IN MEMORIAM : Hommage de JMJ et Monenembo à l'artiste pluriel Souleymane Koly
- Détails
- Publié le dimanche 3 août 2014 20:50
- Écrit par JMJ et Monenembo
02.08.2014 22:43 par www.guineeconakry.info
Après la mort dramatique d’une trentaine de jeunes, la Guinée n’avait vraiment pas besoin qu’une de ses icones tombe avec une telle fulgurance. Les hommes de culture sont en désarroi ici et ailleurs. L’artiste polyvalent et génial, tout à la fois producteur, chorégraphe et metteur en scène; celui dont la révélation partit de Côte d’Ivoire pour inonder sa Guinée natale, Souleymane Koly Kourouma, le fondateur du célébrissime Ensemble Kotéba, s’est éteint ce vendredi 1er août, aux environs de 10 heures, la veille de ses 70 ans, alors que son pays accueillait le sommet de la Mano River sur Ebola, cette autre faucheuse qui a déjà endeuillé des centaines de familles.
Souleymane Koly était un fin littéraire, un homme au langage bien ciselé, à la réplique tranchante et à l’analyse implacable. Tous les journalistes qui ont eu à l’interviewer, vous le diront, l’artiste était un visionnaire, un créateur fécond qui avait la capacité intellectuelle d’expliquer avec une plaisante aisance ce qu’il faisait ou faisait faire. Et les mots justes coulaient de sa bouche comme une fontaine heureuse d’offrir son pécieux liquide.
Ses talents d’orfèvre des gestes et du verbe, il les insufflera dans cette merveilleuse combinaison du chant, de la danse et de la musique, dans le Kotéba, ce genre artistique d’origine mandingue, au carrefour du théâtre, de la philosophie, de l’humour et de l’actualité.
Cet homme était de la génération des Guinéens de l’exil. Ceux qui ont bâti leur renommée dans l’enfantement douloureux de créations qui marqueront à jamais l’histoire de la culture africaine, du sceau de l’originalité. Sont de ceux-là, Saïdou Nour Bocoum, William Sassine, Tierno Monènembo, Aliou Fantouré…
Mais, depuis 2011, il avait amorcé avec résolution, le chemin du retour à la mère-patrie, comme pour transmettre aux générations montantes, les valeurs du modèle de simplicité, de rigueur qu’il a toujours voulu incarner. Ainsi, son talent en bandoulière entre Conakry et Abidjan, il est resté fidèle jusqu’à la mort à ses « deux amours »
Pour l’avoir mieux connu depuis son retour au pays, pour avoir eu avec lui des moments de discussions saines sur ses frustrations, pour l’avoir vu au combat avec les armes redoutables de ses idées bien trempées contre les fossoyeurs des idées d’autrui ; enfin pour l’avoir vu avec son cœur d’enfant goûter aux soirées culturelles nationales, je me devais de témoigner, pour rendre hommage à Souleymane Koly, celui pour lequel, tous les honneurs du monde et tout l’argent du monde ne valaient point un sourire d’enfant !
Comme il me l’a confié au cours de notre dernière rencontre à Kipé : « Une vie n’est toujours qu’un point de suspension, et pour la nation personne n’a jamais trop fait.»
Justin MOREL Junior pour GuineeConakry.info
TIERNO MONENEMBO : Souleymane Koly, un patriote qui savait...
03.08.2014 01:25 par www.guineeconakry.info
J’apprends à l’instant- même la mort de notre Souleymane Koly national. Une nouvelle cruelle, insupportable, absolument scandaleuse ! D’autant cruelle que rien mais alors rien ne laissait présager une fin aussi brutale ! La dernière fois que je l’ai vu, il était en pleine forme : nous avions passé la soirée à nous chahuter comme de coutume sans nous douter que nous ne nous reverrions plus jamais… D’autant insupportable que me trouvant en ce moment hors du pays, je ne pourrai même pas l’accompagner à sa dernière demeure.
C’est en 1971 à Abidjan, que j’ai fait la connaissance de cet homme exceptionnel. Il venait fraîchement d’arriver d’Europe en compagnie de son épouse, une Malienne sublime, admirée de toute la ville pour son intelligence et sa grâce.
Etudiants ayant fui le régime sanguinaire de Sékou Touré, nous vivions alors parqués dans les baraques en planches de la Cité Mermoz où, littéralement, nous tirions le diable par la queue. Malgré ou à cause de cela, Souleymane Koly bien que haut fonctionnaire dans un ministère, ne manqua jamais de nous rendre visite pour jouer au basket ou aux cartes, partager notre maigre pitance et causer de poésie et de théâtre et surtout du triste sort de la Guinée.
Quand je quittais la Côte d’ivoire en 1973, il n’avait pas encore fondé Koteba, sa polyvalente et célébrissime troupe mais j’avais déjà eu le temps d’évaluer son talent d’intellectuel et d’artiste. Je savais qu’il avait fait de brillantes études de sociologie, qu’il avait écrit de la poésie, flirté avec les milieux panafricains de Paris et animé avec Tidjani Cissé et d’autres , la compagnie de danse, Kaloum Tam-tam.
Je savais surtout que c’était un humaniste, amoureux de toutes les races, de toutes les ethnies, de toutes les cultures. Et c’est bien la raison pour laquelle j’ai eu toujours eu grand- plaisir de le rencontrer à Abidjan, à Paris, à Djibouti, à Conakry ou ailleurs. C’était un aîné au sens familial du terme qui m’a toujours aimé et encouragé aussi bien dans mes études que dans mon travail d’écrivain. Il faisait partie de cette ultime minorité de vrais patriotes africains qui savait que l’Histoire, la vraie, ne se fait pas à coups d’injures et de trique mais à force d’amour et d’intelligence.
Je suis triste, doublement triste, mille fois triste : cette valeur sûre de notre culture nationale nous quitte après notre douloureux William Sassine et à un moment où pendant que ce maudit Ebola nous décime, des dizaines de nos fils meurent stupidement sur une plage pour des raisons qu’il faudra bien un jour élucider.
Pauvre Guinée, patrie de sottises et de guigne, définitivement abonnée au malheur !
A tous, surtout à sa fille et à son fils, mes condoléances sincères et émues !
Tierno Monénembo pour GuineeConakry.info
NOTICE BIOGRAPHIQUE DE SOULEYMANE KOLY KOUROUMA
Né à N'Nzérékoré (Guinée) en 1944, il est "envoyé" en France par son père en 1954 pour y faire ses études. Le 28 septembre 1958, la Guinée vote "NON" au référendum gaulliste et accède à l'indépendance. Il quitte alors le lycée LAKANAL à Sceaux dans la banlieue où il était élevé pour rejoindre la Guinée. Il y achèvera ses études secondaires (bac en 1963).
Après le temps des espoirs, vient celui des désillusions, Souleymane Koly fuit la Guinée de Sékou Touré et revient en Europe : Paris, où il étudie ; la Sorbonne, les Sciences sociales dans les années 68. Son premier groupe, L'ENSEMBLE KALOUM TAM-TAM naîtra là en 1966. En 1971 il rejoint la Côte d'Ivoire, devenue désormais sa seconde patrie africaine.
Pendant plusieurs années, Souleymane Koly mènera parallèlement deux carrières : une carrière administrative, il sera d'abord Directeur du Département des Arts et Traditions populaires à l'Institut National des Arts, puis, expert chargé d'études à la Direction du Plan de 1973 à 1984, et une carrière artistique avec L'ENSEMBLE KOTÉBA D'ABIDJAN, fondé en 1974. Le groupe qui se compose de comédiens, danseurs et musiciens, est aujourd'hui connu en Afrique et à travers le monde.
Depuis une dizaine d'années, à côté de son travail de création avec son groupe, le Directeur de L'ENSEMBLE KOTÉBA D'ABIDJAN conçoit et met en œuvre des événements culturels ("IMPRESSIONS D'AFRIQUE" Uzès en avril 1989) ; encadre des ateliers de recherches et créations théâtrales (Niger, Gabon, Finlande, Nouvelle Calédonie, France, Kenya, Djibouti, USA) ; intervient en qualité de consultant pour diverses organisations culturelles internationales. Il fera aussi des incursions dans le 7e art, en 1987 avec "LA VIE PLATINÉE", en qualité de coscénariste, coréalisateur, chorégraphe et musicien, et en 1990 comme acteur dans "L'ENFANT LION" de Patrick Grandperret.


Commentaires