. « Le problème qui se pose, ce sont les pays qui sont hors des deux grandes zones … Ces pays devaient créer une zone monétaire qu’on appelle la Zmao pour Zone monétaire de l’Afrique de l’ouest. Il était prévu que cette banque soit active en 2015. Et que les pays remplissent les critères de convergence comme les critères macro économiques que partagent ces pays » explique-t-il « Mais cela ne s’est pas fait » regrette-il.
Pour le ministre Joël N’Guessan, porte-parole principal du RDR (rassemblement des républicains, parti au pouvoir), son avis est autre. « Le fait d’être arrimé à l’Euro est une garantie de stabilité. C’est pourquoi j’estime que la constitution d’une réserve à la Banque de France est salvatrice pour le F CFA. Nos économies sont fragiles et précaires. Il ne faut pas ajouter à cela la fragilité de notre monnaie… Ce sera dévastateur si nous agissons autrement » explique-t-il . Cependant, il souhaite voir le Franc CFA « s’élargir à d’autres pays avec la création d’une banque centrale unique couvrant l’ensemble des pays de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale. Cette vaste zone monétaire sera le support d’une économie plus forte et plus durable ».
Ce qu’en pense la France ?
Lors d’une rencontre bimensuelle des ministres de la zone franc le 9 avril dernier a Yaoundé, le ministre français des finances, Michel Sapin, avait déclaré au sujet d’une monnaie commune en Afrique que « La France est là pour l’accompagner. Elle est là pour garantir la stabilité de la monnaie ». Ce qu’il trouve « très utile aux pays concernés. »
Toutefois, il reconnaît que « C’est la décision des africains qui s’impose. Pas la décision de la France. Et j’ai toujours montré ma très grande disponibilité s’il y avait des propositions d’évolution dans telle ou telle direction, de la part de tel ou tel dirigeant » a-t-il assuré.
Le débat qui est ouvert ne devrait pas prendre l’allure d’une guerre larvée contre la France mais privilégier les intérêts des africains. Or, il s’avère qu’ils sont nombreux ceux qui ne voient que le prisme des intérêts que tirerait la France de l’arrimage du CFA au franc français et à l’euro. Au final, même avec une nouvelle monnaie, la France, au regard des assurances françaises, le « colon » aura bien un petit regard sur cette monnaie dont la force est pour l’heure un véritable mirage.
Raïssa Yao

