Petit essai sur la crise de l’Intellectuel hégémonique guinéen (Saïdou Nour Bokoum)
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- Publié le mercredi 10 février 2016 20:41
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
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Je mets d’emblée en exergue les citations ci-dessous sur lesquelles je reviendrai, qui me semblent utiles pour « parrainer », à une exception-près ( ?), l’ensemble de cette réflexion qui évidemment, n’est pas philosophique
Fabien Eboussi-Boulaga : « La philosophie (« africaine ») apparaît en son statut, comme l’un des objectifs de la poursuite mimétique du mode d’existence des maîtres qui s’achève par l’occupation de leur place dans le système de positions dont la structure reste inchangée ». En écho, Hountondji préconise : « un débat autonome qui ne soit plus un appendice lointain des débats européens, mais qui confronte directement les philosophes africains entre eux.. »
L’économiste Samir Amin :
Une économie compradoriale se caractérise par l’orientation quasi exclusive de sa production vers des activités exportatrices, contrairement aux économies développées où la production est principalement destinée à la consommation finale locale. La théorie du développement autocentré poursuit des objectifs absolument contraires à la théorie libérale du capitalisme dominant : sont objectif principal n’est pas de trouver de nouveaux débouchés à forte rémunération au capital international, mais d’augmenter le pouvoir d’achat des consommateurs locaux, c’est-à-dire de leur trouver des emplois avec des salaires variant à la hausse en fonction de la productivité, d’où l’importance d’une production locale de biens de première nécessité.
Gramsci :
Pour Gramsci, l'avènement du socialisme ne passe prioritairement ni par le putsch, ni par l'affrontement direct, mais par ce combat culturel contre les intellectuels de la classe dirigeante »
Si tous ces penseurs sont peu ou prou d’obédience marxiste, je voudrais que le lecteur patiente jusqu’au point final de ce petit essai pour s’assurer si oui ou non je veux ressusciter Marx ou insidieusement inoculer le virus marxien à l’Intellectuel hégémonique guinéen dont la veulerie est tout de même avérée depuis plus de soixante ans de dictatures dure, molle – césarisme - dirait Gramsci.
Nichols Sarkosy :
«Au fond, j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées. C’est la première fois qu’un homme de droite assume cette bataille-là», déclarait ainsi M. Nicolas Sarkozy quelques jours avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2007 (2).
I Guinée : la décomposition automnale
« Things fall apart » dit le grand Chinua Achebe, dans un de ses chefs-d’œuvre, traduits par « Le monde s’effondre ».
Normal, me dira-t-on, après ce Coup KO, qu’un CHAOS s’en suive. On pourrait tout aussi bien parler d’espoir : après l’automne vient le printemps. Mais entre les deux, il y a l’hiver, pire, l’hivernage, long et triste sous les tropiques. Mais voilà, les fleurs du printemps ne donnent pas toujours de beaux fruits : Tunisie, en dérive, en Libye des bombes se font entendre tout en laissant filer à travers ses frontières poreuses son trop-plein de mercenaires pour pénétrer le nord-Mali.. Y a-t-il une exception au « Printemps arabe » ? On a plutôt l’impression qu’il s’en est suivi le renforcement de Daesh, de l’Etat islamique, s’étendant et se dispersant dans le fracas de grenades, de bombes lancés tous azimuts. L’Afrique des djihadistes ne se limite plus à Kidal, Gao, etc. Après Bamako, Ouagadougou, on parle de la Côte d’Ivoire, la Guinée ayant détourné un des illuminés de sa frontière vers la Mauritanie. Pour combien de temps ?
Dans cette tourmente mondiale, la Guinée donne l’impression d’être la mise en abîme, le reflet de cette déconstruction, de cet effilage de tous rapports sociaux où le toit du monde semble devenue une toile d’araignée arrosée de flammes. Ainsi le paysage politique est ressemble à une broussaille où chèvres, moutons et bœufs broutent sous un arbuste qui lui-même semble n’être que l’ombre de lui-même.
Alpha Condé contre Condé Alpha
Le RPG-arc-en-ciel est un arbre qui cache une forêt en voie de désertification, rafistolée de ponts de lianes.
Voyez.
A peine évoqué le malentendu entre RPG et RPcè par leur fondateur, voici des frondeurs qui se disent jeunes Gardiens du Temple soudain rempli de marchands sans foi ni.. En tout cas ils ne semblent pas croire à la foi chez Youla et son attelage : leurs diplômes ne remplaçant pas la loi, selon eux, qui stipule que la vocation d’un Parti politique, c’est de se voir confié la gestion de l’Etat dont la conquête est la raison d’être de ses fondateurs, ceux qui ont lutté des décennies, donnant leur sueur, leur sang, parfois. Ils ont seulement oublié qu’un Parti, que cela soit explicite ou non, est sous-tendu par une idéologie. Ils oublient également que l’idéologie des Partis tropicalisés se ramène à celle du père-fondateur du Parti. Il serait hors de propos ici de s’étendre sur les dérives monarchistes des idéologies africaines. Bref, Alpha se dit Père de la nation, les frondeurs disent oui, certes, mais nous sommes les aînés des fils de la nation !
Ce n’est pas –seulement ?- une affaire de partage du gâteau. La constitution le dit, certes de manière indirecte, en stipulant que seuls les Partis présentent un candidat à la magistrature suprême et que donc c’est le Parti majoritaire qui détermine la politique nationale à l’Exécutif, souvent pour ne pas dire toujours à l’Assemblée nationale et, hélas, sous nos tropiques, dans le troisième rouage de « l’Etat de droit aussi » : le judiciaire.
A l’UFDG, c’est le même match : un coup Chaos
Le pyromane, le pestiféré, l’exilé, le condamné d’Alpha revient, accueilli d’abord par les amis d’Alpha qu’il remercie avant de dire un mot à l’adresse du président de « son » Parti. Ce mot, il le dira face à l’intéressé : un mot dur. Un discours « ferme », qui fait les choux gras de la presse, et dire aux inconditionnels de Cellou qu’il est devenu l’attaché-case d’Alpha Condé que portent ceux qui sont commis à ces besogne. Après les deux discours, l’UFDG sera à l’image de ses deux concurrents qui se sépareront au rond-point de Hamdallaye. « Et vale la nave » et vogue le navire (Fellini). Cette séparation symbolique tend vers la séparation réelle dans son réquisitoire à Africa 24 : il a décidé de prendre la tête de l’UFDG, et Cellou devra se contenter d’être « président d’honneur », surenchérit son porte-parole dans un communiqué.
Ailleurs, dans l’ex Opposition, Sidya a fondu – du moins la personnalité- dans la Mouvance présidentielle, en attendant que son Parti (l’UFR, la « boussole » de ce « turmoil » politique de la Guinée aujourd’hui), retrouve le « nord ». Kouyaté, et le PEDN, sont invisible des radars. Abe Sylla fait plutôt des affaires avec l’Etat Condé, ayant sous les coude le financier El Hajj Fodé Soumah, cependant que Baadiko aura raté le premier attelage agricole de Mamady Youla. Gandhi, Jean-Marie Doré ont rejoint leur Seigneur.
Faya Millimono, Mouctar Diallo, bien que sous l’ombrage de l’UFDG, marquent le pas et l’on ignore sur l’axe Hamdallaye-Bambéto, quel chemin de traverse ils ont emprunté après que les deux grosses cylindrées de Cellou et de Bah Oury se sont séparées, chacune emportant son auguste passager à leurs domicile. Mais cette situation explosive conduira au pire, prévisible. Invité par son « grand frère » Cellou à venir aux prochaines réunions hebdomadaires de l’UFDG, Bah Oury, d’un pas martial s’y rendra, accompagné pars ses pros, alors que quelques heures avant ce samedi sanglant, le grand frère aura fait exclure « l’insolent indiscipliné » par un Bureau Exécutif et un Conseil Politique qui lui sont favorables, dit l'autre camp. Bah Oury aurait pu renoncer - difficilement, gorko soussaï, dit le chanteur - il faut être graçon quand veut le Pouvoir, il ne pouvait plus renoncer à cette "invitation" qui devait conduire à l’irréparable; mais comme m’a dit un de ses proches, la balle était partie ! Vêtu de la même tunique avec laquelle il venait de prier ce vendredi noir, arriva ce que tout le monde dénonce et réprouve : l’assassinat de Mohamed Diallo, de guinee7.com. L’actualité aura donc empiré avec l’assassinat d’El Hajj Mohamed Diallo, qui plonge l’UFDG dans les eaux glauques du pénal, avec risque que le Parti tel qu’il était, se retrouve loqueteux, dissous, chacun des leaders devant retourner au village pour apprendre à déchiffrer les colloque des oiseaux.. Je passe sur cette horrible actualité qui n’est pas l’objet de ce papier.
La disparition de Gandhi Faragué Tounkara, bien que naturelle, mais sa soudaineté suivant sa « déconvenue » politique, celle de Jean-Marie, précédée d’une longue maladie qui ne saurait cacher une non moins longue déconvenue politique (nous y reviendrons), sont les signes, les notes et les trémolos du chant, du cygne de L’école guinéenne , idéologie qui a régné plus de soixante ans, l’exacte durée de la colonisation de la Guinée.
Prochain chapitre : L’effondrement de «L’Ecole guinéenne ».
Was-Salam,
Saïdou Nour Bokoum
www.nrgui.com
