Jeudi 8 septembre, quelques minutes seulement avant la fin du délai légal, Jean Ping a finalement déposé un recours devant la Cour constitutionnelle afin de contester le résultat de la présidentielle du 27 août qu’il dit lui avoir été volée.Son dossier paraît solide. Pourtant, l’ancien cacique du régime gabonais passé dans l’opposition et ex-président de la Commission de l’Union africaine a longuement hésité. Il préjuge de la partialité de cette instance présidée par l’une des belles-mères de président Ali Bongo Ondimba, déclaré vainqueur, dans le tumulte d’émeutes meurtrières, par la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cénap).
Réajustement brutal
Dans cette région d’Afrique centrale où les présidents sortants sont passés maîtres dans l’art de frauder les élections, n’importe quel opposant rêverait sans doute d’avoir entre les mains le dossier déposé par le Gabonais Jean Ping. En effet, n’était la défiance envers la Cour constitutionnelle – surnommée par l’opposition « la tour de Pise » parce qu’elle penche toujours du côté du pouvoir –, les chiffres présentés par la Cénap pour assurer in extremis, et fort maladroitement, la victoire au président sortant résistent mal au moindre test de crédibilité.
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Le nœud du problème porte sur la région du Haut-Ogooué, dont le résultat « officiel » a permis à Ali Bongo Ondimba de rattraper le retard constaté après compilation des votes dans les huit autres provinces du pays. Le problème ne date pas d’hier. « Par le passé, au temps du père [Omar Bongo Ondimba qui dirigea le pays de 1967 jusqu’à sa mort en 2009], mais aussi lors de la première élection, controversée déjà, d’Ali Bongo en 2009, ce fief familial a toujours servi de variable d’ajustement pour leur assurer la victoire. Mais là, ils [le pouvoir] ont été dépassés. Ils ne s’attendaient pas au score de Jean Ping, dopé par l’union de l’opposition et l’effritement de la majorité. Ils n’ont pas mesuré le niveau de rejet du pouvoir au sein de la population », analyse Pascal Oyougou, originaire du Haut-Ogooué, membre d’Héritage et modernité, un groupe formé par des dissidents du parti au pouvoir.
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Cette année, le réajustement a donc été brutal. Un chiffre concentre tous les soupçons : 99,83 %. Soit le taux de participation astronomique publié par la Cénap. En d’autres termes, cela signifie que seulement 50 électeurs sur les 71 786 inscrits sur la liste électorale du Haut-Ogooué publiée en avril ne sont pas allés voter. « Fantaisiste », lâche un diplomate européen. Grâce aux 95,46 % des voix qui lui sont attribuées dans cette province, le candidat Ali rafle les suffrages qui lui manquaient pour finalement dépasser Jean Ping de quelque 6 000 voix au niveau national. Miracle.
Participation « nettement supérieure »
Comment en est-on arrivé à une manipulation si grossière ? Au lendemain du scrutin, la Mission d’observation électorale de l’Union européenne avait jugé « satisfaisantes » les conditions du vote et la conduite du dépouillement dans les quelque 5 000 bureaux du pays où l’opposition disposait de représentants. De même en avait-elle au sein des commissions de centralisation des résultats aux niveaux départemental, régional et national.
La chef de cette mission, l’eurodéputée bulgare Mariya Gabriel, notait certes que la gestion du processus avait « manqué de transparence », soulignant que « les organes de gestion des élections omettant de mettre à la disposition des parties prenantes des informations essentielles telles que la liste électorale et la liste des centres de vote ». Elle pointait aussi « un déséquilibre des moyens en faveur du président sortant ». Les chiffres du Haut-Ogooué n’étaient pas encore tombés.
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Les ennuis du pouvoir ont commencé lorsque les gouverneurs de chaque province, chargés de transmettre les procès-verbaux de dépouillement à la commission centrale, ont commencé à publier les résultats, dès le dimanche soir, soit vingt-quatre heures après le vote. Progressivement, il est alors apparu que le candidat Ali Bongo Ondimba enregistrait 60 000 voix de retard sur Jean Ping dans huit des neuf provinces du pays. Un écart quasiment impossible à rattraper alors que seul le Haut-Ogooué n’avait pas encore annoncé ses résultats.


