Le prix de la poudre
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- Publié le mercredi 24 juin 2015 16:10
- Écrit par Boubacar Doumba Diallo
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Sous le masque de rébellions ou de guerres ethniques, les multinationales se sont livrées à d’intenses trafics de ressources précieuses telles les « diamants de la guerre », « les diamants du sang », « le coltan » dans les pays tels que le libéria, la Sierra lLéone, la RCA et la RDC. Ces matières premières ont aussi servi de monnaie d’échange contre des armes et des munitions pour alimenter ces diverses guerres.
Au cours du moyen âge en Afrique de l’ouest particulièrement, les esclaves ont servi pour acheter des chevaux de guerre (voir Youssouf Tata Cissé et Wa Kamissoko, la grande geste du Mali, vol 1 & 2). Plus récemment à la fin du 19e siècle, Louis Gustave Binger dans son livre Du Niger au Golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, relate comment les troupes de l’almamy Samory se ravitaillaient en minutions.
« Samory reçoit fort peu de poudre fabriquée dans le pays même; le soufre fait défaut, il vient des comptoirs européens, et la poudre indigène n’est pas autant prisée que celle qui vient d’Europe.
La quantité de poudre consommée est considérable. J’ai calculé que Samory a dû dépenser à peu près 800 captifs par mois pour l’achat de sa poudre. Un simple calcul suffira à le démontrer.
L’armée de Samory était de 5000 hommes devant Sikasso; en admettant que chaque homme ne tire que cinq coups de fusil par semaine, ce qui n’est pas énorme et bien au-dessous de la vérité, nous arrivons à 25000 coups de fusil par semaine à 40g la charge, total 1000 kilogrammes par semaine ; pendant 18 mois, 72000 kilogrammes de poudre.
Le prix d’un esclave à la colonne était d’environ 4 à 6 kilogrammes de poudre, suivant le sexe et l’âge; il y avait même, et c’était le plus grand nombre, les enfants, qui n’étaient payés que 2 à 3 kilogrammes ; mais nous conservons notre moyenne de 5 kilogrammes pour éviter d’apprécier trop et de tomber dans l’exagération. Cela nous donne une dépense totale de 14400 esclaves pour la totalité de la campagne ou environ, 800 esclaves par mois, vendus pour de la poudre. »
Wa Salam
Boubacar Doumba Diallo
