Koumathio et le Musée du Foutah
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- Publié le mercredi 21 mars 2012 13:12
- Écrit par Asmaou Barry
NRGuin.com: Comment l’idée de créer le musée de Foutah vous est venue?
Koumanthio: L’idée de créer le musée de Foutah nous est venue à partir de certains constats. D’abord nous nous sommes rendue compte que les jeunes s’éloignent de plus en plus de leur culture et il n y avait pas une maison de la culture qui permettrait aux jeunes de se ressourcer. On s’est dit qu’il faut absolument que les jeunes qui sont appelés à s’ouvrir aux autres jeunes du monde, puissent retrouver les éléments de leur culture qui allait certainement les aider à garder par dévers eux ces éléments avant de s’ouvrir aux autres cultures. Donc pour cela nous avons dit qu’il faut une maison qui va se charger d’être ou de permettre la construction de la mémoire pour permettre à ces jeunes de se ressourcer d’être imbibés de leur propre culture. L’autre constat est que nous nous sommes rendus compte que la région de Foutah n’avait pas de musée or c’est une grande région qui a sa culture, son histoire, qui a ses problèmes de conservation de son patrimoine. Donc là aussi on s’est dit qu’il faut une maison qui va garder la mémoire, qui va aider à collecter, et à conserver le patrimoine local. C’est autant de raisons qui nous ont poussés à mettre en place ce musée.
Tout récemment vous aviez amené les pièces du musé à Conakry, pourquoi ce déplacement du Conakry? Et quels objectifs visez-vous?
Il faut dire que le déplacement du musée vers Conakry a été souhaité par beaucoup de personnes ; nous savons tous que Conakry regorge de ressortissants de cette région du Foutah Djallon, des curieux, des hommes de culture qui sont au-dessus de la mêlée, c’est à dire qui pensent tout simplement à la promotion de la culture en Guinée. Il y a des gens qui sont à Conakry qui ne connaissaient pas le musée, qui entendaient parler du musée, qui avaient une envie folle de voir le musée mais qui n’avaient pas jusque là pu aller le voir. Donc amener le musée aux portes de Kaloum c’était donc un rêve pour tous ceux-ci. Nous avons réalisé cela avec le concours du Centre culturel franco-guinéen, parce que l’exposition c’est le CCFG qui l’a organisée qui s’est déployé, qui s’est décarcassé pour tenir cette exposition et ils l’ont tenue et ils l’ont réussie.
Ensuite c’est parce qu’il faut le faire sortir, le rendre mobile pour que ceux que je viens de citer et d’autres qui étaient de passage en Guinée, qui sont des touristes endurcis, qui font toutes les régions, qu’eux tous ils puissent voir le musée et apprécier et comprendre ce que le musée est en train de faire. Voilà pourquoi nous avons déplacé l’exposition du musée pour la capitale.
Comment faites-vous pour avoir les objets du musée ? Avez vous gardé des relations avec les détenteurs de ces objets ?
Il y a une confiance absolue entre les détenteurs des objets et le musée. Ces détenteurs sont simplement les communautés de la région du Foutah Djallon. Je dois vous dire que tout a commencé par une série de sensibilisation parfois même avec la radio rurale de Labé ou alors à travers les grandes familles, les responsables de ces communautés-là ou des ressortissants de ces villages qui résident à Labé et ailleurs. Ces sensibilisations ont été appréciables parce qu’ au-delà des petites frontières entre les villages périphériques de Labé c’est toute la communauté qui a compris mais aussi toute la Guinée, parce qu’il y a des pièces qui nous sont venues de N’Zérékoré, amenées par des gens dont les familles étaient alliées à la région du Fouta qui ont réagi à notre appel et nous ont fait parvenir des pièces depuis la Haute Guinée même. Une fois que les communautés ont commencé à passer à la radio, les gens ont déferlé pour nous inviter à aller de plus en profondeur dans ces communauté-là pour pouvoir mieux expliquer et convaincre, parce que c’est ça aussi. Si quelqu’un détient une pièce, si vous n’arrivez pas à convaincre ces personnes pour lui retirer cette pièce, l’amener vivre sa seconde vie dans un musée, vous n’aurez tout simplement pas la pièce. Et l’on ne peut pas forcer les gens, il faut passer par une sensibilisation dont l’essentiel c’est de leur dire que nous sommes en train de mettre en place une maison qui va se charger de conserver notre patrimoine, notre mémoire, mais une maison qui sera la maison de tous, nous tous : la maison pour tous, parce que c’est une maison qui va ouvrir ses portes à tout le monde. C’est comme ça que nous avons fait et heureusement nous avons été entendus et beaucoup ont réagi. Nous connaissons des grandes familles qui aujourd’hui regrettent, ils veulent venir au musée pour nous donner des pièces, mais qui n’ont rien par dévers eux aujourd’hui. Il y en a qui ont tout détruit et c’est l’occasion d’ailleurs de lancer un appel à tout le monde pour qu’on cesse de détruire le patrimoine familial. Il y a des gens dès qu’ils ont de l’argent, ils rentrent au village, ils veulent tout raser même les arbres que les parents avaient plantés, même les orangers sous lesquels les parents aimaient se mettre pour lire le coran. Ils rasent tout au profit des bâtiments, parfois des maisons à trois étages dans des campagnes qui n’en ont pas tellement besoin. C’est très dommage. Nous avons vu comme ça des petites cases qui renfermaient des trésors du patrimoine culturel de nos familles passer comme ça sous les pelles avec le ciment des nantis. Mais moi je me dis certes, on doit construire, mais laissez s’il vous plaît ces cases qui renferment notre patrimoine et entretenez-les et sauvez ce qu’il y a dedans parce que souvent ce qu’il y a dedans c’est un trésor inestimable, donc ne les détruisez pas pardon, à coup de pioches et de pelles.
Quelles sont vos relations avec le musée national et le ministère de la culture ?
Oui évidemment le ministère de la culture c’est le ministère de tutelle. Nous avons des rapports sérieux avec eux parce que le musée national est une institution qui coiffe tous les musées en Guinée et j’avoue que les responsables de cette institution jouent leur rôle et ils connaissent leur mission. Un exemple. Dès la naissance du musée de Fouta, pour l’inauguration, le musée national nous a dépêché des techniciens qui ont pris l’équipe du muée pendant trois semaines, pour des formations en matière d’exposition, comment poser les cartels, disposer les pièces, comment ranger les pièces et comment les étiqueter. Tout ça on a l’a appris grâce à cette collaboration avec le musée national et le musée du Fouta. Nous avons aussi toujours été appuyés par le ministère en charge de la culture qui de son côté aussi a cherché à encourager la jeune équipe du musée ; soit le ministre lui-même vient à nos rencontres soiou il envoie son adjoint. Ils nous ont jamais laissés seuls, ils ont toujours soutenu, défendu et vraiment je crois que ça été à l’origine de tout ce que vous voyez aujourd’hui. Tout le monde parle du musée de Fouta et de sa promotion mais c’est dû aussi en partie à ces autorités aussi bien du ministère en charge de la culture que du musée national qui ont voulu se donner la main pour permettre au jeune musée de grandir vite.
Avez-vous des partenaires?
Nous avons assez de partenaires aujourd’hui dans la mesure où signer des contrats de collaboration pour travailler ensemble c’est un partenariat, je commencerais par la direction préfectorale de l’éducation de Labé qui avait un éminent Directeur qui malheureusement vient d’être changé, M Camara le Floche qui est un grand homme de culture qui nous a aidés à travailler notre programme de bibliothèque mobile et qui a mis à notre disposition des animateurs pédagogiques qui appuient le musée dans le cadre des animations dans les écoles. Je rappelle que le musée travaille avec trente écoles dans lesquelles le musée a déposé des livres, ce qui a suscité la mise en place d’un comité de lecture. C’est évidemment une idée du musée, mais dans le développement, il a fallu un partenariat entre le musée et la direction de l’éducation. Le centre culturel franco guinéen aussi est entrain de rédiger un partenariat avec le musée pour permettre au musée d’être beaucoup plus connu et pour permettre également au CCFG de décentraliser ses activités vers l’intérieur du pays. Et d’ailleurs c’est ça que le Centre culturel a décidé, que le musée le représente c’est-à-dire que désormais le Centre culturel va vivre à travers le programme que nous allons établir en partenariat, vivre à l’intérieur du pays en tout cas au Fouta. J’espère que nous allons être les dignes représentants du Centre culturel à Labé.
Nous avons aussi d’autres partenaires comme l’Ecole du patrimoine africain qui nous a formés, qui a aussi formé le conservateur actuel du musée qui est Ousmane Tounkara et qui de temps en temps nous envoie des dossiers à étudier et cette Ecole nous permet également d’être plus performant, de passer à un renforcement de capacité des membres de l’équipe du musée.
Vous vivez de votre musée où vous le faites vivre, et comment ?
Pour le moment nous faisons vivre le musée, parce que le musée bien que nous ayons pris sur nous de développer de petites activités génératrices de revenu, il ne nous fait pas encore vivre, ce que nous tirons de ces activités, c’est pour permettre au musée de fonctionner. Nous avons besoin de maintenir le conservateur, de l’équipe d’entretien, le personnel domestique, l’administration. Tout ce que nous faisons c’est pour faire exister le musée, il nous fera certainement vivre certainement dans un avenir très proche, mais pour le moment c’est nous qui le faisons vivre.
Quelles sont vos impressions sur cette première expérience à Conakry ?
D’abord nous pensons que notre mission qui consiste à collecter, à préserver, à promouvoir le patrimoine, notre mission est bien comprise par les uns et les autres. Nous estimons que l’exposition au Centre culturel aura permis à la communauté de Fouta Djallon de se retrouver non autour de la politique, mas autour de sa propre culture. Nous regrettons que beaucoup de ressortissants n’aient pas pu visiter encore le musée, mais nous espérons que d’ici le 28 janvier ils se rattraperont et ils viendront voir. Pour beaucoup, c’est le musée de tel ou de tel mais c’est le musée du Fouta il n’y a pas un nom à coller à ce musée sauf le Fouta. Quand c’est comme ça, moi je me dis que ceux qui ont les moyens et qui disent on ne participe pas parce que le musée est dirigé par telle ou telle personne, ils ont tort. Moi je pense qu’au-delà des personnes qu’ils n’aimeraient pas peut être vues pour des raisons qu’eux seuls connaissent, il y a toute la région qui est là, donc je me dis dès qu’il s’agit de nos biens communs, il faut participer. Notre Guinée c’est notre bien commun, notre région et notre famille sont nos biens communs. Il faut se donner la main pour sauver ces biens communs. Je me dis aussi que l’argent qui rentre dans une institution pour sauver une valeur culturelle n’est pas de l’argent perdu, On ne doit pas se taper la poitrine pour dire que je suis tel quand tu piétines ce qui défend votre langue, votre façon de faire, votre culture. Il faut respecter des gens qui font ça, même si tu ne donnes rien, il ne faut pas créer le vide autour de soi c’est-à-dire que donner les moyens c’est une chose mais respecter ce qui se fait, la chose pour laquelle ce qui se fait se fait c’est autre chose. Je demande à tous de comprendre cela et de faire un signe pour dire à partir de maintenant je vais réagir et je dois tout faire pour soutenir le patrimoine afin qu’il ne disparaisse pas comme ça, afin que les jeunes se l’approprient et comprennent les enjeux de sa promotion.
L’exposition à Conakry aura permis d’abord à mon humble avis, que l’équipe du musée se rende compte de la dimension des problèmes liés à une exposition et que l’équipe arrive à se surpasser pour que si elle est appelée quelque part pour une autre exposition qu’on puise réaliser l’exposition sans trop de peine, et là nous avons réussi, on comprend mieux comment mener une exposition. Un autre intérêt est que beaucoup ont compris la mission du musée, ils ont admiré la beauté des pièces que nous avons exposées là, mais aussi la beauté de Foutah. N’oublions pas que le jour du vernissage il y avait eu la participation de beaucoup de personnes dont des femmes et des jeunes filles tressée à la manière traditionnelle qu’on appelle Djoubadhè (Cimier), cette coiffure est notre patrimoine aussi donc l’exposition aura permis de livrer beaucoup de secrets qui n’appartiennent qu’au Foutah.
Comptez-vous continuer cette exposition dans les autres régions de la Guinée ?
Bien sûr ça va continuer, nous avons eu des contacts au niveau de Kamsar pour que l’exposition continue sa route et qu’elle soit présentée à ces communautés. Nous disons que l’autre expérience de cette exposition est que nous devons aller vers d’autres communautés de la Guinée pour permettre à ces communautés de s’imprégner de la réalité culturelle de la région du Foutah et à la région du Foutah de prendre quelque chose de ces communautés-là. Cela entre dans le cadre l’intégration et de l’interprétation de l’échange mais aussi de faire revivre cette fraternité qu’avaient ces communautés pour vivre ensemble dans cette belle Guinée. D’ailleurs ça rentre dans le cadre de la reconfection du tissu social qui est déchiré. Parce qu’en Guinée nous savons tous que lorsqu’on rend visite à quelqu’un on lui doit respect et hospitalité et donc on va se servir de ces valeurs pour aller vers les autres avec le musée et demander à ce qu’il y ait la paix, la fraternité pour permettre à la Guinée de se sauver de tout ce que nous avons vu se créer depuis un certain temps par des hommes assoiffés de pouvoir. Je le dis encore que cette déchirure est due aux hommes politiques et non aux hommes de culture que nous somme.
Avec tout ce que vous faites pour le musée, avez-vous le temps de vous consacrer à la poésie ou à votre famille ?
Le musé c’est de la poésie c’est un peu la continuité de tout ce que nous avons commencé il y a des années, c’est pourquoi d’ailleurs je me retrouve tellement bien dedans. Une belle pièce bien rangée c’est comme une fleur, c’est aussi comme un poème. Il n’y a aucune contradition, il faut juste bien s’organiser pour permettre non seulement au musée d’exister mais aussi à la poésie de continuer son petit chemin. La famille y est impliquée donc elle n’est pas loin. Il n’y a pas à dire demain la famille et aujourd’hui le musée. Le musée et la famille sont devenus tellement amis et liés qu’il n y a pas de place pour une quelconque séparation.
La Guinée est une famille, qu’est ce que vous en pensez ?
La Guinée c’est un ensemble de beaucoup d’ethnies qui doivent cohabiter ensemble ; moi c’est ce que je dis, il n y a pas à dire qu’il faut oublier ton ethnie ou ta provenance, mais on doit faire en sorte que les ethnies vivent ensemble en paix dans la fraternité et que l’on se dise que nous devons tous contribuer à édifier la grande maison qui est la nation Guinéenne. Lorsque nous serons dans cette maison, nous oublierons le passé.
Interview réalisée par
Asmaou Barry
source : La Lance
