Les Inrocks s’électrocutent (avec vidéo)

On imagine toutes les nuits passées par un artiste en gestation à se chercher un nom, une identité publique. Adio Marchant, quand il chantait au sein des Kid British à Manchester, et qu’il voulait voler de ses propres ailes (en 2013), a puisé dans le registre psychiatrique pour baptiser le nouveau groupe dans lequel il occupe la place de devant, « Bipolar » (maniaco-dépressif) pour le tourment, « Sunshine » (soleil, ensoleillement) pour la sortie du tunnel. Jeudi 13 novembre, le festival Inrockuptibles-Philips a présenté, à La Boule Noire à Paris, les travaux les plus récents du jeune Mancunien, grand type aux chemises colorées et aux cheveux couronnés d’une touffe de blondeur. Troisième soirée du festival organisé par l’hebdomadaire, celle-ci fut participative, plus électro que purement rock.

La petite salle de La Boule Noire danse comme il faut, reprend les gimmicks aériens de Bipolar Sunshine, ses « I See you Darling » tempérés dans une pop chic. Avec une voix veloutée, son plaisir à chanter, Bipolar Sunshine a davantage la mine d’un participant à la Journée de la gentillesse (13 novembre, promue par le magazine Psychologies) que celle du consommateur de lithium dérangé. Le festival des Inrocks sait programmer des légèretés comme celle-ci. Des phénomènes et de l’éphémère.

 

On ignore si Nicolas James Murphy a beaucoup cogité pour trouver son nom de scène, Chet Faker, mais le musicien australien maîtrise à l’ancienne la salle de La Cigale, grande sœur de La Boule Noire, joyeuse, bien pleine. Chet Faker n’est pas Baker (Chet, le trompettiste) ; il n’est pas un fake, quoique… Mais il est divertissant. Il a l’étiquette, et la compétence, électro, et il peut arrêter le temps par un slow romantique en diable, un vrai slow à danser, anachronique, improbable dans un festival de rock pointu. Mais Chet Faker, avec sa barbe rouquine taillée selon les nouveaux canons de la mode arty masculine, a des airs de cul-terreux folk. A la fois fermé comme un autiste et généreux dans sa voix fissurée, Chet Faker est un savoureux divertissement. La salle est acquise, qui chante ses hymnes simples, aux rythmiques métalliques et aux contours pulpeux, tels que contenus dans son album, le premier, Built on Glass (Downtown Records).

Semelles de plomb

A suivre .. dans Le Monde


Les Inrocks-Philips, jusqu’au 18 novembre. www.lesinrocks.com

 Véronique Mortaigne
Journaliste


 

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