Les Masques vont tuer Ebola ! (Saïdou Nour Bokoum)
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- Publié le mardi 2 décembre 2014 23:29
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
Un évènement spirituel de la plus haute signification, voire d’efficaité pourrait, nous sommes en Guinée, passer inaperçu. C’est cette « sortie coutumière » des femmes de Nzérékoré pour demander à « dieu » de tuer Ebola », ce virus qui n’épargne ni homme, ni femme, surtout, ni enfant ni vieillard. Pire, il interdit même aux proches endeuillés, d’inhumer de façon humaine dirais-je, les suppliciés. Car Ebola ne tue pas, Ebola vous accable d’un supplice, telle une sanction tombée du Ciel.
Je dis Ciel, et j’écris dieu et non pas Dieu. En effet, en dehors des musulmans de notre région forestière, il faut dire que dès lors qu’il s’agit de coutume, nos compatriotes kpèlès, konons, etc., parlent plutôt de Niamou en général et non de Dieu – Exalté !- Naturellement, cela a entraîné toutes les confusions plus ou moins délibérées de « l’explorateur », tête de pont de la colonisation, qui sera suivi par le père blanc, suivis par le marchand de pacotille, de Diego Cao et son mousquet, enfin par le « roi de la brousse », l’administrateur, « mon commandant ! » et suivra le « gardawou » des « peuplades animistes », abruties, sans Religion.
Depuis, après Cheik Anta Diop, les « ethnos » ont toiletté et leur vocabulaire et leurs concepts. On sait que « l’animisme », cette croyance en des « Bouts de bois.. » (1), des cailloux ou des caïmans, n’était qu’aveuglement d’envahisseurs mieux armés, qui avaient hâte de se donner bonne conscience en faisant valider par je ne sais plus quel pape, le fantasme que ces sauvages n’avaient pas d’âme et que donc.
Passons ce n’est pas le sujet.
Pour autant, ces femmes auraient dû aller au Bois sacré.
Ou peut-être mieux encore, les hommes auraient dû faire des sorties de masque. Ces processions de femmes ressemblent plus à des mamayas qu’au rite de retour au bois sacré, en empruntant la Voie initiatique. Mais comment aller au Bois sacré quand on en a égaré le chemin, depuis qu’il n’y a plus véritablement s’initiation. Sinon ces sorties de faux donsos, armés de..Kalachnikov ?
Certes, ces femmes sont aussi sincères que leurs ancêtres, qui, du nord au sud de l’Afrique, d’est en ouest, toute l’Afrique a connu, connaît un Dieu unique. Ce que les Lévy-Bruhl, Tempels ont chosifié – le premier a révisé ses notions ethno -, la croyance en l’Un, parce qu’ils confondaient des objets sacrés, cultuels que l’Africain n’adorait pas mais dont il disposait comme objets sacramentels, supports symboliques de Nzamè, l’Un en Afrique Centrale, Yori ou Man Gala chez les Bamamanas-Maninkas, Amma chez les Dogons, Guèno chez les Hal poular, etc., partout ce sont les mêmes rituels et rites de la Voie initiatique dans un champ boisé, toute une flore – loin de tout folklore ! – du Sacré qui mène au Centre, d’où les Soufis musulmans, les grands initiés de la Kabbale, de la Franc-maçonnerie – pas celle des magazines ou celle de nos « grands » arborant de grosses chevalières qui les aideraient à accéder aux plus hauts sommets des pouvoirs ou de la Finance -, à la connaissance absolue pour ceux qui ont achevé leur initiation ou plus modestement à l’étantité, qu’elle soit mâle ou femelle.
Parvenus à ce Centre d’où les dogmes, les religions se rejoignent – c’est un pléonasme, religion c’est relier – s’effacent dans l’Unité de l’Un au moins virtuellement avant de pouvoir « monter » au-delà des créatures pour se fondre dans l’Incréé, ici et maintenant.
Nous en sommes loin, avec les apparences de cette « sortie coutumière », tout comme dans le Labé avec ces conflits entre Tidianyis et Wahabyis, qui puent l’instrumentalisation ethno-politicienne. Les premiers étant des aspirants au Sacré, mais dans un ordre confrérique, les adeptes du Niamou authentique – et non les actrices de cette sortie coutumière –, tout comme les Masques engagés dans la même quête sacrée de l’union avec l’Un !
Car le non initié n’est ni homme ni femme, ni bête : il est et demeure une créature a-humaine.
J’espère que le Niamou principal entendra le cœur de ces femmes et non leurs prosopopées sécularisées, mondialisées. J’insiste, le Niamou aspire à se fondre au Centre de l’Incréé avec « Dieu », Qui qu’il soit, disaient prudemment les Grecs.
Wa Salam,
El Hajj Saïdou Nour Bokoum
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