Les scénarios d'une victoire de Donald Trump
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- Publié le samedi 5 novembre 2016 15:55
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
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Pour rattraper l'avance de sa rivale démocrate, le magnat doit s'imposer dans plusieurs Etats-clés, dont la Floride
27 %
Dans un sondage réalisé par CBS et le New York Times, 27 % d'électeurs de Donald Trump assurent qu'en cas de défaite de leur candidat, ils ne reconnaîtront pas la victoire d'Hillary Clinton. Et ils ne sont que 36 % à estimer important que le perdant accepte publiquement sa défaite, alors que c'est le cas pour 77 % des électeurs démocrates.
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Entrés officiellement en campagne respectivement en avril et en juin 2015, Hillary Clinton et Donald Trump vont achever leur marathon électoral lundi 7 novembre. Le candidat républicain prendra une dernière fois la parole à Sandown, dans le New Hampshire, l'Etat où il avait remporté sa première victoire, le 9 février. Il veut croire à une surprise dans les urnes, en raison d'une remontée dans les enquêtes d'opinion après la relance de l'enquête du FBI sur le serveur privé de sa -rivale démocrate.
Cette dernière, accompagnée par son mari, l'ancien président Bill Clinton, et le couple Obama, s'exprimera pour sa part à Philadelphie, ville historique de la révolution américaine où s'était tenue la convention de son parti, en juillet. La ville est par ailleurs en Pennsylvanie, un Etat décisif cette année pour la victoire.
Réagissant à un sondage ABC-Washington Post accordant un point d'avance au niveau national à Donald Trump, mardi 1er novembre, les marchés financiers ont fait peu de cas du principal mécanisme de l'élection présidentielle américaine.
Ce suffrage indirect se déroule au niveau des Etats. Et les possibilités pour M. Trump d'atteindre la barre des 270 grands électeurs (sur un total de 538) composant le collège électoral qui désignera -officiellement la personne qui succédera à Barack Obama le 20 janvier sont plutôt réduites.
Hypothèse d'une égalité parfaiteLes instituts de sondage américains s'accordent pour donner à Hillary Clinton une nette avance en termes de grands électeurs. Lorsqu'on prend en compte les Etats qui ont voté régulièrement pour les démocrates au cours des dernières élections, on aboutit à un total de 22-6 grands électeurs, selon les calculs du site RealClearPolitics. L'opération inverse concernant les Etats républicains permet à M. Trump de disposer de 180 voix, selon la même source.
Les 132 grands électeurs restants se trouvent dans les swing states, ces Etats qui se sont portés alternativement sur les candidats démocrates et républicains au cours des dernières présidentielles. Parmi eux, les sondages en cours permettent de mettre en évidence cette année la Floride (29 grands électeurs en jeu), la Pennsylvanie (20), l'Ohio (18), la Caroline du Nord (15), la Virginie (13), le Colorado (9), le Nevada (6), l'Iowa (6) et le New Hampshire (4), voire l'Arizona (11). Un grand électeur supplémentaire est en jeu dans le Maine, seul Etat avec le -Nebraska à ne pas octroyer la totalité des voix en jeu au candidat -arrivé en tête.
Pour surpasser son adversaire démocrate et combler son retard initial d'une quarantaine de grands électeurs, M. Trump doit impérativement remporter la Floride. Une défaite dans le troisième Etat le plus peuplé du pays serait éliminatoire parce que Mme Clinton n'aurait plus besoin que de quinze sièges sur la centaine en jeu par ailleurs. Aucun des deux candidats n'y a pour l'instant pris d'avantage net.
Vainqueur en Floride, M. Trump devrait également l'emporter dans l'Ohio, Etat dans lequel il a dominé pendant la plus grande partie de la course présidentielle. En revanche, à moins d'un bouleversement dans les derniers jours de la campagne, la Pennsylvanie semble promise à Mme Clinton, tout comme la Virginie, ce qui complique la tâche du magnat de l'immobilier, qui ne peut compter pour l'instant que sur l'Arizona et dans une certaine mesure sur l'Iowa. La Virginie et la Pennsylvanie placent Mme Clinton à onze sièges seulement de l'élection, même en perdant la Floride et l'Ohio.
Des victoires dans ces deux derniers Etats ne suffisent donc pas à M. Trump. Il doit remporter en outre la Caroline du Nord, très disputée, et des Etats qui ont voté démocrate aux deux dernières présidentielles, tels que le New Hampshire et le Colorado.
En cas d'échec en Caroline du Nord, M. Trump devra gagner, en plus du New Hampshire et du -Colorado, le Nevada et un Etat du Nord comme le Wisconsin, où il a multiplié les déplacements sans parvenir pour l'instant à le décrocher du camp démocrate.
Sur le site politique du Washington Post " The Fix ", qu'il anime, le journaliste Chris Cillizza a évoqué ces hypothèses ainsi que celles d'égalité parfaite entre les deux candidats qui obtiendraient l'un comme l'autre 269 sièges. Dans ce cas de figure, la décision serait renvoyée à un vote de la Chambre des représentants du Congrès des Etats-Unis. Compte tenu de la domination sans partage qu'y exercent les républicains, l'élection tournerait alors à l'avantage du magnat de l'immobilier.
La sociologie de l'électorat de M. Trump le prive également, dans ces Etats indécis, de marges de manœuvre. Le milliardaire s'appuie en effet presque exclusivement sur l'électorat blanc, qui représente encore environ 70 % du total, même s'il est en constante régression du fait des évolutions démographiques en cours.
Au sein de cet électorat, M. Trump domine massivement parmi les hommes non diplômés mais il est au contraire devancé par Mme Clinton auprès des électeurs diplômés, ce qui constitue un précédent pour les démocrates, comme auprès des femmes. Pour l'emporter, M. Trump a donc impérativement besoin d'une moindre participation de la coalition qui a assuré à deux reprises le succès de M. Obama : celle alliant les femmes, les jeunes, les Afro-Américains et les Latinos.
Vague d'inscriptionsMme Clinton a confirmé sa percée dans cette dernière communauté selon deux sondages parus le 3 novembre. Dans le premier publié par le Washington Post et la chaîne Univision, elle obtient 67 % des intentions de vote de cet électorat, contre seulement 19 % pour son adversaire, qui enregistre le pire score pour un républicain.
Cet écart pourrait compter dans les Etats indécis où la communauté hispanophone est importante. Un deuxième sondage également publié par Univision le confirme en Floride, où Mme Clinton dispose de trente points d'avance malgré une communauté cubaine longtemps attachée au vote républicain ; il en va de même dans l'Arizona et le Nevada.
Les Latinos sont traditionnellement ceux qui s'inscrivent le moins et qui votent le moins aux Etats-Unis, mais la campagne -anti-immigration de M. Trump a provoqué une vague d'inscriptions sur les listes électorales.
Les résultats des votes anticipés possibles dans certains Etats-clés montrent en revanche une moindre mobilisation de l'électorat afro-américain, qui avait voté dans des proportions historiques pour M. Obama en 2008 et en 2012. Cette " fatigue " explique la campagne acharnée que livre le premier président afro-américain dans un Etat comme la Caroline du Nord.
Aussi, en dépit de celle, active, menée par le sénateur du Vermont Bernie Sanders – l'ancien rival de Mme Clinton dans la course à l'investiture –, qui avait été porté par les millenials (la jeune génération), ces derniers se reportent imparfaitement sur la démocrate, alors que leur taux de participation est traditionnellement inférieur à celui des autres classes d'âge.
La carte électorale et la sociologie pourraient aboutir à une élection serrée similaire à celle de l'année 2000 qui avait vu le républicain George W. Bush l'emporter sans pour autant gagner le suffrage populaire. La victoire étriquée de ce dernier, obtenue plus d'un mois après le vote, au terme d'un -recomptage laborieux en Floride, n'avait cependant pas privé l'élu de sa légitimité de président.
Gilles Paris
© Le Monde
