Le hip-hop entre au Panthéon

 

"Heroes prélude" de Rahdouane El Meddeb.

La danse, en voie de panthéonisation ? Pour la première fois, mardi 14 avril, un spectacle chorégraphique signé Radhouane El Meddeb investit le mausolée parisien. Exceptionnellement, la porte monumentale centrale en bronze, qui ne laisse passer que le président de la République, sera ouverte lors de la performance. Pas pour y introduire la foule mais pour offrir à la danse, qui évoluera sous la coupole, un décor live.

Ce coup d’éclat lance l’opération « Monuments en mouvement »,  pilotée par le Centre des monuments nationaux sous la direction de Philippe Bélaval. Parallèlement aux concerts et aux lectures de textes, avec la Comédie-Française, organisés régulièrement dans différents lieux, cette première édition se tiendra jusqu’au 15 septembre dans huit monuments français comme la place forte de Mont-Dauphin (Hautes-Alpes), le château de Châteaudun (Eure-et-Loir), ou la basilique Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Aux côtés de Radhouane El Meddeb, les chorégraphes Thomas Lebrun et Nathalie Pernette, ainsi que l’artiste de cirque Yoann Bourgeois, seront à l’affiche pour cette saison de danse inhabituelle.

Un acte militant

Connecter le grand patrimoine avec la danse contemporaine ne manque pas d’audace. Jouer une alliance inédite entre le prestige historique et ce geste plus discret, presque pudique, sonne même comme un acte militant. « J’aime la danse !, s’exclame Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux. J’ai confiance dans sa capacité d’exprimer l’indicible, plus peut-être que les autres arts, de créer des tensions inédites entre l’immobilité de la pierre et le mouvement en donnant de nouvelles dimensions au patrimoine monumental. Sans compter qu’il n’y a pas besoin de préparation intellectuelle, ni d’éducation pour la comprendre. Danser est un art authentiquement populaire ! »

Cette manifestation d’envergure donne une exposition maximale à la danse. Au Panthéon, la portée symbolique est d’autant plus forte. « Le choix de Radhouane El Meddeb s’inscrit entre la levée de masse républicaine du 11 janvier et l’hommage qui sera rendu le mercredi 27 mai à quatre grandes figures de la Résistance, insiste Philippe Bélaval. Sa réflexion autour du moment où l’être humain ordinaire prend la stature d’un exemple pour ses contemporains et la postérité, y trouvera une résonance singulière. »

Une écriture abstraite

C’est en visitant le Panthéon que Radhouane El Meddeb, artiste coproduit par le Centquatre, à Paris, a trouvé le titre de sa performance, Heroes, prélude. « J’ai évidemment très peur de ce lieu énorme et merveilleux, confie-t-il. Les dix danseurs urbains que j’ai rassemblés s’entraînent chaque jour à la dure sous la Nef du Centquatre. Leur travail est un acte de résistance. Ces jeunes-là sont des héros, ils le prouvent en défendant leur rêve et leur art. Ils sont par ailleurs à l’image de la France métissée d’aujourd’hui. » Pour ce chorégraphe tunisien, installé à Paris depuis 1996, cette proposition est « une énorme responsabilité ». Il ajoute en souriant : « Je me sens comblé, j’aime ce pays qui m’a beaucoup donné. »

Selon les monuments, chacun des chorégraphes adapte une pièce existante ou met au point un spectacle original. Pour le trophée d’Auguste à La Turbie (Alpes-Maritimes), ainsi que la place forte de Mont-Dauphin, le trampoliniste fervent des jeux de vertige, Yoann Bourgeois, va transplanter son spectacle-manifeste Cavale (2010). Entre les châteaux d’Azay-le-Rideau de Châteaudun (Indre-et-Loire) et le palais Jacques-Cœur, à Bourges (Cher), Thomas Lebrun, peu habitué aux spectacles in situ, a plusieurs fois arpenté les différents lieux. Il imagine une « pièce tout-terrain itinérante » pour douze danseurs, intitulée Où chaque souffle danse nos mémoires. « Je privilégie une écriture abstraite qui devra être interprétée au sens fort selon les espaces, chambre, chapelle ou cachot, précise le directeur du Centre chorégraphique national de Tours. Chorégraphier pour des monuments comme ceux-là est très impressionnant. On se sent tout petit mais ce n’est pas grave, c’est même plutôt agréable. Les faire vivre en restant humble me semble le bon rapport à mettre en place. On n’est pas dans le son et lumière” ! »

Passionnée de fantômes

Le souci pointilleux d’une inscription dansée ajustée tenaille les artistes invités. Lorsqu’elle a commencé à s’installer pendant de longues heures à l’abbaye de Cluny (Saône-et-Loire) et à la basilique Saint-Denis pour y visualiser son projet sur la figure du gisant, Nathalie Pernette, passionnée de fantômes et de cimetières depuis l’enfance, a vite su qu’elle devait réveiller les « morts » à petits coups secs et rapides. « Pour repérer un geste et avoir une chance de captiver le spectateur un minimum dans des contextes tout de même assez monstrueux, il faut des mouvements qui ne passent pas inaperçus, commente-t-elle. Ensuite, il s’agira de hanter les lieux en trouvant une sorte d’élasticité ectoplasmique. Evidemment, il faut respecter chaque endroit mais ne pas s’aplatir ou se glisser sous le tapis. » Figure du gisant est le premier volet d’un triptyque qui déclinera, toujours en lien avec la pierre et la statuaire, Figure du baiser et Figure de l’érosion, dont les créations sont prévues d’ici à 2017 dans le cadre des futures éditions de « Monuments en mouvement ».

« Monuments en mouvement ». Du 14 avril au 15 septembre. Au Panthéon, Heroes, prélude, de Radhouane El Meddeb. Le 14 et 15 avril, 19 heures, entrée libre. Réservation sur 104.fr. Pour les autres monuments, à partir de 5 €. Monuments-nationaux.fr

 

Commentaires  

 
0 #1 website 19-08-2015 17:37
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