Clarinettiste, arrangeur et chef d’orchestre Buddy DeFranco, de son, vrai nom Boniface Ferdinand Leonard DeFranco, est mort le 24 décembre, à Panama City (Floride), à l’âge de 91 ans, vient-on d’apprendre. Les causes de sa mort n’ont pas été précisées par sa famille. La fluidité de son jeu, sa vélocité, sa manière d’emprunter des chemins mélodiques pas toujours évidents lui avait valu d’être parfois surnommé le « Charlie Parker de la clarinette ». En fait, c’est plutôt par son attention au be-bop, à la fin des années 1940, lui qui venait du jazz swing des big bands des années 1930, que strictement dans une manière de jouer que l’on pouvait comprendre cette référence.
Né le 17 février 1923 à Camden (New Jersey), fils d’un accordeur de piano aveugle, Buddy DeFranco débuta la clarinette à l’âge de 9 ans. Durant ses études de musique classique à la Mastbaum School, à Philadelphie (Pennsylvanie), il ajoute la flûte et le hautbois. Il devient musicien professionnel à la fin des années 1930, après avoir été repéré par le tromboniste Tommy Dorsey (1905-1956). Il passe dans plusieurs orchestres, dont celui du batteur Gene Krupa (1909-1973) et du saxophoniste Charlie Barnet (1913-1991) avant de rejoindre Tommy Dorsey de 1944 à 1948.
A la fin des années 1940, Buddy DeFranco qui se sent à l’étroit dans le répertoire dansant des big bands swing, a des envies plus aventureuses. Il a écouté la révolution be-bop, avec ses substitutions d’accords complexes, la notion de vitesse, la part importante donnée à l’improvisation beaucoup plus contrainte dans le jeu en big band. Il va jouer alors en petites formations, donnant à la clarinette un rôle plus important, notamment au sein d’un quartette avec le pianiste Kenny Drew (1928-1993), les bassistes Eugene Wright ou Milt Hinton (1910-2000) et le batteur Art Blakey (1919-1990).
VIDÉO (audio seulement) : « When Your Lover Has Gone », d’Einar Aaron Swan, par The Buddy DeFranco Quartet, en juillet 1953.
Il rejoint aussi le septette du pianiste Count Basie (1904-1984), qui a mis de côté son big band trop coûteux et moins en vogue (il le reformera en 1952). Il jouera aussi avec le trompettiste Dizzy Gillespie (1917-1993), les pianistes Art Tatum (1909-1956), Oscar Peterson (1925-2007), notamment pour l’enregistrement de l’album The George Gershwin Songbook avec un big band et une formation de cordes, le clarinettiste et saxophoniste Jimmy Giuffre (1921-2008), le guitariste Tal Farlow (1921-1998), retrouve Blakey au sein des Jazz Messengers… Il monte à son tour un grand orchestre. Au milieu des années 1950, il part s’installer en Californie et travaille essentiellement pour le cinéma et la télévision.
VIDÉO (audio seulement) « I Got Rhythm », de George Gershwin par Buddy DeFranco et Oscar Peterson tiré de l’album « The George Gershwin Songbook » (1954).
En 1959 Buddy DeFranco forme un étrange quartette avec l’accordéoniste Tommy Gumina (1931-2013). La formation enregistre cinq albums – Pacific Standard Swingin' Time (1960), Presenting the Quartet (1961), Kaleidoscope (1962), Polytones (1963) et en pleine vague bossa The Girl From Ipanema (1964) – novateurs sur le plan des arrangements, du travail sur la tonalité, l’alliance des timbres de la clarinette et de l’accordéon dans le contexte du jazz. En 1966 il est sollicité pour diriger le Glen Miller Orchestra, formation dédiée à la musique du célèbre tromboniste et chef d’orchestre (1904-1944) symbole de la bande-son du jazz grand public des années de la Seconde Guerre mondiale. Buddy DeFranco reviendra ensuite à la petite formation, toujours dans ce lien entre le swing et le bop, tout en se consacrant à l’enseignement.
VIDÉO : « Flying Home », de Benny Goodman, Eddie DeLange et Lionel Hampton, par Buddy DeFranco avec Terry Gibbs (vibraphone), Herb Ellis (guitare), Larry Novak (pénaux), Milt Hinton (contrebasse) et Butch Miles (batterie), en 1991.
Sylvain Siclier Journaliste au service Culture du "Monde", rubrique Musiques (jazz, pop, rock, soul, chanson...)