Alpha Condé : son bras de fer insensé avec les guinéens
- Détails
- Publié le mercredi 17 février 2016 22:51
- Écrit par Alpha Saliou Wann
- Affichages : 1911
J
e suis à la limite de la colère contre l’irresponsabilité, le cynisme des dirigeants guinéens.
Le fait que les guinéens aient respecté massivement sur l’ensemble du pays la consigne de grève des syndicats est une preuve éloquente de leur adhésion à la revendication phare des syndicalistes qui est la baisse du prix du carburant.
Le refus obstiné du pouvoir de satisfaire cette revendication justifiée indique aussi clairement que le choix du peuple ne le concerne pas et la preuve de son indifférence face aux souffrances des pauvres populations guinéennes qui ploient sous le poids d’une misère insupportable.
Que protègent-ils? Leurs privilèges simplement, car contrairement à ce qu’ils nous chantent partout, la situation économique du pays importe peu.
Toutefois, je pense que nous pouvons bien nous entendre avec eux. Comme ils veulent qu’on maintienne le prix du carburant en l’état pour sauver notre économie, prenons les au mot et mettons nous d’accord sous condition que les sacrifices soient partagés par tous y compris eux-mêmes. Les conditions de cet accord tacite rétabliront l’égalité de tous devant la politique autoritaire du gouvernement.
Dans les 48 heures que tous les dirigeants du pays rendent leurs véhicules de fonction ( essentiellement des 4*4 V8 grosses consommatrices de carburant) à la direction des garages du gouvernement pour êtres vendus aux enchères.
Suppression totale des bons de carburant. Le Ministre du Budget pourra nous faire un compte rendu des économies qu’il réalisera sur les frais de carburant et de maintenance de ces véhicules et les rentrées d’argent de leurs ventes sur le marché.
Du Président aux ministres et à tous les hauts fonctionnaires de l’Etat bénéficiaires de ces largesses, que tout ce beau monde puisse se donner les moyens de se déplacer avec leurs véhicules personnels et donc payer le carburant comme tous les autres guinéens, le temps qu’ils parviennent à rétablir l’équilibre des comptes publics de l’Etat.
Une fois cela fait, l’achat de grosses cylindrées sera banni et l’attribution de véhicules de fonction strictement encadré et limite a un nombre restreint d’officiels du pays.
Alpha Condé se contentera de petites berlines comme son ami François Hollande président de la 6ème puissance économique mondiale. Il n’y a rien de déshonorant que les dirigeants du 9ème pays le plus pauvre de la terre roulent dans des véhicules modestes. Les danois d’ailleurs prennent le vélo. Il faut mettre un terme à ces dépenses somptuaires de prestige alors que nous n’arrivons pas à offrir le minimum de conditions de vie décente aux populations.
Si Alpha Condé et son gouvernement refusent de s’engager sur ce point, il n’y a aucune raison que les guinéens acceptent encore des sacrifices pour leur donner la possibilité de vivre luxueusement et gracieusement à nos frais.
Grève ou pas, ils n’ont aucune légitimité pour rouler dans ces carrosses coûteux au vu de leurs résultats catastrophiques. Le pays s’enfonce d’année en année dans la misère, avec des transports collectifs défaillants, des routes dégradées, un système de santé moribond, un système éducatif en perdition, bref aucune qualité de vie pour nos populations paupérisées. Je ne vois pas pour quels services rendus à la nation ces gens méritent-ils en récompense tous ces privilèges matériels indécents.
Nous devons demander au FMI et à la Banque Mondiale d’exiger l’audit de nos comptes publics. Comme Alpha Condé avait déjà utilisé les services de la Cour des Comptes française pour faire l’audit la gestion du général Sekouba Konate, qu’il leur fasse de nouveau appel sous la supervision du FMI pour qu’elle nous décortique l’exécution des lois de finances de la période de 2011 à 2015. A partir de leur rapport, nous pourrons repartir sur de bonnes bases pour l’avenir.
Mais cette opération est une nécessité pour éviter aux guinéens cette descente permanente aux enfers.
Les arguments du pouvoir pour justifier le maintien du prix du carburant sont fallacieux. Ils veulent simplement faire de super bénéfices pour couvrir leurs déficits accumulés ces cinq dernières années.
Quand les prix du pétrole suivaient une tendance haussière et que les spécialistes prédisaient le baril à 150 dollars, l’Etat guinéen avait obligé les partenaires sociaux à signer le mécanisme instaurant la flexibilité des prix qui seront désormais fixés selon les fluctuations du prix du pétrole sur le marché international.
Le gouvernement doit respecter sa signature pour être crédible. Il ne doit pas violer ses engagements en refusant de répercuter une baisse de 75% du prix du pétrole sur le prix du carburant à la pompe.
La Guinée qui n’est pas un pays producteur du pétrole doit au contraire bénéficier de cette chute vertigineuse du pétrole et cela doit profiter à ses entreprises et à ses citoyens concrètement au travers de la baisse du prix du carburant. Pourquoi sont -ils si gourmands et égoïstes, pourquoi vouloir asphyxier notre économie pour préserver leur train de vie?
Le FMI ne sera pas contre la suppression des dépenses farfelues, inutiles, improductives de cette loi des finances de 2016. Si le gouvernement ne baisse pas les taux d’imposition pour encourager les entreprises et attirer de nouveaux investisseurs, nous exigeons alors le statu quo antérieur, il n’est pas question de matraquage fiscal pour des populations martyrisées qui n’ont fait que des sacrifices sans contreparties en amélioration de leurs conditions de vie depuis 1958. Ça suffit, d’autant plus qu’elles le font pour engraisser des individus égoïstes et méchants.
Le Ministre du Budget sait parfaitement qu’il peut économiser des milliers de milliards dans son budget 2016. Le FMI a eu raison de rappeler à l’ordre le pouvoir guinéen qui prenait du plaisir à financer des déficits de milliers de milliards de francs en creusant l’endettement du pays. Les remboursements des intérêts de la dette ne font qu’augmenter inexorablement et à ce rythme, ils seront insoutenables de nouveau pour notre économie :
- 537 milliards en 2014
- 567 milliards en 2015 (soit 30 milliards de plus qu’en 2014)
- 987 milliards prévus en 2016 (soit 420 milliards de plus qu’en 2015)
420 milliards de francs de plus rien que pour les intérêts de la dette qui démontre les graves conséquences de la gestion désastreuse de cette année électorale 2015. Je crois que le ministre du Budget nous doit une explication sur cette explosion des intérêts de la dette sur une année. Qu’on ne nous parle pas de l’épidémie Ebola car l’effort de guerre pour l’éradiquer a été supporté par la communauté internationale et n’a donc pas grevé notre budget.
Les traitements et salaires se chiffrent à 3.273 milliards de francs plus les 987 milliards des intérêts de la dette, cela fait un total de dépenses incompressibles de 4.260 milliards de francs couvertes par des recettes de 13.133 de milliards de francs dont 1.991 milliards de dons. Il lui est donc loisible de faire des économies drastiques dans les dépenses d’achats de biens et services, des subventions et transferts et d’investissements pour un total de 9.614 milliards de francs.
Cette baisse du prix du carburant est bénéfique et souhaitable pour notre économie. Le prix du carburant est un facteur de coûts très importants pour les entreprises et les ménages dont une baisse significative augmentera les marges des entreprises et donnera aussi du pouvoir d’achat aux ménages qui consommeront davantage et donc in fine c’est l’Etat qui verra ses rentrées fiscales augmenter avec plus de croissance. Pour donner un exemple, la France n’aurait pas obtenu une croissance de 1,1% en 2015 sans cette baisse massive du prix du pétrole. Je ne vois pas pourquoi le gouvernement claironne à tout rompre que cette baisse va coûter chère à notre économie. Le bon sens commun veut que, si vos recettes baissent ou vous ne parvenez pas à les faires croître, vous n’avez qu’à baisser vos dépenses. Or, le gouvernement se garde bien d’explorer cette piste et tiens mordicus à augmenter ses recettes tout en maintenant ses dépenses improductives pour notre économie.
Nos recettes intérieures étaient de 8.716 milliards en 2014 et 10.188 milliards en 2015, et des recettes prévisionnelles de 11.212 milliards pour 2016 donc au pire des cas les recettes ne baisseront pas plus que leur niveau de 2014. Pourquoi ils s’entêtent à ne pas faire jouer le mécanisme de flexibilité des prix du carburant à la pompe?
Il faut savoir aussi que l’énorme effort d’investissements publics sur financement intérieur cache en réalité une source inépuisable de captation des deniers publics par les clans du pouvoir au travers des marchés de gré à gré, des sociétés écrans sont créés, c’est ce qui fait qu’on ne voit pas les traces de ces investissements et que la croissance n’est pas au rendez-vous et donc la pauvreté s’accentue dans le pays.
La Guinée qui n’est pas un pays producteur de pétrole doit au contraire bénéficier de cette chute vertigineuse du prix du pétrole et cela doit profiter en priorité à ses entreprises et à ses citoyens concrètement au travers de la baisse du prix du carburant. Pourquoi sont-ils si gourmands et égoïstes, pourquoi vouloir asphyxier notre économie pour préserver leur train de vie?
Sommes-nous dans la même situation que des pays africains producteurs du pétrole comme le Nigeria, l’Algérie, l’Angola, le Gabon, le Congo etc. qui vont voir leurs recettes fondre brutalement comme le prix du brut?
Tous ces pays sont entrain de prendre des mesures énergiques pour faire face à cette baisse vertigineuses de leurs revenus en diversifiant leurs économies.
Alpha Conde quant à lui se paye gratuitement une crise sociale qui va amplifier nos difficultés, ruiner encore plus notre économie, exactement comme ce qu’il avait fait de 2011 à 2013 en créant là aussi une grave crise politique par son refus systématique de se plier aux dispositions constitutionnelles pour organiser les élections législatives et locales. Ses thuriféraires mettent au compte de l’opposition les conséquences de ces journées perdues dans des manifestations qu’il a violemment réprimé et qui ont fait plusieurs morts et blessés parmi les manifestants avec des destructions très importantes de biens, des pertes pour les acteurs économiques qui se chiffrent à plus de 200 milliards de francs.
Tous les guinéens doivent en tirer les conclusions et comprendre que M. Alpha Condé ne veut que nous imposer sa volonté qui doit primer sur nos intérêts démocratiques, économiques et sociaux.
Hier, c’était avec les opposants, aujourd’hui, c’est le tour des partenaires sociaux que sont les syndicats pour croiser le fer avec lui avec en toile de fond des dégâts humains et économiques très lourds pour notre pays.
Soyons responsables et mettons en avant notre intérêt collectif. Alpha Condé est indéfendable. Un dirigeant qui aime son pays, ne peut pas persister dans un bras de fer aussi nuisible et injustifié avec les acteurs politiques et sociaux.
Le général Lansana Conte avait eu la sagesse de céder aux pressions pour accorder le multipartisme intégral. Je rappelle pour ceux qui l’ont oublié qu’en 1991 face aux revendications syndicales pour l’augmentation des salaires des fonctionnaires, il avait au départ dit qu’il ne donnera pas plus de 7% mais ayant déjà la crise des élèves et étudiants sur les bras, dès que les syndicats ont brandi la menace de grève générale illimitée, il a fini par accorder 100%. D’augmentation de salaires pour les fonctionnaires. Il a fait l’économie d’une crise sociale majeure en raison de la forte mobilisation des syndicats et de la société guinéenne pour lui arracher cette augmentation salariale. C’est dans une ambiance extraordinaire à l’époque dans la salle des fêtes de l’Institut polytechnique Gamal Abdel Nasser que Samba Kebe de la CNTG s’était rallié à la position défendue par Dr Ibrahima Fofana (qui venait de désaffilier la fédération syndicale des banques de la CNTG), les Dr Thierno Madjou Sow, Louis Mbemba Soumah et d’autres du SLEGG naissant.
Le général Conte a cédé sans prendre le risque de combattre et de perdre.
A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Le général Lansana avait formé des gouvernements de 17 membres jusqu’en 1996. Face à la crise, Alpha Condé peut et il doit en urgence former un gouvernement de 17 membres au maximum comme son prédécesseur pour marquer sa détermination à surmonter la crise. C’est une source importante d’économies et même d’efficacité de l’appareil gouvernemental.
Mais je ne me fais aucune illusion sur sa volonté réelle d’engager de vraies réformes structurelles et de remplir correctement ses obligations constitutionnelles.
Je dis aux guinéens de soutenir les syndicats et de rester à leur tour inflexibles sur le prix du carburant à 5.000 francs ou rien. Et il faut fixer au gouvernement un délai butoir pour s’exécuter.
Alpha Condé ne mérite pas plus notre compréhension que le général Lansana Conte qui en dépit du soutien de l’Armée a été obligé par le peuple en janvier-février 2007 à faire ce qu’il veut et il a fini par se soumettre à la volonté populaire représentée par le mouvement syndical.
C’est pas compliqué de se plier au choix de la majorité du peuple.
La balle est dans le camp des guinéens comme on le dit.
Ils ont déjà donné un signal fort à Alpha Condé depuis ce lundi en respectant la consigne de grève dans le calme, sans violences aucunes. Maintenant, s’il refuse de fléchir et s’engage dans des manœuvres déloyales pour casser la grève légitime et juste des syndicats, il prendra le risque de les radicaliser ou d’impliquer d’autres forces sociales ou politiques qui donneront une autre tournure à ce mouvement citoyen qui se limite pour le moment à des revendications strictement économiques et sociales.
Alpha Saliou Wann
