Mbembe: «Sur les frontières, l’Afrique doit devenir le contre-exemple de l’Europe»

L’historien et professeur de science politique constate les « impasses de l’humanisme », face à la croissance des « politiques de l’inimitié ». Et explore la manière dont les politiques migratoires et frontalières peuvent renverser, plutôt qu’accentuer, la défiance vis-à-vis de l’autre.

 Achille Mbembe revient avec un « bref essai fait de hachures, de croquis, de chapitres parallèles », intitulé Politiques de l’inimitié, qui vient de paraître aux éditions La Découverte. Le professeur d’histoire et de science politique à l’université du Witwatersrand à Johannesburg y creuse les objets de recherche et les préoccupations politiques élaborés dans ses précédents ouvrages, Sortir de la grande nuit. Essai sur l’Afrique décolonisée (La Découverte, 2010) et Critique de la raison nègre (La Découverte, 2013). Mais avec une gravité et une inquiétude davantage sensibles.
En janvier dernier, lors d’un passage à Paris durant lequel il avait participé à la « Nuit des idées » organisée par le Quai d’Orsay, Achille Mbembe avait expliqué parler « depuis l’expérience sud-africaine par laquelle nous avons appris que nous n’avions pas d’autre choix que de vivre exposés les uns aux autres, si l’on ne voulait pas revenir au vieux fantasme de la séparation et de son corollaire, l’extermination ».

Mais aujourd’hui, explique-t-il : « La brutalité aux frontières nous pose au moins une question : comment revenir à une idée du commun et à des généalogies communes, là où la guerre constitue à la fois le remède et le poison de notre époque ? Comprendre, en ouvrant toutes les archives du monde, que l’autre n’est pas hors de nous, mais en nous, nous indique que nous ne pourrons pas sanctuariser une part du monde en semant le chaos dans d’autres parts du monde, et en obtenant ainsi sécurité et liberté. »

En conséquence, il propose l’ouverture totale des frontières africaines, comme un contre-exemple radical à la trajectoire que prend aujourd’hui l’Europe, « pour que l’Afrique redevienne sa puissance propre en devenant un véritable espace de circulation ».

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L’historien, qui vit entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique, traverse ainsi les continents et les histoires pour explorer des notions comme les « politiques de l’inimitié », la « sortie de la démocratie », « l’état de terreur permanent des démocraties occidentales » ou le « nanoracisme ». Il appelle en conséquence à une « fête de l’imagination » susceptible de nous sortir des situations « mortifères » dans lesquelles nous sommes enferrés.

Médiapart

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