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Face à la mer, le mémorial de Notre-Dame d'Afrique de Théoule-sur-Mer (Alpes-Maritimes), dédié à « tous ceux qui avaient fait de l'Algérie un grand et magnifique pays », ne manque pas d'allure, avec sa statue de la Vierge de douze mètres de haut se dressant parmi les chênes verts du massif de l’Estérel. Il est difficile, à parcourir les innombrables plaques portant les noms d'anciens Français d'Algérie, de ne pas penser avec émotion au traumatisme que fut pour eux l'exil de leur pays natal, qui les plongea dans cette “nostalgérie” d'un pays perdu.
Mais tout aussi difficile de ne pas voir, dans ce mémorial, un hommage à l'Organisation armée secrète (OAS), groupe terroriste fondé en 1961 pour défendre l'Algérie française dont les attentats restent à ce jour les plus sanglants de l'histoire de France. Le mémorial à Notre-Dame d'Afrique a été édifié à partir de 1990 à l'initiative de Joseph Ortiz, cafetier de Bab-el-Oued, ancien dirigeant de l'OAS, puis inauguré en 2002 par le colonel Charles Lacheroy, autre dirigeant de l'OAS connu pour sa théorisation de l'usage de la torture sous le nom de « guerre révolutionnaire ». Tous deux ont été condamnés à mort par contumace en 1962, puis amnistiés en 1968. Les hommages du mémorial de Notre-Dame d'Afrique à l'OAS ne s'arrêtent pas là. L'Association amicale pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l'Algérie française (Adimad) a déposé sur le mémorial son sigle au-dessus d'une centaine de plaques portant les noms de militants de l'OAS tués en activité. Et d'autres plaques en mémoire des quatre membres de l'OAS fusillés en 1962 et 1963 : Jean Bastien-Thiry, organisateur de l'attentat du Petit-Clamart contre de Gaulle ; Roger Degueldre, chef des commandos delta, responsables de plusieurs dizaines d'assassinats d'Algériens et de Français d'Algérie présumés partisans de l'indépendance ; Albert Dovecar et Claude Piegts, auteurs de l'assassinat du commissaire central de la police d'Alger, Roger Gavoury.
C'est à ce mémorial que Christian Estrosi, maire de Nice, se rendit solennellement en compagnie de nombreux élus locaux, le 1er mai 2014. Celui qui se revendique gaulliste, et avait inauguré trois ans plus tôt dans sa ville une statue de l'homme du 18 juin en 2011, rendit donc hommage à une organisation ayant à maintes reprises tenté d'assassiner le général de Gaulle, entre autres crimes. En annexe de son récent livre Nostalgérie. L'interminable histoire de l'OAS(La Découverte, 2015), l'historien Alain Ruscio cite la liste des actions attribuées à l'OAS arrêtée au 19 avril 1962 (le déchaînement de violence n'a fait ensuite que s'accentuer, pour atteindre son paroxysme en Algérie à la fin du printemps 1962) : 15 355 attentats, ayant fait 1 622 morts et 5 048 blessés. L'OAS, on l'oublie souvent, ce fut donc un millier de Bataclan et de 13-Novembre mensuels, durant plus de 18 mois, en Algérie comme en métropole.
Christian Estrosi n'est pas le seul dirigeant politique à honorer de sa présence des lieux célébrant la mémoire de l'OAS. On retrouve les quatre noms des fusillés de l'organisation sur le monument inauguré par Maryse Joissains-Massini, maire (LR) d'Aix-en-Provence devant la maison du maréchal Juin le 7 juin 2013… lequel n'est autre que la réplique d'un monument installé depuis 2003 dans le cimetière du Haut-Vernet à Perpignan, entouré pour ce dernier de la centaine de noms de membres de l'OAS tués.
La liste des hommages publics à l'OAS ne s'arrête pas là. Ils sont à vrai dire légion sur le littoral méditerranéen. Henri Pouillot, ancien appelé en Algérie, en tient une liste
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Nicolas Chevassus-au-Louis
