Mission OIF, la montagne accouche d’une souris
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- Publié le samedi 2 juin 2012 03:03
- Écrit par Könömou
Depuis le 29 mai, une mission de l’organisation internationale de la francophonie séjourne à Conakry. Cette mission composée d’experts, est venue à la demande du Président Alpha Condé pour vérifier la fiabilité et la performance des matériels de la société sud-africaine Way Mark, recrutée par le gouvernement pour faire « la révision » du fichier électoral de 2010. Le 31 mai, ces experts ont invité la mouvance présidentielle, le Centre et l’Opposition pour participer à cette vérification. Mais voilà, la montagne a accouché d’une souris. Puisque la conclusion de cette mission ne sera pas connue maintenant. Le chef de la mission, Hugo Sadda a manié la langue de bois devant les journalistes. La mission n’a même pas fait une conférence de presse pour au moins faire le bilan de ces deux jours de démonstration et de concertation avec Way Mark et la classe politique. Ce vendredi 1er juin, le chef de file de l’Opposition guinéenne, Cellou Dalein Diallo, président de l’Ufdg, a quitté Conakry pour Dakar. Mais avant de prendre son avion, il a rappelé les faiblesses de la CENI.
« La CENI nous a dit que l’ensemble des données alphanumériques et biométriques étaient transférées sur les kits de Way Mark. Cette CENI nous a fixé deux dates pour l’organisation des élections, donc elle a mis à nu ses faiblesses, son incompétence. Dans la loi 013 qui crée cette CENI, il est dit clairement que les commissaires de la CENI sont choisis en fonction de trois critères : la probité, la compétence et la bonne moralité. Il se trouve qu’aujourd’hui avec l’expérience qu’on a eue, cette CENI-là ne peut plus remplir ces critères. Au-delà de tout cela, il y a une question de confiance, si on veut aller à des élections apaisées, il vaut mieux qu’on recompose la CENI. On va demander au RPG de désigner dix membres, à l’Opposition dix membres, à la société civile trois membres et à l’administration deux membres. Ainsi, nous sommes tous rassurés et on peut faire confiance. D’abord nous avons établi un fait. Le système Way Mark n’était pas paramétré pour faire de la révision mais plutôt pour faire le recensement. Cela a été mis en évidence pendant cet exercice. On a dit que l’OIF va rédiger des termes de référence auxquelles va essayer de satisfaire Way Mark pour s’assurer que la sécurité y est, que les appareils sont paramétrés pour faire une révision. Parce que l’article 19 du code électoral dit qu’il s’agit d’une révision. Cela a mis en nu les faiblesses du système grâce au rapport d’audit du fichier et grâce au débat ; ainsi on a pu quand même établir la vérité.
C’est une avancée puisqu’avant, le président de la CENI nous disait, non, les appareils sont performants, mais on a vu qu’ils comportaient encore beaucoup de faiblesses. L’OIF va exiger un cahier de charge. Il y aura une mission de vérification par des experts indépendants. C’est après ça qu’on va s’asseoir encore et décider de la validation ou pas des matériels Way Mark ».
Si Way Mark remplit ces conditions, est-ce que l’Opposition sera prête à aller aux élections ? Le président de l’Ufdg précise :
« Si la CENI est recomposée parce que quelle que soit la qualité des matériels, quels que soient les garanties que nous donne le fournisseur, quelles que soient les assurances que pourraient nous donner des auditeurs indépendants, si la gestion de ces machines relève de la compétence de la CENI comme c’est le cas actuellement, nous n’accepterons pas. ».
Les débats se sont poursuivis jusqu’à 17h GMT. A la sortie, la position de chaque camp n’a pas changé. Saloum Cissé, secrétaire général du Rpg-Arc-en-ciel, a ajouté :
« Ce qu’on peut essentiellement retenir, c’est les aspects techniques en amont et en aval. Cela nous a permis de voir ce qui est vraiment critiquable et ce qu’on peut améliorer. C’est un aspect important. Le deuxième point, c’est la CENI. Le Centre, la mouvance et l’Opposition ont exposé leurs problèmes. C’est aux experts de voir quelles sont les conclusions auxquelles ils peuvent vraiment aboutir. Le développement a été fait dans tous les sens, à partir de ces différents développements, le collège des experts va nous faire des propositions ».
Un échec, cette rencontre ?
Il répond :
« Ce n’est pas de tout un échec. Le pays est régi par des lois, nous voulons fouler les lois au pied, s’en tenir au consensus ou respecter les lois et améliorer le cadre d’application de ces lois. C’est un problème de choix. Ou on respecte la loi ou on ne l’a respecte pas. Si on l’a respecte, nous maintenons la CENI et nous améliorons le cadre de travail de la CENI ».
Aboubacar Sylla, président de l’Ufc et porte-parole du Collectif et de l’ADP, ajoute :
« Il y a eu des débats très ouverts et très sérieux concernant la restructuration de la CENI. Nous à l’ADP au Collectif, on se félicite d’avoir insisté pour que l’ordre du jour de cet atelier soit modifié. Car comme vous le savez, au départ, l’ordre du jour ne concernait que les questions techniques, notamment la fiabilité et la performance des matériels de Way Mark. Nous avons exigé que ces questions techniques soient examinées, qu’on inscrive à l’ordre du jour de cet atelier l’examen des questions institutionnelles, des questions d’ordre juridique et politique qui concernent notamment la CENI et ses démembrements. Nous avons eu gain de cause, les débats ont été très ouverts. Nous avons fait valoir les positions qui ont toujours été les nôtres, à savoir que la CENI actuelle dans sa composition viole les dispositions de la loi qui l’a créée et qui règle son fonctionnement notamment la loi 013. Nous avons fait la démonstration que pour que la CENI garde sa neutralité et son impartialité, il est indispensable que la parité au sein de la CENI soit rétablie. Je crois que l’échange a permis aux uns et aux autres de comprendre les nécessités de procéder à cette restructuration. La balle aujourd’hui est dans le camp des autorités, nous nous sommes contenté de faire des débats, de présenter nos différentes positions avec les argumentaires qui les accompagnent. Toute la question est de savoir si le compte rendu qui va en être fait au Président de la République par son envoyé à cet atelier, en l’occurrence son chef de cabinet, porte-parole de la Présidence, si le compte rendu sera suffisamment convainquant pour prendre des décisions qui s’imposent. Sinon malheureusement, on reviendra encore à la case de départ. On serait comme au lendemain du dialogue politique inclusif qui s’est déroulé au Palais du peuple pendant deux mois ».
Könömou
