- Marine Le Pen a voté dimanche matin dans le bureau numéro 12 d’Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, accompagnée du maire (FN) de la ville, Steeve Briois, et de son directeur de campagne, David Rachline.
Présidentielle française iront au second tour : au coud-à-coude, Macron 23%, Marine Le Pen 22%
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- Publié le dimanche 23 avril 2017 16:26
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
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A Nantes, les partis à la peine
Pierre-Yves Bulteau à Nantes.
« A l’abordage ! » Dix lettres, une ponctuation. De quoi recouvrir les onze candidats et leur affiche de campagne. Du boulevard Stalingrad jusqu’à l’entrée nord de la gare SNCF, chaque panneau présidentiel a méticuleusement été recouvert de cet appel, la nuit dernière. Plus réactifs que les autres, les militants d’Emmanuel Macron et de François Fillon ont réussi à rendre la trombine de leur champion présentable… Derrière ce coup d’éclat, une réelle posture politique. Celle de l’ingouvernabilité. Défendue par un collectif nantais, baptisé du même nom, cette philosophie est née au printemps 2016, lors des manifestations contre la loi Travail. Et a tenu sa première AG nationale, en janvier 2017. « Ma génération a pris la rue, a été expulsée et éborgnée, expliquait Pierre, en février dernier, à Mediapart. Nous aurions toutes les raisons de nous retirer. Et pourtant, l’enjeu de la reconquête sociale se pose aujourd’hui et va se poser de manière bien plus criante encore entre les deux tours de la présidentielle et au matin du 8 mai. »
Electeurs convaincus, curieux, indécis ou réfractaires, tous les jeunes rencontrés, ce dimanche dans quatre bureaux de vote nantais, partagent cet avis. « C’est ma deuxième présidentielle et je m’apprêtais à voter blanc, raconte Samuel, devant le bureau de vote Ledru-Rollin, à la périphérie sud de Nantes. Ce qui me dégoûtait ? Voter pour un parti. » C’est finalement le candidat de la France insoumise qui l’a convaincu. « Justement parce que j’ai choisi un programme et non Mélenchon. » Anaëlle aussi a glissé un bulletin FI dans l’urne. « Et avec plaisir ! », comme nous l’a expliqué, dès 9h, cette lycée de tout juste 18 ans. « J’ai bien tout lu, tout pesé. C’est fou le nombre de fois où je suis tombée sur des « Moi, je », « Je veux », « Mon parti propose »… Cette façon de présenter les choses m’a dégoûté. J’ai éliminé les partis, j’ai fait le choix du fond. »
A l’exact opposé de ces lotissements fait de résidences individuelles avec jardin intérieur, le quartier prioritaire du Preux-Crémetterie, au nord ouest de Nantes. Président du bureau de vote n°19, Baghdadi Zmoum a enfilé son plus beau costume-cravate. On sent la fierté. Le trentenaire répond, comme une évidence, par son adhésion au PS en 2012. « Mon engagement politique ne pouvait se faire sans prendre une carte dans un parti, affirme cet assistant-comptable « pro-Hamon ». Pourquoi le PS ? Parce qu’il incarne des valeurs fortes. Ce n’est pas un parti uniforme mais de débat. » Des convictions qui ont amené Baghdadi Zmoum à se présenter sur la liste socialiste lors des municipales de mars 2014. Résultat, ce dernier a été bombardé adjoint à la jeunesse et aux questions d’insertion à la Ville de Saint-Herblain.
« Une fierté oui », mais qui peine à mobiliser au-delà de ses proches. « Lors des tractages, l’accueil était plutôt bon, mais beaucoup m’ont dit vouloir voter Mélenchon pour éviter un duel droite dure/extrême-droite. » Ou simplement, « parce qu’en 2012, on a été trahis », lance Christophe en quittant l’isoloir du bureau 19.
Un photographe arrêté à Hénin-Beaumont
Jacob Khrist, photographe de l’agence Hans Lucas, y a été arrêté en même temps qu'un groupe de six Femen venues manifester leur opposition à proximité du bureau de vote.
L'agence a publié un message inquiet sur sa page Facebook : « Inadmissible ! En ce jour d'élection, le photographe professionnel Jacob Khrist a été violemment interpellé à Hénin-Beaumont alors qu'il était dans l'exercice de son métier. » Et se dit sans nouvelles : « Au commissariat de Lens (qui a coordonné l'action), c'est le black-out complet. Après plusieurs coups de fil, impossible d'en savoir plus sur son état. »
D’après notre consœur de Rue89, Nolwenn Le Blevennec, « Au commissariat de Lens, on confirme sa détention. "Il va bien, une enquête est en cours, on ne sait pas quand il sera relâché". »
À Pantin, affluence et valse avec Macron
En 2012, 71,38 % des électeurs de Pantin, en Seine-Saint-Denis, avaient voté pour François Hollande. Dans l'un des plus importants bureaux de vote abrité dans la bibliothèque Elsa-Triolet, la mobilisation est plus forte que d'habitude à 14h : 47,34 % des électeurs se sont déplacés. À la même heure il y a cinq ans ils étaient 44,91%. Le président du bureau de vote explique n'avoir « jamais vu une telle affluence ». À 14 h, le flux de votants semble s'être tari.
Une électrice dit à sa petite fille qu'elle pensait attendre plus longtemps. Patricia, une comptable de 40 ans, vote pour la première fois. Mauricienne d'origine, elle vient d'acquérir la nationalité française. Elle souhaite avoir un « bon président ». Pour elle, celui qui est le plus apte à endosser la fonction est Emmanuel Macron.
La quadragénaire considère qu'il « s'exprime bien et qu'il a un bon programme sur la fiscalité ».Elle pronostique une victoire finale de François Fillon. Une issue qui ne la dérangerait pas car « il ferait un beau président.», juge-t-elle. Quant aux affaires qui ont émaillé la campagne, elle n'en a cure car pour elle « tous les politiciens ne sont pas honnêtes ».
Loris, 18 ans, est du même avis. Ce lycéen a voté pour la première fois de sa vie. « À mon avis, tous les politiques font ça et prennent de l'argent. Il n'a pas eu de chance, il s'est fait griller. » Voilà pourquoi il a réservé son bulletin à Fillon. À vrai dire, le jeune homme ne s'y connaît pas trop en politique. Dans sa famille, personne n'en parle. De son propre aveu, il est plus intéressé par son ordinateur que la chose publique. Il a donné sa voix à François Fillon, un peu au hasard après avoir néanmoins suivi une campagne qu'il a trouvée particulièrement violente.
Karim, un éducateur spécialisé de 46 ans, a opté pour le vote de conviction, à savoir Jean-Luc Mélenchon. En 2012, il avait déjà fait ce choix. « Il défend mes idées et mes valeurs de partage et solidarité. Ne penser qu'à l'argent, c'est épuisant. Tous, même ceux qui se disent de gauche comme Macron font bénéficier de tous les avantages une élite. Pas lui. Et puis c'est la dernière chance pour éviter le FN au pouvoir. Dans cinq ans, Marine Le Pen passera, si personne ne fait rien. »
Il regrette par ailleurs les impasses de la campagne, comme sur le logement ou le handicap. Sur l'Europe, il est persuadé que si son candidat était élu, il infléchirait sa position et aurait aussi aimé que les candidats soient plus précis dans le chiffrage de leurs mesures. Pour le second tour, Karim n'a pas réfléchi à son choix. Il aimerait juste que les affaires « portent préjudice » à François Fillon.
Battre la campagne, 2017 en dessins
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Jean-Luc Mélenchon, la marche du tribun
Emmanuel Macron, libéral de gauche à droite
Benoît Hamon, de la surprise à la survie
François Fillon, une campagne, des affaires
Marine Le Pen, la dynamique du rejet
2017: d'autres voix au premier plan
Notre tchat avec les lecteurs
Retrouvez ci-dessous le tchat organisé vendredi avec les lecteurs :
Présidentielle: le tchat de la rédaction avec les lecteurs de Mediapart
Les principales informations à 15h30
Mediapart vous propose de suivre en direct cette journée de vote hors normes. Nos correspondants sont à Paris et région, Lille, Nantes, Toulouse, Marseille, Lyon. Ils notent une forte participation et d'innombrables atermoiements chez les électeurs de gauche…
À midi, le taux de participation était de 28,54 %, a annoncé le ministère de l’intérieur. Il était en très légère hausse par rapport à la même heure en 2012, où le taux était de 28,29 %. Le ministère de l'intérieur communiquera un nouveau taux de participation partiel à 17 heures. En 2007, élection qui a connu une forte participation, le taux était à la mi-journée de 31,21 %. Et en 2002, où l'abstention avait été très élevée, la participation à midi était de 21,4 %.
Ce soir, dès 19h, Mediapart organise une soirée électorale spéciale pour commenter les principaux résultats de ce scrutin.
Le programme complet est ici :
https://blogs.mediapart.fr/la-redaction-de-mediapart/blog/200417/ce-soir-des-19h-le-premier-tour-en-direct-de-mediapart" style="color:rgb(51, 51, 51)">https://blogs.mediapart.fr/la-redaction-de-mediapart/blog/200417/ce-soir-des-19h-le-premier-tour-en-direct-de-mediapart
Nos premiers invités à 19 h seront :
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Dimanche 19 h-20 h. L'abstention et la crise de la Ve République
Camille Peugny, sociologue, maître de conférences à l'université Paris-VIII, spécialiste des comportements électoraux et de l'abstention
Valérie Igounet, historienne, chercheuse au CNRS, spécialiste du Front national
Anne Jadot, maîtresse de conférences en sciences politiques, université de Lorraine, spécialiste de l'abstention.
Des bureaux vides dans les quartiers populaires de Toulouse
Emmanuel Riondé est à Toulouse
« Je pense que c'est l'élection la plus stressante que j'ai vécue... Trop de candidats, trop de trucs négatifs. » Mylène, secrétaire, a toujours voté à Empalot, où elle réside. Quartier populaire, à l'instar des cités du Mirail ou des Izards, Empalot abrite environ 6 000 habitants le long de la Garonne, à une portée de regard du stadium. À 13 heures, au bureau 72 du groupe scolaire André-Daste, au cœur de la cité, seulement 84 des 607 inscrits sont venus voter. « Il y a eu des barres démolies ces derniers temps et les habitants ont été relogés dans d'autres quartiers de la ville. C'est clair que tous ne viendront pas voter aujourd'hui », regrette le président du bureau. Au bureau 71, Jean-Michel, assesseur, confirme : « Il y a beaucoup de “poste restante” dans le quartier, des gens logés en foyer ou en accueil mais qui ont gardé leur adresse ici... »
Parmi les présents, l'ambiance est plutôt au désarroi. Nourredine, 41 ans, l'explique en partie par « la disparition du bénévolat » dans les quartiers. « Les bénévoles, ça permet la participation citoyenne dans les discours et dans l'action, ils ont été mis à l'écart parce que cela dérange », croit-il savoir. Pour lui, pas de risque Le Pen : «Les Français ne mettront jamais une femme présidente de la République. Regardez à l'Assemblée, combien il y en a... »
Fatima et Inès, mère et fille de 48 et 18 ans, vont voter Hamon. La première parce qu'elle est « socialiste de cœur ». La seconde « comme maman ». Pour elles, Mélenchon est « trop rouge ». Juppé, en revanche, qui ne s'est pas opposé au port du voile à l'université, plaisait bien à Fatima. Au second tour, il aurait pu faire l'affaire. Mylène, elle, ne donne pas le nom de son candidat mais prévient : « Ceux qui s'apprêtent à faire un vote sanction en choisissant l'extrême droite doivent comprendre que cela aura beaucoup de conséquences. »
Mathieu Martinière est à Lyon :
Dans les pentes de la Croix-Rousse, cette gauche qui hésite
Sous le soleil, le bureau de vote aménagé au cœur de la mairie du 1er arrondissement de Lyon ne désemplit pas. Dans ce bastion de la gauche radicale, en froid avec le maire socialiste Gérard Collomb, l’un des plus fidèles soutiens d’Emmanuel Macron, les bénévoles ont le sourire aux lèvres. « Il y a du monde. Ça se mobilise beaucoup depuis ce matin. On verra bien ce soir… », lâche Armand Creus, ancien conseiller régional Front de gauche et membre du mouvement Ensemble!, qui soutient Jean-Luc Mélenchon.
Assis devant la mairie, Quentin, 22 ans, et Capucine, 21 ans, étudiants en école de commerce à l’EM Lyon, sont divisés. À l’image des pentes de la Croix-Rousse, ce quartier alternatif historiquement à gauche. Le premier a voté Macron, la seconde, Mélenchon. « J’ai voté Mélenchon, mais j’ai hésité jusqu’à la semaine dernière », explique Capucine.
« Je n’ai jamais envisagé de voter Hamon car il est minoritaire et il est dans la continuité. Macron, il n’y a rien dans son projet de société qui me convienne. Mélenchon, c’est le seul candidat qui porte un message positif. C’est le seul qui parle de projet commun. C’est le seul qui porte des solutions par le haut. Mais on se jette un peu dans l’inconnu. »
Quelques marches plus bas, Mathieu, 33 ans, directeur d’hôtel, symbolise lui aussi cette gauche qui tergiverse. « Depuis un mois, j’hésite entre Mélenchon et Macron », confie le jeune homme, qui a finalement opté « par défaut » pour le candidat d’En Marche!. « On en discutait encore hier avec un ami. Je disais que j’allais voter Mélenchon. Les trois quarts de mes amis, qui habitent le quartier et font partie de l’électorat socialiste classique, étaient encore indécis cette semaine. Mais nous ne sommes plus dans la mouvance du parti. Je pense qu’ici le vote sera vraiment un tiers Mélenchon, un tiers Hamon, un tiers Macron. »
À la sortie du bureau de vote du Ier arrondissement de Lyon :
De nombreux électeurs français résidant à l’étranger se sont étonnés de ne pas voir d’affiches de Marine Le Pen devant leur bureau de vote. Que ce soit au Sénégal, en Corée, en Italie ou encore en Tunisie, de nombreux internautes ont remarqué que la candidate du FN était la seule à ne pas avoir ses affiches.
Selon l’AFP, la raison de cette absence est un oubli du parti d’extrême droite. Comme le confirme le consulat de New York sur Twitter :
Ludovic Lamant est à Bruxelles, où les électeurs français votent dans un hangar aménagé :
Pour les Français résidant à Bruxelles, le vote est centralisé dans un lieu unique : un hangar de Bruxelles Expo, à deux pas de l’Atomium, sur le plateau du Heysel.
Dans la quatrième circonscription des Français de l’étranger (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg), le député sortant est un socialiste, Philip Cordery. Mais il a appelé à voter Macron dès le premier tour.
Selon des chiffres communiqués par le consulat général de France en Belgique, 120 000 Français étaient inscrits dans le royaume en 2015. Beaucoup de Français résidant dans la capitale belge ne sont toutefois pas inscrits au consulat, et continuent de voter dans leur circonscription d'origine.
Nantes indécise, procuration dans le centre, mobilisation en périphérie
Pierre-Yves Bulteau à Nantes :
Samuel attend le retour de son amie, partie dans le secret de l’isoloir. Les mains dans les poches. On l’interroge sur le sens de son abstention. Il plante son regard noisette dans le vôtre et lâche simplement. « J’ai toujours voté par procuration. » Originaire de Bayonne, cet étudiant en M1 de biologie participe à sa deuxième présidentielle. « Contrairement à 2012, cette fois-ci, ce n’était pas clair. Je voulais voter blanc parce que beaucoup trop d’orientations programmatiques me hérissaient le poil. » Et puis, les discussions avec les potes à la fac, au téléphone avec la famille, lui ont fait changé d’avis. « Ce matin, j’espère », dit simplement Samuel. Comme lui, Jacqueline a modifié ses plans. « Hier, je me suis dit qu’il fallait y aller et que je ne serais sûrement pas la seule à penser comme ça. »
À 13 heures, ils étaient 47,19 % à avoir, comme cette retraitée, franchit le seuil du bureau de vote n° 3. Niché au cœur du quartier populaire Preux-Crémetterie, au nord-ouest de Nantes, ce groupe scolaire voit défiler des jeunes, des familles, des couples. Sans discontinuer. « On sait que dans nos quartiers prioritaires, quand les gens votent, ils le font plutôt le matin, explique Jean-Yves Crenn, le président de ce bureau de vote où sont inscrits 926 électeurs. Mais là, je dois reconnaître que ça n’arrête pas. » Dans la ville voisine de Saint-Herblain, le directeur de cabinet confire cette impression. « En 2012, à midi, on comptait 30,71 % de votants. Aujourd’hui, à la même heure, nous en sommes à 32,36 %. » Une mobilisation des quartiers populaires qui contraste, à l’heure où nous publions ces lignes, avec les chiffres des bureaux de vote du centre-ville.
D’après les derniers éléments communiqués par la Ville de Nantes, le taux de participation, à 11 heures, s’élevait à 19,77 %. Pour une moyenne départementale de 25,53 % à midi. Soit près de trois points de moins que la moyenne nationale. Au bureau 121, en plein quartier de la gare, 35,26 % des inscrits avaient fait le déplacement à 13 heures. Là encore, plus de deux points de recul par rapport à 2012, à la même heure. « Nous sommes un dimanche particulièrement ensoleillé, en fin de vacances, nuance Corinne, sa présidente. Cette année, nous avons également 97 procurations sur 967 inscrits, ce qui est assez exceptionnel, et tous leurs mandataires ne sont pas encore venus voter. » De mémoire, Corinne parie pourtant « sur une très forte mobilisation entre 18 heures et 20 heures. Ca va être le rush », imagine-t-elle.
Louise Fessard à Marseille :
Dans le riche 8e arrondissement de Marseille, ni l’affaire des emplois familiaux de François Fillon, ni celle de ses costumes n’ont découragé ses électeurs. Ici, on est de droite et on vote à droite, sans état d’âme. Vers midi, Martine Vassal, présidente LR des Bouches-du-Rhône et adjointe au maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, passe une tête à l’école Prado Plage. « Passez le bonjour à vos parents, nous avions passé le 14-Juillet sur leur bateau, c’était très sympa », lance un jeune couple à l’adjointe au maire de Marseille. Dans la cour de récréation inondée de soleil, les salutations pleuvent comme à un raout mondain. Ça parle petits-enfants, cousins et repas de Pâques. Pas politique, comme si le choix était une évidence.
« Ça a beaucoup perturbé nos électeurs, ces affaires, mais il y a aussi eu un ras-le-bol sur la fin de la campagne : “arrêtons de stigmatiser Fillon” », explique Martine Vassal. « Les gens ont regardé les autres programmes et ont bien vu qu’il était le seul à vouloir changer notre quotidien. » Polo rose et livre d’Alain Finkielkraut – La Défaite de la pensée – à la main, Yann, un conseiller financier, est venu de Londres, où il vit depuis quinze ans et possède « deux biens », avec sa fiancée Flavia pour préparer leur mariage à Marseille. « Finalement, la droite est balayée par les mises en examen : Sarkozy, Woerth, maintenant Fillon. Un de plus ou de moins… » Pro-européen convaincu, il a donc voté Fillon par procuration, sans aucune hésitation. Parce qu’il est de droite et à cause de l’« aspect pragmatique de son programme économique, des 500 000 suppressions de poste de fonctionnaires ».
Flavia, 33 ans, également, même si les casseroles du candidat LR, l’ont plus ébranlée. « Il s’est présenté comme le chevalier blanc, alors que c’est lui qui a le plus de casseroles, regrette la jeune femme, marketing manager à Londres. Mais la radicalité de son approche économique est nécessaire vu la situation catastrophique. » Elle est prête à voter Macron au second tour pour contrer Le Pen, mais la catastrophe absolue serait « Mélenchon-Le Pen ». « Je vote Le Pen car Mélenchon me terrorise », dit en riant la jeune femme sous son panama, sous les regards amusés de son fiancé et de sa mère, elle aussi pro-Fillon.
Bruno, 60 ans, n’a lui non plus d’états d’âme, si ce n’est pour parler à une journaliste de Mediapart. « L’histoire du Canard enchaîné n’a aucun impact, ce sont des pratiques ancestrales en France », dit ce directeur d’une entreprise commerciale liée aux bars PMU. « Fillon a fait ce que les autres font avec une allocation qui lui est allouée pour gérer comme il l’entend son mandat. » À ses côtés, sa compagne Marie, une blonde peroxydée de 65 ans, renchérit : « Ils ne vont pas vivre comme quelqu’un au RSA, ils ont besoin d’un peu de représentation, c’est normal qu’ils aient des avantages. » Quant aux costumes offerts par l’avocat Bourgi, protagoniste de la Françafrique, « c’est normal, n’importe quelle star on lui file des costumes ».
Une pochette à la main et en baskets à talons, Hélène, 45 ans, dans l’immobilier, a également voté « à droite, toujours sur le même bord, par rapport à l’insécurité... ». « Aux attentats », ajoute sa petite-fille, en jogging rose. « Oui, j’ai des enfants, on a de la famille dans l’armée et la police, aujourd’hui des flics se font tuer à bout portant dans le quartier le plus doré de Paris et on sait qu’ils auront plus de moyens de travailler avec la droite ! », opine du chef Hélène. Elle cite aussi son activité « mise en difficulté par les charges sociales, les lois fiscales et tout ça ».
Au Mans, un électeur a expérimenté le vote électronique et fait, sur Twitter, un résumé de son expérience :
Faïza Zerouala est à Paris :
Devant le bureau n° 60-62 situé rue Tandou dans le XIXe arrondissement, les affiches électorales ont été revisitées. François Fillon a écopé d’un « rends l’argent », slogan officieux qui aura ponctué sa campagne parmi ses opposants. Un couple de quinquagénaires, Jean-Pierre et Isabelle, bras dessus, bras dessous sourient en révélant leurs votes. Ils ont « pour la première fois en dix ans » pu voter la même chose : Emmanuel Macron.
Le quartier a le cœur à gauche. En 2012, 67,64 % des suffrages sont allés à François Hollande au deuxième tour. Jean-Pierre se définit de droite. Mais pour celui qui travaille comme sa compagne dans l’informatique, il aurait été inconcevable de donner sa voix à « celui qui pique dans la caisse », François Fillon. Son vote Macron, il le justifie par sa peur « des extrêmes », à savoir Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.
« Macron est un bon compromis, c’est le moins pire. Ça fait une quinzaine de jours que je me suis décidé. » Sa compagne, elle, se définit plutôt à gauche. Elle a participé à la primaire de la gauche et a voté pour Manuel Valls. Elle a hésité « jusqu’à hier soir » entre Benoît Hamon et Emmanuel Macron, avant de se résoudre à soutenir ce dernier. « Les deux ne sont pas à la hauteur. Hamon manque de stature présidentielle. Macron ne propose pas vraiment d’analyses de fond mais peut rassembler le plus de voix. » Les deux trouvent que la campagne, « à cause des journalistes », n’a pas été intéressante car focalisée sur les affaires.
À la sortie du même bureau, André, 56 ans, artiste peintre, partage cette analyse. Ce sympathisant des Républicains a voté François Fillon, « qui a une vraie stature et représente bien la France. C’est un bel homme par rapport aux autres ». Les affaires révélées par la presse sont « sales ». Pour lui, son candidat n’est « pas un voleur ». Tout relève d’après lui de la calomnie journalistique. « Il est combattant, la preuve il a combattu la justice si on peut dire. Son programme est le meilleur, même si cette campagne a été un beau cirque. »
Sylvie, 46 ans, réalisatrice de documentaire, est venue voter par procuration pour une amie. Les deux ont choisi Jean-Luc Mélenchon. « Je suis plus proche des idées de Benoît Hamon, mais il a peu de chances de s’en sortir. J’aime son équipe, par exemple Christiane Taubira. J’ai d’ailleurs voté pour lui à la primaire de gauche. » La quadragénaire croise une connaissance, dépitée, qui lui dit : « J’ai voté pour le perdant ». Elle rit et dit « Il a donc voté Hamon… » Elle justifie son choix final par la tactique : « Mélenchon a plus de chances d’accéder au second tour. » La campagne l’a globalement amusée : « Ce fut un feuilleton plein de rebondissements. » Un instant, elle confie avoir été « intriguée » par Macron, mais n’a pas songé à réellement voter pour lui.
Eh oui, Mediapart, journal totalement indépendant, énerve les uns et les autres. Découvrez ces courtes vidéos, petit arrêt riant entre deux bureaux de vote. C'est ici :
https://www.youtube.com/playlist?list=PL0H7ONNEUnntWa99SQPtQMnsuFjvi_7dBhttps://www.youtube.com/playlist?list=PL0H7ONNEUnntWa99SQPtQMnsuFjvi_7dB
et un exemple :
A Lille-Lomme, on vote pour « le grand changement »
À Lille, notre correspondant Alexandre Lenoir.
Dominique, 61 ans, a patienté 20 minutes pour glisser son bulletin dans l'urne. Avant le repas du dimanche, elle est retournée à l'école George-Sand. Comme il y a cinq ans. Mais son vote, lui, a changé. « C'est carrément nouveau », sourit cette désormais ex-électrice socialiste, « il faut un grand changement. Plus rien ne fonctionne ». Son fils de 25 ans acquiesce, « trop de délinquance... et les médias n'en parlent jamais ». En 2012, Lomme avait créé la surprise. Les électeurs de ce quartier populaire avaient choisi Marine Le Pen à 21 %. Du jamais vu à Lille, où le FN n'avait recueilli « que » 13,4 % en 2012. Aujourd'hui, le mot « changement » revient en boucle dans la bouche des Lommois. Et on voit mal comment Marine Le Pen pourrait ne pas progresser. « Il y a ce fort sentiment de ne pas être entendu », glisse Laurence, la secrétaire du bureau de vote. Qui en 20 ans d'élections n'a jamais vu une participation aussi forte.
Pour le Washington Post, cette élection ne concerne pas que la France. Elle pourrait redessiner le visage de l'Europe. À lire ci-dessous :
French citizens vote in an uncertain race that could determine Europe’s future
Selon les chiffres de participation donnés à la mi-journée par le ministère de l'intérieur, les départements ayant le plus voté sont le Gers (38,46 %), la Corrèze (38,11 %) et le Cantal (36,34 %). Ceux qui ont le moins voté sont le Pas-de-Calais (23,35 %), le Val-de-Marne (21,21 %) et le Val-D'Oise (20,65 %). À Paris, le taux de participation s'élevait à 24,24 %.








