Macron nomme un gouvernement d’experts

Le nouveau gouvernement d’Edouard Philippe, annoncé mercredi, compte trente membres, respecte une parité stricte et laisse la part belle à la société civile.

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                        Le président Emmanuel Macron et son épouse Brigitte arrivent au palais de l’Elysée, le 21 juin. CHRISTOPHE PETIT-TESSON / REUTERS

Elysée, festival in et off. Dans la cour d’honneur de la présidence, la garde républicaine joue… Mission impossible. La chaleur est étouffante, en ce premier soir de l’été, alors que les invités du Château foulent joyeusement le gravier pour assister au spectacle donné pour la Fête de la musique.

A l’intérieur du palais, Emmanuel Macron, qui s’est offert auparavant un mini-bain de foule devant les caméras, avec son épouse et le président de la République de Colombie, Juan Manuel Santos, en visite officielle à Paris, peaufine le remaniement de son gouvernement.

Avec plus d’une heure et quart de retard sur l’horaire prévu, signe d’un accouchement délicat, le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, se poste enfin, à 19 h 18, devant les micros exceptionnellement installés côté jardin, sur le perron, avec vue sur la pelouse impeccablement tondue. Une première dans la scénographie de la Ve République. Et il dévoile le gouvernement Philippe II.

Initialement annoncé comme purement technique, ce remaniement a pris une tournure éminemment politique sous la pression des affaires. Le départ de quatre ministres emblématiques, mais sous le coup d’une procédure judiciaire – Richard Ferrand, un fidèle de la première heure, et trois ministres issus du MoDem (François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard) –, a compliqué la donne alors que l’exécutif a toujours assuré que le gouvernement « Philippe I » serait reconduit dans ses grandes lignes, à l’issue des élections législatives.

Une équipe anti-couacs

Le message envoyé mercredi soir par l’Elysée est clair : Emmanuel Macron veut la paix et être le seul maître à bord. Après avoir dû gérer l’ego de son ex-garde des sceaux, François Bayrou, et couper court au « soupçon » lié aux affaires, le président a choisi de former une seconde équipe qu’il espère anti-couacs. Avec une formule magique pour y parvenir : plus de poids lourds politiques aux manettes, avec leur liberté de parole parfois dangereuse et leur passé souvent risqué.

Alors que circulaient les noms de certaines figures historiques de la droite ou du Parti socialiste pressentis pour faire leur entrée au gouvernement, comme ceux de Jean-Pierre Raffarin ou de Bertrand Delanoë, M. Macron a préféré nommer des personnalités pour la plupart inconnues des Français, technocrates sans surface politique ou si faible, ou jeunes pousses venues de La République en marche, ambitieuses certes, mais totalement fidèles. Un bon moyen pour le chef de l’Etat d’être encore plus libre pour agir.

Les voix fortes au sein du gouvernement Philippe II se comptent désormais sur les doigts d’une main : Gérard Collomb à l’intérieur, Bruno Le Maire à Bercy, Jean-Yves Le Drian aux affaires étrangères et Nicolas Hulot à l’écologie, même si ces deux derniers se sont montrés très discrets depuis leurs prises de fonctions.

Pour les entourer à la table du conseil des ministres, débarquent cinq nouveaux ministres et cinq nouveaux secrétaires d’Etat (dont certains sans attributions clairement définies). Le gouvernement Philippe II compte ainsi en tout trente membres, contre vingt-trois dans l’équipe précédente, respecte la parité stricte (quinze hommes et quinze femmes) et promeut une majorité de personnalités – dix-sept – venues de la société civile.

« Un gouvernement qui rassemble », s’est félicité le premier ministre, mercredi soir sur TF1, signifiant ainsi que s’y côtoient des membres venus de la droite, de la gauche et du centre, marque de fabrique du macronisme.

Lire aussi :   Age, parité, expérience… explorez le gouvernement Philippe 2

« Un gouvernement qui rassemble »

Mais comme souvent, le diable se niche dans les détails. Côté MoDem, le parti centriste conserve bien des représentants. Mais la secrétaire d’Etat auprès de la ministre des armées, Geneviève Darrieussecq, maire de Mont-de-Marsan et députée des Landes, et Jacqueline Gourault, ministre auprès de M. Collomb place Beauvau, sénatrice du Loir-et-Cher et vice-présidente du MoDem, n’ont pas le même poids politique que le trio Bayrou-de Sarnez-Goulard.

Côté gauche, Emmanuel Macron a fait appel à Nicole Belloubet pour succéder à François Bayrou au ministère de la justice. Cette juriste, membre du Conseil constitutionnel, a été adjointe à la mairie de Toulouse entre 2008 et 2010 quand le socialiste Pierre Cohen dirigeait la ville. A la défense, Sylvie Goulard est remplacée par l’ex-secrétaire d’Etat au budget du gouvernement Jospin entre 2000 et 2002, Florence Parly, qui avait gagné depuis le monde de l’entreprise, chez Air France puis à la SNCF. Deux anciennes socialistes donc, mais qui ont pris leurs distances avec le PS et la politique depuis longtemps.

Faire travailler des experts

A droite, les « constructifs » du parti Les Républicains (LR), qui soutiennent la majorité, sont récompensés, mais sans excès. Sébastien Lecornu, proche de Bruno Le Maire et président du conseil départemental de l’Eure, est promu secrétaire d’Etat auprès de Nicolas Hulot, et Jean-Baptiste Lemoyne, premier parlementaire LR à avoir rallié M. Macron durant la présidentielle, devient secrétaire d’Etat auprès du ministre des affaires étrangères. Ancienne juppéiste, la directrice de l’ENA, Nathalie Loiseau, remplace Marielle de Sarnez aux affaires européennes.

Alors qu’ils avaient été relativement négligés dans le premier gouvernement Philippe, avec pour représentants Gérard Collomb, Richard Ferrand et Christophe Castaner, les fidèles du chef de l’Etat font une entrée remarquée dans le nouvel exécutif.

En confiant le portefeuille de l’agriculture au député de la Manche, Stéphane Travert, et deux secrétariats d’Etat à Julien Denormandie (auprès du ministre de la cohésion des territoires) et Benjamin Griveaux (auprès du ministre de l’économie), M. Macron s’offre une assurance tranquillité, tant ces « marcheurs » de la première heure sont dévoués corps et âme à leur « patron ».

En installant son porte-flingue préféré à Bercy, l’ex-candidat d’En marche ! envoie également le signal qu’il n’entend pas laisser Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, et Gérald Darmanin, le ministre de l’action et des comptes publics, tous deux anciens LR, transformer le paquebot des bords de Seine en citadelle inexpugnable de la droite. « Griveaux est d’une fidélité absolue à Macron, il lui doit tout et il lui rapportera tout », assure un bon connaisseur du nouveau député de Paris.

Pour Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut de sondages PollingVox, ce gouvernement « donne l’impression de l’excellence technique », qui serait privilégiée sur l’aspect politique. « Le président peut ainsi recouvrir le programme de ses réformes d’un langage technocratique », poursuit le spécialiste de l’opinion, qui voit dans cette nouvelle équipe « la volonté de puissance d’Emmanuel Macron », lequel ne souhaite plus « faire de compromis avec des personnalités politiques » mais faire travailler des experts qui lui doivent tout et qui n’ont « pas d’existence politique en dehors de lui ».

Bastien Bonnefous, Solenn de Royer et Cédric Pietralunga

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