Après des négociations secrètes, le Nigeria annonce une trêve avec Boko Haram

 

 

L’accord annoncé vendredi porte d’abord sur un cessez-le-feu. Sur le plan militaire, celui-ci intervient après trois mois pendant lesquelles Boko Haram a étendu les zones sous son contrôle dans le nord du pays. Ils menacent aussi le Cameroun. Enfin, des élections générales à risque doivent se tenir au Nigeria en février, et l’annonce des candidatures du président, Goodluck Jonathan, comme celle du candidat du principal parti d’opposition, le All Progressives Congress (APC), est imminente.
 

Si la libération des lycéennes nigérianes intervient bien, comme l’a déclaré le président français, François Hollande, « dans les heures ou les jours qui viennent », la fin du calvaire des jeunes filles est donc à la fois une excellente nouvelle pour leurs familles et pour le pouvoir nigérian, discrédité par sa gestion laborieuse de la crise depuis avril.

Dans l’enthousiasme, le maréchal Badeh a même désigné Boko Haram par le nom qu’affectionnent ses dirigeants : Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad (Groupe pour la prédication et le djihad), et précisé : « J’ai donné des directives aux chefs des différents corps de l’armée afin que l’on s’assure que ces récents développements soient appliqués sur le terrain. » Alors que la France, avec d’autres pays, coopère avec le Nigeria dans le cadre de la recherche des lycéennes, une source à l’Elysée appelle à un peu de prudence. « Tant que Boko Haram ne s’est pas exprimé… », note cette source, qui veut néanmoins croire que les survols d’avions de renseignement américains, britanniques et français auraient poussé Boko Haram à la négociation, ses dirigeants s’étant effrayés que « cela soit le préalable à des frappes aériennes ».

MÉDIATION TCHADIENNE

L’armée nigériane, malgré cet appui, veille jalousement sur ses prérogatives et la marge d’action des Occidentaux dans le nord du Nigeria semble faible. Or l’armée nationale est en difficulté face à une insurrection qui a mis en évidence ses faiblesses sur le terrain et la corruption de ses dirigeants. Son porte-parole, ne contribuant pas à renforcer sa crédibilité, avait déjà annoncé de manière hâtive la libération imminente des lycéennes de Chibok. Faut-il, cette fois, croire son chef d’état-major ? Cette libération est également annoncée par le premier secrétaire de la présidence, Hassan Tukur. Ce dernier indique que l’accord est le fruit de négociations impliquant la présidence du Nigeria et des représentants de Boko Haram.

Un pays, dans ce cadre, en a été le vecteur : le Tchad. Jointes par Le Monde, les autorités tchadiennes confirment avoir servi de « facilitateur », et que ce rôle aurait été formalisé lors d’une visite du président nigérian, Goodluck Jonathan, venu à Ndjaména à l’occasion du Salon international des technologies de l’information qui s’est tenu dans la capitale tchadienne le 9 septembre, même si « des contacts avaient été établis avant », selon le ministre tchadien des affaires étrangères, Moussa Faki Mahamat. Le chef de la diplomatie précise que cette « médiation a été ouverte à la demande des deux parties », qui se seraient ensuite retrouvées à Ndjaména le 14, puis le 30 septembre, et étaient représentées, du côté du pouvoir nigérian, par Hassan Tukur, et du côté des insurgés par deux hommes : Cheikh Boucar Umaru et Cheikh Goni Hassan Idriss.

Jusqu’ici, aucun d’entre eux n’a été identifié comme un relais sûr de décisions prises par Boko Haram, dont les processus de décision collectifs sont mal connus. Comme, depuis le début de la crise déclenchée par l’enlèvement des lycéennes de Chibok, les escrocs et faux représentants de Boko Haram se sont multipliés, donc la prudence reste de mise. Selon le ministre tchadien, les émissaires ont cependant déjà donné un gage sérieux de leur influence : « C’est lors de la dernière rencontre du 30 septembre que Boko Haram s’est engagé à libérer les dix otages chinois et les 17 Camerounais enlevés dans le Nord du Cameroun », assure Moussa Faki Mahamat.

SOMMES D’ARGENTS IMPORTANTES

D’après le ministre des affaires étrangères, l’accord de cessez-le-feu doit être considéré comme un fait acquis. En revanche, les deux parties doivent se retrouver sous peu au Tchad afin de finaliser les détails de la libération des lycéennes. Cette rencontre aurait dû avoir lieu le 11 octobre, mais a été repoussée aux jours prochains. Le ministre tchadien avance qu’en contrepartie de cette libération, le gouvernement tchadien s’est déjà engagé à libérer des membres de Boko Haram emprisonnés, sans préciser leur nombre (l’effectif exact des prisonniers n’est pas connu, compte tenu des conditions de détention dans le cadre de l’état d’urgence en vigueur dans cette partie du Nigeria). Selon une source très au fait des affaires nigérianes, d’importantes sommes d’argent auraient également commencé à être versées au groupe des ravisseurs. Ce n’est pas la fin, pour autant, du processus. Une source au sein des autorités locales à Maiduguri (capitale de l’état de Borno), qui suit le dossier de près, affirme que la libération ne pourrait intervenir qu’après d’ultimes négociations « en Arabie Saoudite pour mettre la signature d’un accord en bonne et due forme ». Ce que confirme une source française, qui affirme que « certains des acteurs sont actuellement là-bas pour le pèlerinage à La Mecque ».

 

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