Camp Boiro : l’horreur comme si vous y étiez
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- Publié le lundi 22 octobre 2012 21:28
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
M. Abass Bah, ancien pensionnaire du Camp Boiro debout sur l’emplacement de l’une des cellules dont les traces ont complètement disparu, a expliqué : « Ici on est à l’intérieur de la partie carcérale du Camp Boiro et c’était ici véritablement le Camp Boiro.
Là où je me trouve même, c’est la place d’une cellule. Et si je ne me trompe, on n’est pas loin de la cellule 27. Vous aviez le bureau où on déshabillait les prisonniers pour les conduire dans leurs cellules. Les gens étaient enfermés 24h sur 24. On avait un litre d’eau et une poignée de riz par jour qu’on nous servait à 17h.
Ce riz était arrosé d’eau blanche, chaude. Ce bloc était gardé par la Gendarmerie, la Garde républicaine et l’Armée. Chaque corps faisait son rapport qui était déposé au journal du Service des renseignements généraux et déposé au bureau du Président de la République le lendemain matin.
Chaque matin, il déjeunait avec ça. Il appelait aussi la nuit pour s’informer sur l’état des détenus. Quand on rentrait ici, on n’avait pas de nom ni de prénom. On avait un numéro et moi j’avais le 22. Ce numéro a cessé d’exister le jour de ma libération, le 11 janvier 1977. Quand on m’a appelé par mon nom, j’ai dit à tous mes amis que je n’allais pas dormir en prison ce jour-là. Le garde m’a dit que je n’ai pas le droit de dire ça, j’ai dit non.
Ismaël (frère de Sékou Touré) disait aux gens qu’il interrogeait à Conakry : Si tu ne reconnais pas, on t’augmente les galons et on t’envoie à Kindia. Ça veut dire que le type se rapprochait de la fosse commune plus que s’il était à Conakry. Et c’est de là qu’on sortait les gens pour les interroger, soit comme ils le disent, de la manière humaine ou de la manière forte.
C’est de là que sont partis les gens exécutés le 18 octobre 1971. Ce jour-là, on est venu la journée, on a ouvert toutes les cellules et on nous a regardés sans qu’on ne sache de quoi il s’agit. Ceux qui ont été indexés par le doigt ont été extirpés pour être mis dans des cellules particulières.
La nuit, ils sont venus avec des torches pour les attacher comme des sacs de riz et les jeter dans des camions. On a entendu les camions partir. Ces gens-là ont été certainement exécutés à Nongo, c’est très probable. À Kindia, ça s’est passé de la même façon, à Kankan aussi. Et cela, parce que Sékou rêvait de mourir après Houphouët.
Ses fétiches lui avaient dit que pour obtenir cela, il fallait qu’il tue le 18 octobre, date anniversaire du Président ivoirien, un certain nombre de personnes qui avaient tous occupé des hautes fonctions administratives. Ce qui fait que ce n’étaient que des médecins, des chefs d’entreprises, des grands commerçants. Malheureusement pour lui, le sacrifice n’a pas été accepté, Houphouët est mort après lui.
Nous rêvons de construire le Camp Boiro à l’image de l’ancien Camp, comme les Juifs et les Espagnols on fait chez eux. Mais on a tout le mal du monde à obtenir la liberté de venir reconstruire le camp ».
Diao Barry
Source : lejourguinée.com
NB : c’était à l’occasion de la célébration de ce fameux 18 Octobre, par les survivants et les héritiers des suppliciés. Il y avait un ministre de la République, le nouveau préposé aux droits humains etc. (ndlr nrgui.com)
