En 2015, la question du sort réservé au cinéma africain par le jury ne se posera pas : aucun long métrage africain n’est présent en compétition et aucun ne pourra donc prétendre figurer au palmarès. Pis : la section Un Certain Regard, qui a souvent abrité des films africains quand ils étaient absents de la compétition, ne permettra pas de voir cette année la moindre œuvre issue du continent.
Oka de Souleymane Cissé en « séance spéciale »
Même chose pour les sélections présentant des courts métrages ou des films d’école (la Cinéfondation), lesquels seront cependant examinés par un jury présidé par un Africain, qui ne sera autre qu’Abderrahmane Sissako. Dans la sélection officielle, côté africain, ne figurera donc finalement, pour une « séance spéciale », souvent un lot de consolation, qu’un long métrage documentaire d’un ancien habitué de la compétition, le Malien Souleymane Cissé. Intitulé Oka, soit « Maison », ce film de l’auteur de Yeleen (prix spécial du jury à Cannes en 1987), dont on connaît encore mal le contenu, évoquerait la spéculation immobilière et les arnaques au Mali.
Dans les trois principales sections parallèles, la Quinzaine des réalisateurs, la Semaine de la critique et l’Acid, dont on connaît depuis ce mardi les programmes, la situation n’est guère meilleure. Le Marocain Nabil Ayouch, avec Much Loved sélectionné à la Quinzaine, un film de fiction sur trois prostituées de Marrakech, sera le seul à représenter le continent, totalement absent par ailleurs, même, là encore, au niveau des courts métrages. On regardera cependant avec intérêt, toujours à la Quinzaine, Dope, le film de clôture, réalisé par un Américain qui vit en Californie mais dont la famille est originaire du Nigeria. Et dont le héros, un dealer, est joué par un jeune également d’ascendance nigériane.
Aucune relève annoncée
Cela fait plus de vingt ans aujourd’hui, après la grande époque des films reconnus internationalement des réalisateurs Idrissa Ouedraogo, Souleymane Cissé, Mohammed Lakhdar Hamina et autres Sembene Ousmane ou Djibril Diop Mambety, que l’Afrique fait presque toujours pâle figure à Cannes – malgré la présence épisodique de films d’Abderrahmane Sissako ou de Mahamat-Saleh Haroun. De même dans tous les grands festivals autour de la planète.
L’année 2015, non seulement ne fera pas exception, mais apparaîtra même comme un très mauvais cru. Et aucune relève, comme le prouve l’absence des jeunes réalisateurs africains dans les sélections de courts métrages, ne semble aujourd’hui s’annoncer. La présence au jury de la compétition officielle de la chanteuse malienne Rokia Traoré ne devrait donc pas suffire pas à consoler ceux qui espèrent que le cinéma africain reviendra enfin un jour au premier plan.
source : Amadou Macki Bokoum


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