Ce Président de La Transe !

Émouvant !

Il est émouvant, le Président de la Transe,

Quand il parle de la France et qu’il parle à toute la France.

"Je vais vous protéger", lui promet-il avec déférence.

Et il est, parfois, épatant !

 

"Du Palais de l’Elysée, argumente-t-il,

Je suis, bien évidemment, le mieux placé

Pour veiller sur les Champs du même nom.

Car, le chantier que j’y ai ouvert est sans précédent.

Il est énorme comme jamais aucun autre dans le passé ne l’a été.

Il est historique, te dis-je, poursuit-il soudain familier !

 

Dans les jardins de tous les Palaces acquis par les vrais Arabes,

Des vraies tentes seront installées pour compléter leur confort.

Pas la tente du Bédouin massacré dans les conditions que tu sais.

Des cordons de sécurité pour te protéger de l’invasion par les hirondelles des Printemps arabes, j’en ferai ériger. Alors, authentiques émirs, actionnaires de vraies Banques,

Prêteurs sans intérêt, investiront dans tous les secteurs économiques vitaux

Pour attirer vers la France, entre autres, les meilleurs vrais footballeurs.

Ne seront pas moins retenus, parmi tous les vrais Français, les vrais entrepreneurs.

Qui sauront à leur tour réserver une place adéquate aux Fonds Souverains Chinois.

Alors, couleront à grands flots, ininterrompus, les précieuses liquidités.

Me soutient, pour cette raison, le plus illustre des anciens Présidents vivants,

Le vrai connaisseur des valeurs clinquantes que recèle une certaine Centrafrique. C’est dire !

 

Ma chère France, ils ironisent sur mon inculture alors que je suis ton Delacroix ressuscité.

Je ne peindrai pas pour autant une quelconque fresque de Paris.

J’y ferai plutôt construire ces Merveilles d’Asie et surtout d’Arabie

Qui éviteront que les Français s’égarent à l’avenir,

Au Proche, au Moyen ou en Extrême-Orient avec le grand risque

D’y être pris comme otages par des hordes de terroristes.

Je suis ton Chateaubriand des temps nouveaux, inspirateur bientôt d’un Orientalys’ land

Concurrençant à la loyale et de façon non faussée le Parc de Disneyland,

Réceptif bling bling qui ne s’est pas distingué à mon égard par une grande reconnaissance.

 

Aux Russes, aux anciens Russes Blancs, je dis bien : Blancs, c’est important !

Seront dévolues ta Côte Atlantique et ta Côte d’Azur.

Ils y seront rejoints par les nouveaux Russes riches !

Aussitôt, reviendra à la vraie Droite le bon vrai caviar

Préempté et nationalisé de longue date par la Fausse Gauche.

 

Qu’ils s’en aillent tous, où ils veulent aller, les militants des Partis staliniens,

Les chercheurs qui ne trouvent pas, les philosophes partisans,

Les élites bobos du Boulevard Saint-Germain, les "médiacrates", gauchistes invétérés

Et tous les corps intermédiaires... ces empêcheurs de tourner en rond.

Entre nous, ma chère France, il ne peut plus y avoir de place

Même pour la plus mince feuille de papier à musique !"

 

Il gesticule. Il gesticule encore, il gesticule toujours.

Il hausse les épaules : d’abord l’une

Puis l’autre. Puis les deux en même temps.

Il dodeline de la tête : un coup à gauche, un coup à droite.

Il se ravise qu’il vaudrait mieux faire mine de le donner,

Le coup de tête, à la Gauche à partir de l’extrémité la plus à Droite.

Il émet une plaisanterie qui l’amuse, lui, en premier.

N’y goûte qu’à retardement son auditoire pourtant trié sur le volet.

 

"Toutes les épaves de bateaux échoués sur nos Côtes,

Je les renflouerai, je les transformerai en résidences pour les vrais travailleurs sans papiers,

Pour les vrais ouvriers, choisis parmi les plus habiles dans le maniement du marteau-piqueur.

Et pour les éboueurs émérites sachant – avec quelle dextérité ! –

User des balais et autres karchers garantissant la propreté de nos villes-lumières.

À eux, tous, j’accorderai des autorisations de circuler

Des bateaux à la terre dans les bureaux, dans les entreprises et dans les rues,

À certaines heures bien précises de certains jours.

Juste aux moments de nous rendre des services.

Que dis-je ! De vous les rendre à vous, car, je le fais, moi de façon tout à fait désintéressée.

Je veillerai sur la sécurité des vraies femmes de ménage,

Sur celle de toutes les Françaises qui officieront dans les Palaces.

Je procurerai aux unes et aux autres des ceintures de chasteté,

N’ignorant pas ce qui sommeille sous les djellabas et autres turbans.

Sans me mêler de ce qui ne me regarde pas : le sort de leurs femmes sous les burqas !

Exterritorialité totale oblige, n’est-ce pas, pour les pourvoyeurs de fonds sur les Champs !

 

Il mouline des lèvres, les retrousse sur ses gencives.

Et voilà qu’il sourit et qu’il rit. Tout son visage n’est plus qu’un rictus.

Et, comme l’auditoire ne s’est pas aperçu qu’il lui faut sourire

Et rire, lui aussi, pour présenter bien devant les caméras embarquées,

Il succombe à la supplique : "Aidez-moi ! Aidez-moi !"

 

Quand il a fini de parler, il remercie l’Assemblée, la main droite à plat sur le cœur.

Qu’il est impressionnant le Président de La Transe !

Lui qui ne boirait que l’eau sauf pour plaire à un électeur,

Il sue à présent sang et eau, en abondance.

Les sons et les images dégoulinent, ruissellent.

Quand, devant la télé, il nous arrive d’être un peu facétieux comme un certain chanteur

En coupant le son, l’expression de son corps qu’il a donné à sa France est époustouflante.

Le ballet qu’il exécute est digne d’une chorégraphie des plus Grands Maîtres de Danse !

 

En vérité, Le Président qui entre en transes n’étonne plus.

Il ne surprend plus, Le Chanoine d’Honneur de Saint-Jean de Latran

Tant il a souvent fait montre de sa virtuosité dans l’Outrance !

Plus préoccupante, me semble-t-il, est la santé de son auditoire

Pour qui rien, le concernant, ne semble rédhibitoire.

Puissent venir vite à son secours, quant à lui, non pas les bons disciples de Freud et de Lacan

Mais les braves électeurs français qui sauront lui prescrire le long congé bien mérité.

 

Il gesticule, il gesticule encore et toujours avant d’implorer :

"Aidez-moi ! Aidez-moi !"

 

Il hausse les épaules : d’abord l’une

Puis l’autre. Puis les deux en même temps.

Il dodeline de la tête : un coup à gauche, un coup à droite.

Il se ravise une autre fois qu’il vaudrait mieux le donner,

Le coup de tête, à la Gauche à partir de l’extrémité la plus à Droite.

Il regarde ses mains ouvertes, une fois à gauche,

Une fois à droite où il s’attarde un petit peu plus.

Et il les fait trembler toutes les deux, au rythme des trémolos dans sa voix.

Et il les secoue et les secoue. Il les remue, il les ébranle

Comme pour arracher non pas avec les dents un quelconque pouvoir d’achat pour les Français Plutôt, avec les mains, grappiller les suffrages des électeurs.

Ceux des fans, devant lui, étant acquis d’avance,

Il vise les plus nombreux citoyens français, face à l’écran de leur télévision.

 

Il remercie l’Assistance, il la remercie encore, il la remercie toujours,

La main droite sur le cœur qu’il aurait sans doute préféré avoir à Droite

Pour pouvoir d’un geste faire deux coups. Le coup de celui qui aime

En même temps que l’acte de celui qui se frappe la poitrine

Afin d’exprimer cette France Forte qui lui serait si chère.

 

Émouvant, ce Président de la Transe !

Encore plus émouvants, cependant, sont certains de ses auditeurs

Dont on ne peut pas savoir s’ils sont charmés, stupéfiés, sidérés

Ou s’ils ont tout simplement mis en berne leur âme, leur conscience et leur intelligence

Au point de ne pas oser lui recommander

De ne pas secouer plus longtemps "l’Enfant-France", "la Femme-France", "l’Homme-France".

Lui qui, comme on le sait,

A déjà boxé avec violence "l’enfant-Afrique", "la Femme-Afrique", "l’Homme-Afrique".

 

Il gesticule encore, il gesticule toujours puis implore à nouveau :

"Aidez-moi ! Aidez-moi !"

Alors que continuent de s’entendre les échos de ses superlatifs préférés :

"Comme jamais ! Sans précédent ! C’est historique ! Sans précédent ! C’est historique !"

Il poursuit son meeting par : "C’est historique car, comme jamais, se joue mon Des... au temps pour moi, le Destin de toute la France !"

Et quand, à la longue, le Chef de l’équipe de tournage du Grand Cirque commande : "Coupez !", l’on est bien soulagé.

 

Puisse seulement Le Président de la Transe, le "One Penseur Show",

Président de la France, pour quelque temps encore,

Accepter de méditer – même debout comme il est si souvent, lui –, la certitude

Du sage africain, Tierno Muhammadu Samba Mombeya, mort en 1850

Et qui était conscient, lui, des limites de ses aptitudes :

"Je suis assis sur mon modeste savoir pour sonder l’épaisseur de mon ignorance !"

 

Cheick Oumar KANTÉ

Commentaires  

 
0 #1 Saïdou Bokoum 28-04-2012 12:21
Mon cher Cheick, "it's just fantastic !" Oui je préfère le dire dans lalangue (Lacan) de leur Molière, ces petits "jaloux" de la "perfide Albion" de l'autre côté de la Manche. Mon seul regret, c'est de ne pas maîtriser la sortie des photos : j'aurais voulu afficher "ton" pantin.. "gesticoulant" à pic (je l'espère)à côté de ton visage serein. Hélas, j'ai dû choisir de faire l'impasse sur lui, après tout, il est juste à côté, pris dans une posture de raideur, qui nous pompe l'air, "en attendant..Godo t" (Becket) ! Voilà qui m'amène à dire que ton texte démontre l'unité profonde entre la poésie, le théâtre (tu nous plantes notre Pinocchio en 3D), le cinéma..Tout de même, franchement la POESIE.. Bon je ne veux pas faire de jaloux,car je vois déjà un cetain C.O.K. qui a l'air de me regarder de travers..
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