Des excuses, vous avez dit des excuses ?
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- Publié le jeudi 9 février 2012 01:03
- Écrit par Cheick Oumar Kanté
Mais qui, donc, devrait présenter des excuses à qui ? Il faudrait le savoir !
Le député qui interpelle à l’Assemblée nationale française un ministre de l’Intérieur ayant fait sienne la croyance à une hiérarchie des civilisations ou le ministre lui-même qui n’en est pas à sa première fulgurance aux relents volontairement nauséabonds ? Le député a rappelé, il est vrai, qu’une idéologie européenne a prôné l’inégalité des races et poussé à commettre des exterminations dans des camps de concentration au cours des siècles passés. Et, alors ? C’est le ministre qui doit des excuses, non pas seulement au député, mais à tous les membres du Parlement. Lui, le ministre d’un gouvernement qui aura passé bientôt cinq ans à agonir les Autres, ceux qui sont différents, d’abominations oratoires qui n’en seraient pas si elles n’étaient pas, soi-disant, "sorties de leur contexte".
Pour en arriver à cette situation, ne sommes-nous pas venus de loin ? Aux lecteurs français les plus attentifs, n’auront peut-être pas échappé ces quelques observations publiées dans un article intitulé "Pitoyables" en décembre 2005, texte repris en 2007 dans un essai, confidentiel malgré lui. Des remarques découlant, toutes, de propos tenus par quelques membres de ce qui est devenu – il faut le répéter – la majorité actuelle dont fait partie ledit ministre. (...) [Du vrai racket de suffrages des militants d’un certain parti] ! (...).
« Dans ces théâtres d’ombres, hallucinants, (...) les scènes produites en Grande première de la prochaine élection présidentielle sont abominables.
Leurs pitoyables acteurs, régisseurs, souffleurs et metteurs en scène sont des politiciens aux dents longues et à l’esprit court, des opportunistes, des révisionnistes, des négationnistes (ennemis jurés des Droits de l’Homme et de l’Antiracisme), (...) des économistes, des psychologues, des sociologues, des anthropologues antédiluviens [les uns et les autres], (...) des académiciens et des philosophes déclinants, acoquinés à des ignares parvenus... Ils se sont bel et bien donné la main pour nous jouer « Les prodromes du désastre probable » si eux-mêmes ou leurs confrères n’accèdent pas au plus haut sommet du pouvoir ou si, d’une façon ou d’une autre, ils ne le contrôlent pas.
Effroyables sont leurs cothurnes, leurs masques et leurs costumes ! Quant à leurs dialogues, sous le prétexte fallacieux de fracasser des tabous, des communicants les leur ont écrits sur mesure, c’est-à-dire aussi horribles que peuvent l’être leurs haines diffuses !
Ignoble, en somme, est la tragi-comédie actuellement à l’affiche partout en France car, plus tragiques que comiques sont plusieurs de ses actes. Mais, en ce moment même, peu de gens semblent ne pas goûter à l’immonde et, pour cela, l’heure est non seulement grave mais ce sont bien toutes les futures échéances électorales qui sont désormais préoccupantes !
Pitoyables, tout simplement, auraient pu demeurer, [ces politiciens] et donc, un jour, amendables. Mais ils sont à coup sûr perdus pour la démocratie et révèlent sans fard, à présent, toute leur nocivité pour le mieux -vivre ensemble. À vouloir toujours se défausser sur des boucs émissaires dès que surgissent de très grandes difficultés et à faire feu, rien qu’avec les brindilles de la « forêt sociale » très dense, pourtant. Feu de paille que tout cela ? Il faudrait le souhaiter ! (...)
Regardez-les, écoutez-les, entendez-les surtout ! Ne sont-ils pas pitoyables quand, devant les enjeux du présent et du futur, ils n’ont d’autres ressources que de fouiller dans les poubelles de l’Histoire, si douloureusement commune ? (...)
Et ils restent ouverts sans interruption, ces robinets à laisser couler les tabous brisés. (...)
(...)
Dire ! Encore dire ! Toujours dire ! Les pires inepties dans les médias audiovisuels. D’expérience, ils savent qu’il en restera toujours quelque chose qui confortera les convertis de la première heure et qui ébranlera, à l’usure, les plus réfractaires aux amalgames...
Il est vraisemblable qu’une crise aiguë de « présidentialite » a ravagé les cerveaux de certains candidats (...) et ceux de leurs commandants de campagne. (...). Pour penser que tous les Noirs de France sont des Africains. Que les Africains de nationalité française ne peuvent pas être des Français à part entière. Que tous les Arabes sont des musulmans. Que tous les musulmans sont des Islamistes. Que les Français qui ne sont pas de la "bonne couleur" doivent, sinon s’excuser d’être des Français, obtenir l’autorisation de continuer à le rester. Et que pèse à jamais sur eux la menace d’en être déchus dans la perspective d’une fascisation des esprits au plus haut niveau de l’État (...).
Et, comme il ne se trouve plus une seule autorité morale ou institutionnelle pour rappeler la loi et faire sanctionner ses contrevenants, (...) comme il n’existe plus [beaucoup] d’intelligences françaises, authentiques, pour faire irruption sur la scène publique [afin d’y activer et aiguiser les consciences, c’est à vous citoyens français de réagir. Il est encore temps, grand temps ! ] ».
Des logorrhées entières d’hommes et de femmes politiques existent, donc. Des bavures et des dérapages. Des éructations émanant de tous les partis même si l’on en dispose un peu plus dans celui du ministre de l’Intérieur actuel et de son prédécesseur à l’intuition phénoménale, lui aussi et au bon sens contagieux dans les hautes sphères de son entourage. Ainsi les temps présents sont-ils spécifiques et reflètent-ils cette guerre verbale ininterrompue non pas civile mais politique. Il suffit de consulter les Forums de certains sites du Net ou d’avoir l’oreille un tant soit peu vigilante pour entendre se lâcher nombre de squatteurs patentés des médias audiovisuels.
Un auteur dévoué pourrait en rédiger un jour le dictionnaire, rassembler toutes ces saillies. Répertoriées, analysées, elles pourront alors être contrées par des arguments irréfutables. Les nomenclatures ainsi dressées serviraient alors de "couches – Confiance ?"– en tout cas de "protections intellectuelles" imperméables. Et l’on évitera à tout le monde l’inconfort des glissades sur tout ce qui semble ne plus pouvoir être contenu et se répand par jets abondants et continus.
Ils ont bien signé un certain pacte écologique, les candidats à la Présidentielle de 2007. Alors, pourquoi ceux de 2012 ne gratifieraient-ils pas de leur paraphe un Pacte Culturel après – et seulement après – avoir planché sur le sujet d’examen suivant, un Grand Écrit, pour l’entrée ou pour le maintien à l’Elysée ?
Sujet unique :
"Nous autres civilisations, nous savons [maintenant] que nous sous sommes mortelles."
"Les civilisations ne se sont pas assagies du tout quand elles ont su qu’elles étaient mortelles. Qu’adviendrait-il d’elles si certains d’entre les humains, leurs bâtisseurs, étaient un tant soit peu assurés de leur éternité ?"
Après avoir trouvé les auteurs et les époques de ces deux assertions, montrez en quoi l’une prolonge bien l’autre et inversement. Et, sans recourir ni à une tablette numérique, ni à un conseiller, ni à un secrétaire, définissez le concept même de civilisations.
La cohérence des arguments, l’ampleur de la pensée, sa profondeur voire une certaine érudition et, plus que tout, la maîtrise de la langue française compteront pour les appréciations générales et, partant, pour la note globale. Éliminatoire, si elle est inférieure à la moyenne !
Les correcteurs ? Leur identité sera révélée à la publication des résultats pour ne pas que certains candidats – impétrants, faudrait-il dire ? – ne pensent pas pouvoir se payer leurs services. »
Durée : le temps de la campagne présidentielle.
Pour en revenir à l’interpellation parlementaire du 7 février 2012, il me paraît plus méritoire pour le député incriminé de ne présenter aucune excuse aux "crieurs d’orfraie" (le panel est si impressionnant au sein de la majorité actuelle qu’il serait judicieux de consulter le casier... politique de chacun) et d’accepter plutôt de subir une sanction. Quoi qu’elle puisse lui en coûter !
Cheick Oumar KANTÉ
