Elle se balade avec un micro dans son sac, dit envier les oiseaux, rit de ses mots et de ceux qu’elle ne dit pas. Elle s’est fait un nom en jetant un point au milieu de son prénom. Ala.ni a de petits délires, de grands rêves et de la fantaisie. Elle a débarqué de Londres en 2015, presque sur la pointe des pieds, distillant ses chansons au gré des saisons. Quatre EP, entre le printemps et l’hiver, ont été réunis en un double album, paru au début de cette année, You & I : des ballades aux allures de confidences, qu’elle chante d’une voix amoureuse, scintillante comme une eau claire, sur des orchestrations épurées, ourlées d’un swing d’antan et de chœurs évanescents. Des chansons qui deviennent solaires quand, sur scène, elle lance sa voix et ses bras vers le ciel.
Un univers empreint de romantisme
Ecouter Ala.ni équivaut à plonger hors du temps, dans un univers empreint de romantisme. La couleur dominante de ses chansons, toutes de sa création, hormis une reprise de Wichita Lineman, écrite par l’Américain Jimmy Webb ? « Love ! », lance Ala.ni en riant, avec une fière assurance, et quand bien même cela pourrait paraître démodé.
Comme le son qu’elle s’est choisi, sur disque et à la scène, un son rétro, vintage, dit-on aujourd’hui, aidée par un micro qu’elle est allée sélectionner, jusqu’en Allemagne. Un « RCA BX44 Ribbon Mic, datant de la fin des années 1930 », précise la chanteuse. Les spécialistes apprécieront. C’est le micro qu’elle a dans son sac le jour où nous l’avons rencontrée, à Paris, où elle vit depuis quelques mois. « J’aime les vieux objets et je suis attirée par les choses qui sonnent vrai. Je suis un peu conservatrice de ce point de vue-là. On est allé trop vite avec la technologie. Quand je faisais écouter mes démos, on me disait parfois : “Ça va pas, faut tout refaire.”J’ai dû m’imposer. »
Cascades, lacs et muscade
Plusieurs l’ont comprise, et encouragée. Damon Albarn, par exemple, connu lorsqu’elle était choriste pour le groupe Blur (elle a chanté aussi avec Mary J. Blige, Nitin Sawhney, Andrea Bocelli…). « Je fais confiance à l’oreille de Damon. » Ala.ni est née à Londres, de parents originaires de la Grenade, île caribéenne de cascades, de lacs et de muscade. « Je me sens totalement londonienne, mais je connais mes racines, la culture apprise de mes parents. Lorsque je me rends là-bas, je sens que j’appartiens à ça. Je n’en fais pas partie, mais j’y retrouve quelque chose de familier. »
Pour son année de naissance, il faudra se contenter d’un sourire pour réponse. « J’ai l’âge mental des enfants. J’aime leur énergie, elle me fait du bien. » Avec ses inflexions que d’aucuns comparent à Billie Holiday ou à Judy Garland, Ala.ni confie avoir un jour imaginé une bande originale pour Disney. « Je souhaiterais écrire plus de choses pour les enfants dans le futur, avec des mélodies simples. Si un gosse chante une de mes chansons, je sais que c’est bien. Je suis comblée. »
Pour concevoir You & I, elle s’est projetée dans le temps et dans l’espace. « C’était très visuel dans mon imagination : La Nouvelle-Orléans, à la fin du XIXe siècle, Harlem dans les années 1920, puis Paris, Londres… » Plus jeune, elle se gavait de séries à la télévision et de « vieux films de gangsters en noir et blanc. J’aime la simplicité du noir et blanc. Quand on n’a pas de couleurs à sa disposition, il faut se montrer plus créatif, inventer du mouvement ». Ces images et les musiques qui les accompagnaient, souligne-t-elle, ont stimulé son imagination.
Tout comme le destin de son grand-oncle, Leslie Hutchinson (1900-1969), dit Hutch, crooner et chanteur de cabaret coté, aux Etats-Unis, à Paris, puis à Londres, dans l’entre-deux-guerres, qui fut l’amant de Cole Porter. « Je lui fais un petit signe dans “Suddenly”, l’un des titres de mon album. Son histoire a certainement eu un impact sur moi, raconte Ala.ni. Je l’ai découvert quand j’étais adolescente. La BBC avait fait une émission sur lui et j’ai lu un bouquin à son sujet. Il a quitté la Grenade avec l’argent que son père lui avait donné pour faire des études de médecine et il a passé son temps dans les clubs, puis est parti à Paris. Il vivait selon ses envies. Il n’en avait rien à foutre ! » Cette manière d’être lui plaît, elle dit même s’y reconnaître.
You & I, de Ala.ni (2 CD No Format – Sony Music)
Ala.ni en concert à Besançon, le 27 (complet), et Belfort, le 28 février ; Rouen, le 1er avril ; Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le 12 (festival Banlieues Bleues) ; au Printemps de Bourges, le 16 ; à Paris (La Cigale), le 7 juin.
