Le Tolypeutes tricinctus, mieux connu comme tatou à trois bandes, est un petit animal de la Caatinga, un mélange de forêt et de brousse qui s’étend sur près de 800 000 km2 dans le Nordeste brésilien. Il a été choisi en septembre 2012 pour devenir la treizième mascotte du Mondial, une tradition initiée en 1966 en Angleterre. Le choix semblait parfait : tout d’abord, le tatou est un animal qui incarne le Brésil, seul pays de la planète où on peut le trouver. Ensuite, comme son nom brésilien l’indique – « tatu-bola » –, il se roule en boule pour se protéger d’éventuels prédateurs, rappelant le ballon rond des stades.
Enfin, c’est une espèce menacée d’extinction, classée dans la liste rouge des espèces menacées par l’Union internationale pour la conservation de la nature. Cet élément a permis à la Fédération internationale de Football (Fifa) d’apposer un label « écologiquement correct » à un Mondial chahuté depuis des années. En 2012, son secrétaire général, le Français Jérôme Valcke, a clairement mis en avant cet argument : « Le fait que le tatou à trois bandes soit une espèce vulnérable est particulièrement adapté. Un de nos principaux objectifs est d'utiliser la coupe du monde 2014 comme une plateforme pour communiquer l'importance de l'environnement et de l'écologie. » Même son nom, Fuleco, est une contraction de « futebol », football, et « ecologia », écologie.
Le Mondial entame sa troisième semaine et dans les réseaux sociaux, les Brésiliens se demandent : où est passé Fuleco ? Très présente dans les magasins de jouets, la mascotte a été escamotée des événements de la Fifa, n’apparaissant ni au début, ni à la fin des retransmissions télévisées. Coïncidence ou non, tout le discours sur la préservation du petit animal de moins de 50 centimètres s’est également volatilisé.
Au sein de l’Association Caatinga, l’ONG qui a proposé le tatou à trois bandes comme symbole du Mondial, l’amertume est grande. « Quand la Fifa a choisi Fuleco, nous y avons vu la chance de nous battre vraiment contre l’extinction de cet animal de nos régions, une sensation renforcée par le discours sur l’écologie de ses dirigeants », explique Rodrigo Castro, son coordinateur général. Mais seize mois de pourparlers plus tard, les projets de préservation n’ont toujours reçu aucune aide.
Avec le soutien d’autres ONG internationales, l’Association Caatinga a mis sur pied un programme sur dix ans, pour un budget total de 7,2 millions d’euros. L’objectif : en savoir plus sur les lieux où le tatou à trois bandes survit – il est surtout présent dans les États de Piaui, Bahia, Rio Grande do Norte, Ceara et Pernambuco –, protéger l’espèce des chasseurs, et surtout, tenter de préserver son habitat naturel, la caatinga, qui a déjà perdu la moitié de sa couverture végétale originale, à cause de l’urbanisation et de l’agriculture.
« Nous avons suggéré à la Fifa de verser 1 million d’euros, soit environ 15 % de ce que coûterait cette opération », explique Rodrigo Castro. En réponse, il assure que l’organisation a offert 96 000 euros, prétextant qu’elle manquait de moyen, concentrant ses capitaux sur la neutralisation des émissions de carbone provoquées par la compétition. « Nous préférons décliner, c’est une proposition indigne, car eux ne se privent pas de tirer un gros profit commercial sur le dos de la mascotte, c’est très frustrant », martèle le coordinateur.
« Il ne s’agit pas de puiser dans leur trésorerie, mais ils auraient pu au moins réserver un dollar par peluche vendue, plus d’un million ont été fabriquées en Chine, qu’est-ce que cela leur coûtait ? » s’emporte-t-il. Il rappelle que les militants de l’environnement espéraient au moins que l’institution utilise sa formidable machine de communication pour expliquer, notamment aux enfants, que Fuleco n’est pas seulement une mascotte, mais le représentant d’une espèce menacée de disparition.
Dans un communiqué diffusé à l’AFP, la Fifa rétorque que « le choix de Fuleco comme mascotte a aidé à augmenter la prise de conscience au Brésil sur le tatou à trois bandes et sur sa classification d'espèce vulnérable », ajoutant que la mascotte « ne sert pas à diffuser des messages spécifiques ». De fait, le gouvernement fédéral brésilien a inclus le mammifère dans une liste prioritaire au mois de mai, et mis sur pied un plan de préservation. « C’est toujours ça de pris, mais dans quelques décennies, on se souviendra des buts de cette Coupe, et peut-être même de Fuleco, mais il n’y aura peut-être plus du tout de tatous à trois bandes », se désole Rodrigo Castro qui espère toujours un changement de La posture de la Fifa avant la fin du tournoi.
Médiapart
