Nohoré Gbodiallo Guikou Bilet Zafla.
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- Publié le lundi 6 octobre 2014 10:19
- Écrit par Nohoré Gbodiallo Guikou Bilet Zafla.
Pardonnons mon omission volontaire. Non, ce weekend, je n’ai pas le temps de nous saluer avant de commencer. Mais attention, je ne le fais pas pour exprimer le « time is money » de certains de nos maîtres, dont nous portons plus les prénoms que les nôtres propres. Pourquoi tiendrais-je compte du temps qui est de l’argent ? Je ne reçois aucun sou quand j’écris ! Oh ! Pardon, le sou n’existe plus, même si nous en subissons encore les mauvais effets, comme vient de le découvrir, enfin, quelqu’un qui, pendant des années, n’était ni borgne ni aveugle ni dénué de tout jugement pertinent. Remplaçons donc « sou » par l’une des deux monnaies de nos maîtres. C’est-à-dire celles qui dominent nos économies et nos esprits, jusque dans nos pauvres villages physiques. Donc aussi notre vie quotidienne, comme le font leurs prénoms, quoi ! Ou bien, ai-je menti ? Bon, j’espère que nous avons compris ma pensée ici, nous pouvons donc avancer.

Je voudrais nous raconter mon aventure dans un village de noirs créé sur FACEBOOK. Par sa longueur kilométrique, son nom a créé en moi les deux sentiments d’attraction et de répulsion. Mais le premier sentiment l’a emporté, renforcé par l’idée de ne juger qu’après avoir vu ou vécu. Ainsi, je suis entré dans le village, muni de mon nom aussi kilométrique de noir, et surtout de membre de cette communauté. Oh ! Concernant mon nom, j’ai une précision à refaire. Des gens le trouvent long. D’autres le trouvent trop africain. Des gens vont jusqu’à avoir le culot d’y exposer leur trouble de vision, venant plus de leur amour des noms des blancs que de la vraie maladie. Ainsi ils le lisent Honoré au lieu de Nohoré. Moi, je leur dis que c’est une preuve de la beauté des noms africains, même si les blancs avaient voulu les déformer par ignorance ou par méchanceté. Alors, et puis y a quoi ?
Pour les autres parties de mon nom, je montre aux noirs qui en alignent plusieurs de blancs devant celui de leur père, que nous pouvons ainsi aligner nos propres noms de noirs afin de les faire connaître au monde entier. C’est en les utilisant nous-mêmes qu’ils sortiront du trou où nous les mettons au profit des prénoms des autres. Bon, continuons, nous sommes nombreux qui, par manque de culture et de formation, ne savons même pas de quoi je parle...
Au portail du village des noirs, je suis renseigné par des mises en garde bien précises, gage de leur sérieux. Je suis alors convaincu de rencontrer des villageois exhibant fièrement leurs jolis prénoms de noirs. Et rien qu’à partir de cette attitude louable, je me sentais rassuré de les voir discuter des sujets très sérieux concernant la force et la beauté de leur culture. Encore et surtout, le retour en force de leurs prénoms de noirs, parce que les prénoms des blancs ne sont pas les leurs et ne le seront jamais.
Mais hélas ! Illusion des illusions ! Ma découverte n’en est pas une. Le village « Tu sais que tu es Bété…» n’est pas celui que le visiteur, surtout un comme moi, rêve de découvrir. C’est un vrai fourre-tout caractérisé par l’acculturation. Ainsi par les noms de ses habitants, tu te sens déjà moralement étranger et rejeté si tu ne portes pas un, deux, trois ou quatre prénoms de nos maîtres blancs. Ces noms-là, ils en ont de toutes les couleurs et de tous les sons. Tant pis s’ils en ignorent le vrai sens et l’histoire. C’est juste : « pourvu que mon prénom vienne du blanc dont je suis l’esclave ». Pourtant, ça devrait être : « je veux me retrouver en redevenant moi-même à travers mon vrai prénom de noir, ma culture et mes valeurs de noir ».
Les Séri, Tapé, Koré, Groguhé, Téty, Gnahoré, etc. y apparaissent uniquement pour le père et non pour l’habitant de ce village lui-même. C’est comme si chacun avait dit : « Je dévoile seulement le nom de mon père parce qu’il est un c… Au lieu de me nommer en mettant Joseph, son propre prénom de blanc, il a sali mon identité d’esclave avec son Séri ».
Nous suivons tous bien, non ? Ainsi les habitants de ce village auraient eu des noms de blancs du genre : John Marie Madeleine Aïssata, Pierre Félix Justin de la Montagne, etc. C’est-à-dire des Bété, des noirs blancs. Parce que, malgré leur soi-disant liberté, leur prétendue indépendance, ils continuent d’être colonisés sur leur propre sol, par leurs maîtres d’antan. On ne leur impose plus des prénoms de blancs, mais ils se les imposent. C’est un refus de cesser d’être des esclaves. Ils aident leurs maîtres à éliminer les prénoms de noirs de la surface de la terre. Comme leurs maîtres, ils ne voient pas l’importance et la richesse des prénoms de noirs. Pitié ! Pitié ! Pitié pour des gens égarés. Pitié pour des gens sans repères !
Quant aux sujets qu’ils débattent dans ce village, il faut avoir un cœur résistant à la nausée pour les découvrir sans la crainte de vomir. Chacun soulève le point qu’il veut. Personne ne s’intéresse au sujet de l’autre. Aucun débat structuré n’y est organisé. Aucun raisonnement n’y est observé. Aucune conclusion n’y est portée nulle part. Aucun apprentissage individuel ni collectif n’y est noté ou exprimé. Non, c’est une place de jeux divers. On y voit que les blancs ont détourné l’attention du noir vers leurs religions, afin de le voler en toute tranquillité. Alors tout tourne autour de Dieu, d’Allah, de Jésus, des mots et expressions juifs, arabes, etc. Tout tourne autour des relations intimes, des drames, des décès, des… des… et des… Bon, des choses vraiment sans importance par rapport à l’élévation intellectuelle, économique, industrielle, intelligente, culturelle, artistique, positive du noir qu’est le Bété. C’est une ouverture géante prête à le transformer en…bête. Ca me rappelle une moquerie, dans les décennies écoulées.
Quand le noir cessera-t-il donc de faire la publicité des noms des blancs, pour en faire celle de ses propres noms ? Les blancs vont sur Facebook pour faire connaître leurs activités qui sont sources de leurs revenus en argent. Les noirs y vont pour s’amuser, rien que s’amuser. Le Dieu qu’ils adorent les voit-ils ? Qu’ont-ils fait de si mauvais, qui ne leur donne pas le droit à l’intelligence ?
Le sentiment de répulsion a chassé celui d’attraction, et je suis vite sorti de ce village maudit à mon sens. Je n’y apprendrai rien de positif. Il ne met pas en valeur la riche culture Bété, ses noms, ses traditions, le maintien de ses valeurs… Il n’enseigne à ses habitants que les cultures étrangères. C’est un village de noirs blancs sur FACEBOOK dont le créateur, pourtant juif, ne croit pas en Dieu. Pourtant, Mark Zuckerberg est devenu un milliardaire avant de fêter ses trente ans. Pourtant, il est l’un des cent personnages les plus influents de son pays. Hum ! Dieu ne l’a pas béni ô ! Quant à nous, amusons-nous bien et laissons Dieu se battre pour nous. Bonne chance au village de noirs blancs sur FACEBOOK.
Pardon, au revoir et à nous retrouver le weekend prochain.
Nohoré Gbodiallo Guikou Bilet Zafla.
