Faire venir les camions de sonorisation depuis Abidjan sur des routes cabossées, accueillir douze mille spectateurs pas toujours disciplinés, il connaît. Alors, il comprend les difficultés de Garance, la société de production qui organise depuis 1989 ce festival de reggae en France. Gérante de l'Elysée Montmartre, salle parisienne qui a pris feu en mars 2011, l'entreprise a été mise en liquidation judiciaire. Le festival de reggae a cependant survécu dans le sud de la France.
HUITIÈME ALBUM, « DERNIER APPEL »
Tiken Jah Fakoly, qui y a joué à la fin des années 1990 quand il se déroulait encore au Palais omnisports de Bercy, à Paris, sera une de ses têtes d'affiche vendredi 25 juillet. « Ce festival, c'est l'ambassadeur du reggae en France », martèle-t-il. Tiken Jah Fakoly y défendra son huitième album, Dernier appel, où il prêche une nouvelle fois l'unité de tous les pays africains. Publié début juin, il y invite son ancien grand rival, Alpha Blondy, qui lui reprochait auparavant ses prises de positions politiques dans le morceau Grande gueule.
Pas rancunier, le cadet a su faire appel à celui qu'il nomme son « grand frère » quand il a fallu parler de réconciliation aux Ivoiriens après les élections mouvementées de 2010 – les deux candidats, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, se déclaraient vainqueur.
Exilé au Mali depuis 2003 après avoir reçu des menaces de mort des partisans pro-Gbagbo, Fakoly est rentré au pays après les élections et a organisé des concerts de réconciliation en 2011. « Pour être crédibles face aux Ivoiriens, il fallait qu'Alpha Blondy et moi on se réconcilie, explique Tiken Jah Fakoly. C'est comme ça qu'on s'est retrouvés à Paris et qu'on a mis cartes sur table. Alpha m'a ensuite invité sur son album pour le morceau Réconciliation, et en retour, j'ai fait pareil pour Diaspora sur mon dernier album. »
SON « TUFF GONG » (LE STUDIO DE BOB MARLEY) À BAMAKO
Depuis, Tiken Jah Fakoly a pris ses distances avec Alassane Ouattara, qu'il n'avait cessé de défendre. « Avant, j'estimais qu'il était victime d'une injustice. Maintenant qu'il est au pouvoir, il est temps pour moi de retrouver une place d'impartialité. L'unité est indispensable au progrès de l'Afrique mais aussi de la Côte d'Ivoire. Avec cette neutralité, je peux discuter avec des pro-Gbagbo. Les présidents passent mais nous, les artistes, sommes toujours là. »
Tiken Jah Fakoly prétend aujourd'hui ne suivre qu'un exemple, celui de Bob Marley, « dans tout ce qu'il a fait de positif », précise-t-il. A Bamako, qu'il a choisi de ne pas quitter après le début de la guerre dans le nord du Mali, il a installé son « Tuff Gong » (le studio de Bob Marley), et aussi construit une salle de concerts, Radio libre. Un lieu où les habitants dans le besoin n'hésitent pas à se rendre pour demander de l'aide. « Quand j'ai une preuve palpable qu'une personne est en difficulté, je donne selon mes moyens. » Mais la charité s'arrête là : pour lui, c'est l'unité des Africains qui sauvera son continent, pas la main tendue, comme il le chante dans Dernier appel.
Et il conclut : « Nous recevons des ordres de pays qui sont constitués de 52 Etats, pour les Etats-Unis, ou de l'Europe, formée de 28 Etats, alors que nous sommes 54 pays avec un sol qui regorge de richesses, avec des matières premières convoitées par tous. L'Afrique unie gagnera tous les combats. »
