Sidya Touré rectifie Alpha Condé: "Ebola n’est pas une opportunité, c’est un drame"
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- Publié le samedi 22 novembre 2014 20:15
- Écrit par Cellcom UFR
Après 4 années d’échec de la campagne agricole du régime Alpha Condé par le manque de politique agricole fiable, le président de l’UFR, Sidya Touré, est intervenu ce vendredi 21 novembre 2014 dans l’émission les" Grande Gueules" pour partager son expérience avec les Guinéens. Planteur depuis plus de 30 ans, Sidya Touré a évoqué les problèmes principaux qui minent le secteur agricole guinéen, jusqu’à présent incapable d’assurer une autosuffisance alimentaire, alors que le pays compte 6 millions d'ha de terre arable.
« Aujourd’hui, j’interviens en tant que planteur. En premier, vous ne pouvez pas en trois ans avoir trois Ministres de l’Agriculture, ce n’est pas possible, vous ne pouvez pas développer une politique agricole avec ça. La deuxième chose, (que) je voudrais vous dire (est) que quand vous commencez à parler de production agricole, de grâce, il faut donner les quantités. C’est comme ça qu’on saura de quoi on parle. Quand vous dites, il y a du Café, il y a du cacao, mais combien de tonnages avez-vous produits, ça représente quoi concrètement ?
Nous avons relancé la production du Coton ici en 1996. On est passé de 6000 tonnes à 40.000 tonnes entre 1997 et 1998, aujourd’hui, on est à 400 tonnes. L’anacardier on voulait faire 100 mille ha, mais c’est facile de le faire à condition qu’on mette des gens pour faire cela, suivre les paysans, leur indiquer comment faire le choix des semences, comment faire le choix des engrais, quelles sont les structures, et à quel moment on va récolter cela.
Au jour d’aujourd’hui, il y a des productions individuelles comme la mienne, de l’anacardier, mais il n’y a aucune structure d’Etat qui permette de concentrer ce ramassage et de dire voilà les unités que nous allons exporter, voilà ce que nous allons faire pour que l’année prochaine soit meilleure. Les grands agriculteurs, ce ne sont pas des gens qui ont été à l’école. Mais si vous faites en sorte que la première année, ils perdent de l’argent, l’année prochaine ils ne reprendront pas. Il y a vraiment un problème de politique agricole à mettre en place, à suivre, à persévérer et à trouver des solutions pour que ça représente la réalité du développement.
(En) Côte d’Ivoire actuellement, le Cacao c’est 1.700.000 t par an. Pour cela, on distribue, près de trois milliards de dollars aux paysans (sans compter la production du coton, du café, de l’ananas, de l’hévéa, de l’huile de (palme,…ndlr). Quand vous donnez le sac, on vous paie 1,600 dollars US le kilo, imaginez quand vous produisez une tonne, ça fait du développement. Mais de grâce parlons des quantités, parlons des régions, parlons de comment il faut produire et non pas de dire, c’est un potentiel.
La plantation de Sidya Touré. (Pour la même dimension, l’ivoirien gagne plus)
Justement, il n’y a pas de suivi. Quand moi j’ai des problèmes dans ma plantation de palmier ou de cocotiers, je suis obligé d’envoyer quelqu’un en Côte d’Ivoire, au centre avec les échantillons de feuilles de palmiers et de cocotiers demander comment il faut les soigner. Je n’ai personne sur le terrain. Le représentant de l’agriculture dans ma région, n’a jamais mis les pieds dans ma plantation sauf à l’arrivée du Ministre là (actuel ministre de l’agriculture ndlr). Il y a un problème à ce niveau parce que l’Etat doit suivre.
Quand nous avons décidé de devenir premier producteur de cacao au moment où j’étais dans l’administration Ivoirienne, et de dépasser le Ghana, le gouvernement a décidé que quiconque défricherait un champ de cacao, il recevra l’équivalent de 200 dollars. On te donnait les semences, on te faisait le suivi et te laissait les 3 et 4 années nécessaires pour que la plantation rentre en production afin que tu commences à rembourser. Donc, c’est tout une politique, ce ne pas des actes spontanés.
Le leadership au département de l’Agriculture
Le problème de leadership, il y en a partout en Guinée, à commencer par la Présidence de la République. C’est le problème de fond. Parce que tout cela est lié au problème d’hommes. Mais quand vous avez un Ministre qui a un tant soit peu une possibilité de percevoir, mais il faut recruter les gens pour faire ce travail. La grande question, c’est de savoir est ce que vous allez faire le suivi ? Quand vous plantez du café, du cacao, du palmier, vous n’allez pas récolter cela le lendemain. Là vous allez attendre 3 ans, 4 ans avant que cela rentre en production.
J’avais fait à l’époque une politique de développements agricoles 1 et 2 qui est toujours là-bas, mais le problème des ressources humaines est un problème fondamental. Ce que je voudrais dire à nos compatriotes, c’est que notre développement passe par l’agriculture.
La commission agriculture à l’Assemblée Nationale
Ce n’est pas comme cela qu’on prend la tête de la présidence des commissions. La mouvance prend la présidence des commissions et puis on vous donne celles dont elle ne veut pas. Sinon, ce n’est pas un manque de volonté, je ne demanderais pas mieux. Parce que ça, c’est quelque chose qui m’intéresse profondément et dans lequel, j’ai envie de m’impliquer mais malheureusement les répartitions se font au niveau du parti majoritaire.
Impact d’Ebola sur les récoltes
Ebola n’est pas une opportunité (allusion aux propos d’Alpha Condé, ndlr). Ebola, c’est un drame. Nous sommes dans une situation, quand vous prenez par exemple les paysans du Fouta (Moyenne Guinée, ndlr), ils écoulaient par exemple plus de 30.000 tonnes de leurs pommes-de-terre au Sénégal. Aujourd’hui, ce n’est pas vendu. Alors raconter qu’on va faire des chiffres, ce n’est vraiment pas responsable. En réalité, ces pommes pourrissent. On les met sur le marché local, on en achète un peu, mais nous n’avons pas de pouvoir d’achat, le reste on le vend à l’extérieur. Les Guinéens doivent comprendre que c’est quand vous vendez à l’extérieur, que vous prenez l’argent des autres et le ramenez chez vous, que vous vous enrichissez. Ce n’est pas en baissant les prix de ces produits, cela fait plutôt en sorte que le paysan qui cultive la pomme de terre s’appauvrit. Si cela est fait, mais l’an prochain, il ne cultive plus de pomme de terre parce que ça ne lui sert à rien.
Ebola, n’est pas une opportunité, c’est un drame. Au sortir de là, nous allons payer énormément pour retrouver notre position d’antan qui n’était déjà pas bonne. Nous avons perdu de la main d’œuvre, surtout nous avons découragé beaucoup de gens. Pendant cette période là, on a consacré nos ressources à cette affaire. Au niveau des ressources humaines, tout le monde s’est tourné vers cela, les gens ont quitté les zones de production. Il y en a qui se sont expatriés. Il y a beaucoup de problèmes qui sont inhérents à cette maladie qui vont, à mon sens, ralentir la croissance économique de notre pays. Ce n’est pas une opportunité en aucune manière.
Cellcom UFR
